(BFI) – Le fichier national des travailleurs étrangers en cours de constitution au ministère camerounais de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop) ne couvre que 39,3 % de la population ciblée. Sur les 30 000 étrangers estimés exercer une activité professionnelle au Cameroun, 11 800 seulement figurent aujourd’hui dans la base administrative. L’information a été livrée le 28 juillet 2026 par Jeanine Ngo’o Eba, directrice de la régulation de la main-d’œuvre au Minefop, sur les ondes de la radio nationale. Elle intervient un peu plus d’un mois après le lancement, le 22 juin, d’une nouvelle campagne nationale de contrôle.
Ce déficit de couverture, soit environ 18 200 personnes, ne recouvre pas nécessairement autant de situations irrégulières. Il mesure d’abord l’écart entre une estimation globale et un fichier encore en construction. Plusieurs catégories peuvent y échapper : salariés sans contrat visé, dossiers en cours de renouvellement, dossiers non encore intégrés dans la base numérique, ou étrangers ayant cessé leur activité tout en restant comptabilisés dans l’estimation initiale. Le ministère n’a pas non plus détaillé la méthodologie ayant conduit au chiffre de 30 000, ni ventilé les 11 800 personnes enregistrées par nationalité, secteur ou région.
Un dispositif de recensement encore incomplet au Cameroun
L’opacité méthodologique limite, à ce stade, toute évaluation fine du travail irrégulier. Elle permet en revanche de cartographier le chantier qui attend l’administration camerounaise. La campagne lancée en juin vise à la fois les entreprises publiques et privées, les grands projets d’infrastructure et l’ensemble des structures employant de la main-d’œuvre expatriée. Dans une note diffusée le 8 juin, le ministre de l’Emploi par intérim, Mounouna Foutsou, disait vouloir « assurer une meilleure régulation des flux de main-d’œuvre étrangère [et] préserver les opportunités d’emploi des nationaux ».
Selon Jeanine Ngo’o Eba, l’opération produit ses premiers effets. « Depuis que la campagne a été lancée, nous enregistrons en moyenne une centaine de travailleurs étrangers en situation irrégulière qui viennent régulariser leur situation », a-t-elle indiqué. Rapportée à trente jours, cette cadence approcherait 3 000 démarches. Le chiffre demeure théorique : le Minefop ne précise ni si la moyenne porte sur les seuls jours ouvrables, ni si elle recouvre les dossiers déposés ou les visas effectivement délivrés. Or la distinction est cardinale, un dépôt de demande ne valant pas approbation.
Le cadre juridique du visa des contrats étrangers
La législation camerounaise encadre strictement l’emploi des ressortissants étrangers. L’article 27 du Code du travail prévoit que tout contrat concernant un salarié de nationalité étrangère doit être visé par le ministre chargé de l’Emploi avant son exécution. La démarche incombe à l’employeur, et le contrat est frappé de nullité de plein droit lorsque le visa est refusé. L’instruction des dossiers suppose la vérification du contrat, des qualifications du candidat, de sa situation administrative et du respect des obligations financières par l’entreprise employeuse.
Les autorités reconnaissent qu’une part des étrangers concernés entre sur le territoire avec un visa de tourisme, de visite ou d’affaires, avant d’occuper un emploi salarié sans contrat dûment visé. La campagne actuelle doit précisément permettre de rapprocher les données du Minefop de celles des services en charge de l’immigration et du séjour, dans une logique de croisement interadministratif encore inaboutie.
Un enjeu budgétaire chiffré à 20 milliards de FCFA
La régulation de la main-d’œuvre étrangère comporte une dimension financière significative. Les recettes non fiscales liées au visa des contrats sont passées de 5 milliards de FCFA en 2023 à 14,46 milliards en 2024, soit une progression de 189,2 % en un an. Le montant collecté demeure toutefois en deçà de la cible fixée à 20 milliards de FCFA, objectif reconduit pour l’exercice 2025. Le barème en vigueur fixe la contribution au visa à deux mois de salaire brut pour un travailleur non africain, et à un mois pour un ressortissant africain, avec un abattement de 50 %.
Des sanctions financières sont par ailleurs prévues à l’encontre des employeurs qui maintiennent en poste des salariés étrangers sans contrat régulièrement visé. Reste que la portée réelle du dispositif dépendra de la capacité du Minefop à distinguer, dans ses futurs bilans, les travailleurs enregistrés, les dossiers en instance, les visas effectivement accordés, les situations irrégulières confirmées et les sanctions prononcées.



