(BFI) – « Je découvre avec stupéfaction, par voie de presse, que Somdia, la filiale agro-industrielle de notre Groupe familial désormais sous le contrôle managérial de Grégory Clerc, ancien avocat fiscaliste de mon père, a engagé un processus de cession de nos 88,36 % dans la Société sucrière du Cameroun (Sosucam). Je relève que le gouvernement camerounais a aussitôt imposé la création d’un comité stratégique pour analyser cette opération potentielle, et je m’en félicite ». Ce sont là les propos d’introduction de Romy Castel, fille du fondateur Pierre Castel, dans une correspondance parvenue à notre rédaction ce jour 22 juin 2026.
La bataille autour de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) franchit un nouveau palier. Après les révélations sur le projet de cession par Somdia, filiale agro-industrielle du groupe Castel, de sa participation de 88,36 % dans le premier producteur de sucre du Cameroun, c’est désormais Romy Castel, fille du fondateur Pierre Castel, qui sort publiquement par une opposition à cette opération avec pour ambition de proposer un plan de redressement et d’expansion de l’entreprise.
« La Sosucam est un fleuron du groupe Castel. Elle participe à l’autonomie alimentaire du Cameroun et incarne la vision de mon père : un groupe agro-industriel fondé sur l’intégration verticale des brasseries et l’approvisionnement local en matières premières (sucre, maïs, malt), en substitution d’importations coûteuses en devises et en logistique. À ce titre, c’est un atout stratégique pour le groupe Castel comme pour le Cameroun » peut-on lire dans cette correspondance.
La question sur la reprise de ce fleuron de l’économie camerounaise a fait l’objet d »une séance de travail présidée le 8 juin dernier par le Premier ministre, Chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute où i la été instruit au groupe Somdia d’assurer la campagne sucrière 2026-2027 avant toute cession de ces parts à un tiers, de préserver le dialogue social et de conserver les emplois existant ainsi que l’outil de production de la Sosucam.
Pour Romy Castel, « Sosucam a souffert d’un sous-investissement qui n’a pas permis à sa production de combler l’écart avec une demande nationale estimée à 400 000 tonnes par an et en forte croissance. Face à ce défi industriel, la réponse de la direction actuelle, vendre plutôt qu’investir et relancer, démanteler plutôt que consolider, est un aveu d’absence de vision, de compétence et de courage ».
Au sortir de la séance de travail avec le Premier ministre, Luc Magloire Mbarga Atangana a indiqué que « le marché du sucre au Cameroun est un marché particulièrement sensible et par conséquent protégé. Le Cameroun se félicite de ce que le groupe Somdia, dans la perspective d’une éventuelle cession de ses parts dans le capital de Sosucam, ait accepté d’ouvrir les échanges avec les pouvoirs publics. C’est désormais chose faite. Ce que je peux dire c’est qu’en l’état, les instructions du Premier ministre sont claires après consultation de toutes les parties prenantes : une transition ne peut pas se faire de manière précipitée ».
Cette position du gouvernement de ne pas aller vite en besogne permet de commettre un audit interne profond visant à redonner un souffle nouveau à la Sosucam. Car selon Romy Catel, brader un actif stratégique au lieu de le redresser n’est pas une stratégie, c’est un renoncement « cela démontre que Grégory Clerc n’est pas l’homme de la situation à la tête d’un groupe industriel ».
Rappelons que la Sosucam a récemment mis en service, sur son site de Nkoteng, une unité de production de sucre en morceaux financés sur fonds propres à hauteur de 2,5 milliards de Fcfa. Présenté aux autorités administratives en avril dernier, cette installation dispose d’une capacité de production de 100 tonnes par jours.
C’est dans ce contexte que « Je pense d’abord aux femmes et aux hommes de Sosucam, à Nkoteng comme à Mbandjock, dont les emplois et l’avenir ne sauraient être la variable d’ajustement d’un désengagement. J’invite le gouvernement camerounais et le comité stratégique à privilégier une solution industrielle durable, capable de préserver l’emploi et de hisser la production à la hauteur des besoins du pays, plutôt qu’un simple retrait du capital » indique la fille du fondateur Pierre Castel.
Le retrait de Somdia intervient aussi dans un contexte marqué par les débats récurrents sur l’approvisionnement du marché camerounais en sucre. Prenant les devants et révoquant toute idée cession, « je rappelle à l’ensemble des salariés du groupe, et tout particulièrement à ceux du Cameroun, que la Sosucam demeure un actif stratégique, adossé à un puissant groupe industriel. Dès la révocation de Grégory Clerc et la mise en place d’une gouvernance expérimentée et professionnelle, je m’engage à présenter aux autorités camerounaises un plan d’investissement, d’expansion et de maintien de l’emploi pour Sosucam, en mobilisant la solidité financière des filiales du groupe, à commencer par Boissons du Cameroun. Je revendique le caractère essentiel de la Sosucam : un acteur intégré, au service de la souveraineté alimentaire du Cameroun et de son leadership dans le cadre de la future ZLECAF. C’est cette ambition que j’entends défendre. Fidèle à la vision de mon père, je veillerai à ce que cet héritage industriel africain soit préservé et prolongé, et non démantelé » conclu Romy Castel.
André Noir




