Sylvester Moh Tangongho: « le Cameroun n’a jamais fait un défaut de paiement »

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Sylvestre Moh Tangongho, directeur Général du trésor et de la coopération Financière et monétaire au ministère des Finances

(BFI) – Le directeur Général du trésor et de la coopération Financière et monétaire au ministère des Finances, donne les raisons du succès du Cameroun sur le marché monétaire, à la suite de la dernière émission effectuée le 27 mai dernier.

Le trésor public camerounais a procédé le 27 mai dernier, à une nouvelle émission de titres sur le marché de la Banque des États de l’Afrique centrale, pour mobiliser jusqu’à 35 milliards de francs CFA. Pouvez-vous nous donner les détails de cette opération ?

Merci de la tribune que vous m’offrez pour apporter un éclairage à l’opinion publique nationale et internationale sur l’activité de mobilisation des ressources par émission des titres publics par l’Etat du Cameroun à travers le Trésor Public. Pour ce qui est de l’opération spécifique du 27 mai 2020, elle visait à mobiliser un montant compris entre une fourchette de 25-35 milliards de francs CFA pour une maturité de 5 ans à un taux de 5,7 %. Cinq des 21 Spécialistes en Valeurs du Trésor (SVT) ont souscrit pour un montant total des soumissions de 55,12 milliards de francs CFA, soit un taux de couverture de l’opération de 157,49 %. Ce qui démontre s’il en était besoin que la signature de l’Etat est bonne et crédible. Dans le cadre des arbitrages, nous avons opté de lever un montant de 35 milliards de francs CFA, à un prix limite de 98 %. Le taux moyen pondéré est de 99,47 %.

En quoi est-ce que cette opération est différente de celles qui ont été effectuées jusqu’ici et quel est son objectif ?

La différence entre cette opération et les précédentes est que celle-ci vient « abonder », c’est -à-dire se greffer ou s’ajouter à une ligne de titre déjà ouverte en ayant les mêmes caractéristiques techniques que les titres initialement émis sur cette ligne. Donc c’est un prolongement de la ligne de maturité de 5 ans au taux de 5,7 % initialement émis le 08 avril dernier où nous avons pu lever 71,12 milliards de francs CFA alors que notre objectif était de 100 milliards de francs CFA. Elle a donc pour objectif de rattraper le gap au moment opportun ; ce qui est le cas.

Selon le calendrier des émissions publié par le ministère des Finances, une autre opération était prévue ce 27 mai, mais elle a été reportée à une date ultérieure. Peut-on savoir pourquoi ?

Il s’agissait d’une opération des Bons du Trésor Assimilables. En effet, comme initialement nous ne savions pas que nous n’aurions pas atteint l’objectif de 100 milliards de francs CFA sur les Obligations Assimilables du Trésor (OTA) de maturité de 5 ans à un taux de 5,7 % (résultat obtenu de 71,12 milliards), c’est dans ce souci que nous avons réaménagé le calendrier pour procéder à l’abondement de cette ligne de titres publics.

Les émissions effectuées jusqu’à ce jour se sont avérées être des succès. Quels sont les secrets de cette réussite ?

Le secret de cette réussite se trouve dans le dialogue permanent entre les Spécialistes en Valeurs du Trésor que le ministre des Finances a institué à travers un Cadre Permanent de Concertation entre le ministère des Finances et les Spécialistes en Valeurs du Trésor. Ce cadre d’échange se tient une fois le mois, généralement le troisième vendredi au cours duquel nous échangeons beaucoup sur les facteurs qui empêchent les banques de souscrire suffisamment à nos émissions. Ensemble avec la Banque Centrale qui sert de facilitateur, nous essayons de les évacuer afin de permettre aux banques de souscrire au maximum de leur capacité. Il conviendrait également de noter qu’un travail important est fait à la base avec les SVT pour ce qui est des opérations spécifiques de gros montants.

Qu’est-ce qui explique cet appétit croissant du Cameroun vers les ressources issues du marché monétaire ?

L’appétit du Cameroun vers les ressources issues du marché monétaire se trouve dans les caractéristiques même des opérations du marché monétaire. En effet, la préparation de ces opérations est moins longue, moins coûteuse et la disponibilité des ressources est rapide : 48 heures après la clôture des opérations, comparé aux opérations du marché financier.

Quelles assurances pouvez-vous donner aux investisseurs quant au respect des délais de remboursement de ces emprunts ?

Les assurances se trouvent dans le mécanisme de remboursement qui est mis en place à la Banque Centrale. En effet, pour chaque emprunt, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (Beac) ouvre dans ses livres un compte d’amortissement. Chaque 15 du mois, période de pic de recettes fiscales, elle prélève un montant du compte unique du Trésor qu’elle reverse dans le compte d’amortissement. A chaque échéance de remboursement, elle débite le compte d’amortissement pour créditer le ou les comptes des investisseurs ayant souscrits à cet emprunt. Depuis l’année 2011 où nous avons commencé à rembourser les premiers titres émis en 2010 sur le marché financier national, le Cameroun n’a jamais fait un défaut de paiement.

Le 12 février dernier, le Cameroun a néanmoins enregistré son tout premier échec sur le marché monétaire, en levant 5,2 milliards alors que le montant sollicité initialement qui était de 20 milliards. Qu’est-ce qui explique cet échec ?

 L’opération du 12 février 2020 n’est pas un échec. Comme je vous le disais au début de notre entretien, au-delà de la souscription, nous veillons également à nous endetter à moindre coût. C’est-à-dire par exemple que pour une émission de 20 millions de francs CFA, comme c’était le cas pour l’opération à laquelle vous faite allusion, nous veillons à ce que les taux d’intérêt soient le plus bas possible. Ce qui justifie le faible montant lever. La courbe de taux de l’endettement de l’Etat est également bien suivie de sorte qu’elle ne s’étende pas trop. Le Cameroun est aujourd’hui le seul pays au sud du Sahara qui s’endette encore à des taux d’intérêt de moins de 3 % pour les titres de courte maturité et de moins de 7 % pour les maturités longues.

Certains experts estiment que ces nombreux emprunts contribuent à augmenter le niveau d’endettement du pays. Que leur répondez-vous ?

Le taux d’endettement du Cameroun se situe autour de 40 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Comparé à 70 % du PIB de la norme communautaire, des marges subsistent encore. De plus, l’investissement a toujours un effet d’entrainement sur l’économie de manière à générer des richesses, susceptibles de rembourser l’emprunt.

Quels sont les projets vers lesquels les ressources mobilisées in fine seront orientées ?

 Les projets concernés par cette nature des ressources sont d’abord des projets matures, susceptibles d’enclencher une croissance saine et durable. C’est donc naturellement les infrastructures énergétiques et d’eau potable, les infrastructures routières, sanitaires, portuaires et aéroportuaires, inscrites dans la Loi de Finances de l’exercice qui sont financés par ces ressources.

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