(BFI) ‑ Assiste-ton désormais à une cacophonie au sein du Conseil d’administration de la Sosucam autour de la vente des parts de Somdia ? Dans un communiqué de presse de Somdia et une déclaration du Conseil d’administration de DF Holding, datées du 22 juin 2026 et parvenues à notre rédaction, le Conseil s’étonne de l’attitude de Madame Romy Castel qui présente la réflexion sur le projet de cession comme une découverte récente dans les médias alors qu’en tant qu’administratrice du groupe Somdia, elle a pris part à toutes les décisions relatives à la Sosucam et approuvées à l’unanimité par tous les membres du conseil y compris à la récente session du 15 juin 2026.
La controverse autour de la vente de la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam) prend une nouvelle dimension. Alors que le groupe Somdia, filiale agro-industrielle du groupe Castel, a engagé un processus de cession de sa participation majoritaire dans l’entreprise, une partie de la famille Castel affiche désormais son opposition ouverte à cette opération.
Au cœur de cette fronde se trouve Romy Castel, fille du fondateur du groupe Castel. Dans une correspondance rendue publique le 22 juin 2026, elle affirme avoir appris « avec stupéfaction » le projet de vente des 88,36 % de parts détenues par Somdia dans la Sosucam. Elle estime que cette décision est contraire à la vision stratégique de son père, Pierre Castel, qui avait fait de l’agro-industrie un pilier du développement du groupe en Afrique.
Selon elle, la Sosucam constitue un actif stratégique aussi bien pour le groupe Castel que pour le Cameroun. Elle souligne que l’entreprise contribue à la souveraineté alimentaire du pays et s’inscrit dans une logique d’intégration industrielle reliant les activités agricoles et les industries de transformation. Pour Romy Castel, les difficultés actuelles de la société sont davantage liées à un sous-investissement qu’à une absence de potentiel économique. Romy Castel est donc ouvertement en désaccord avec la stratégie portée par le directeur général, Grégory Clerc, et considère la vente de la Sosucam comme un abandon d’un actif historique du groupe.
Pour sa part, le Conseil d’administration se dit surpris et déplore les déclarations de Madame Romy Castel qui affirme avoir découvert « avec stupéfaction, par voie de presse » le projet de cession des actifs de Somdia dans la Sosucam. Le Conseil indique à travers son communiqué remis à la presse qu’en tant qu’administratrice de Somdia, Madame Romy a été valablement convoquée, et a pris part aux cinq conseils intervenus entre novembre 2025 et juin 2026. Conseils au cours desquels la situation de la Sosucam, ses perspectives de développement ont été régulièrement « examinées de manière approfondie ». Le Conseil s’étonne dès lors de l’attitude de Madame Romy Castel qui présente les réflexions sur le projet de cession comme une découverte récente alors qu’elles ont été abordées à plusieurs reprises dans le cadre des séances du conseil d’administration de Somdia dont elle est membre à part entière. Et pour bien se faire comprendre, le Conseil d’administration rappelle que toutes ses décisions relatives à la Sosucam ont été approuvées à l’unanimité des membres présents y compris à la récente session du 15 juin 2026.
Enjeu de taille
Comme pour définitivement dissiper les craintes de Romy Castel de voir disparaitre un label héritage familial, le Conseil souligne qu’il demeure attaché à l’héritage bâti par le fondateur du Groupe et sa famille. Non sans souligner que « cet héritage impose non seulement de préserver les actifs stratégiques, mais également de prendre les décisions nécessaires pour assurer leur compétitivité et leur développement durable dans un contexte économique en profonde mutation. »
» La priorité de Somdia est aujourd’hui de construire une solution industrielle pérenne, équilibrée et
créatrice de valeur, permettant d’assurer la continuité des activités, la préparation de la prochaine
campagne et la préservation de l’emploi, en étroite concertation avec les autorités compétentes » souligne le Conseil d’administration dans son communiqué.
Prudence du gouvernement camerounais
Réuni autour du Premier ministre, l’exécutif a exigé que Somdia poursuive l’exploitation de la Sosucam jusqu’à la fin de la campagne sucrière 2026-2027. Il lui importe en effet de préserver les emplois, l’outil de production et l’approvisionnement du marché national en sucre. Toute perturbation de l’activité de la Sosucam pourrait avoir des répercussions importantes sur l’approvisionnement du marché et sur les prix du sucre. La consommation nationale de sucre est estimée à près de 300 000 tonnes par an, tandis que la production locale oscille entre 120 000 et 160 000 tonnes. Cette insuffisance oblige régulièrement le pays à recourir aux importations pour satisfaire la demande intérieure. Comme on le constate, les enjeux sont cruciaux aussi bien pour les propriétaires que pour le Cameroun. C’est pourquoi beaucoup d’observateurs estiment que ces désaccords ne sauraient perdurer.
Paul NKALA



