Pourquoi la BCEAO augmente (légèrement) ses taux directeurs

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(BFI) – Redoutant de nouvelles anticipations inflationnistes, la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest augmente ses taux directeurs de 25 points. Refusant de compromettre la croissance économique, le Banquier central attend une décélération de l’inflation, en fin d’année.

Vigilance mais pas question de casser la machine. Tel semble le sentiment du banquier central d’Afrique de l’Ouest, qui décide une modeste hausse de ses taux directeurs afin de faire revenir l’inflation dans ses objectifs, sans compromettre la croissance économique de la région.

En effet, le Comité de politique monétaire (CPM) de la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a décidé, le 14 septembre 2022, de relever de 25 points de base ses taux directeurs. Cette mesure prend effet le 16 septembre ; le principal taux directeur auquel la Banque centrale prête des ressources aux banques passe de 2,25% à 2,50%.

La BCEAO attend une détente des pressions sur les prix à compter du dernier trimestre de 2022, sous l’effet de la hausse prévue de la production de la nouvelle campagne agricole et des mesures ciblées prises par les États pour lutter contre la vie chère.

« Cette décision, qui fait suite à la première hausse des taux intervenue en juin, contribuera à ramener progressivement le taux d’inflation dans l’intervalle cible de la Banque centrale (1% à 3%) sur le moyen terme », commente le nouveau gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou (photo). Lequel, fait nouveau, a publié un communiqué distinct du compte rendu du CPM expliquant sa politique ; et lequel compte rendu a été – enfin – diffusé sitôt la réunion du CPM achevée, et non pas plusieurs jours après…

En effet, poursuit le gouverneur, la baisse de la production vivrière durant la campagne agricole 2021-2022, les difficultés d’approvisionnement de plusieurs marchés du fait de l’insécurité dans certaines zones, l’augmentation des cours des produits énergétiques et des produits alimentaires importés ont contribué à la hausse des prix dans les pays de l’Union au cours de la récente période. Les prix ont augmenté de 7,0% au deuxième trimestre 2022 après 6,4% au premier trimestre 2022. En juillet 2022, le taux d’inflation a atteint 8,1%. L’inflation demeurerait encore à un niveau élevé, mais devrait se détendre à partir du dernier trimestre, avec l’arrivée des premières récoltes de la campagne vivrière 2022-2023 qui s’annonce meilleure que la précédente.

Hausse des prix de l’énergie et des engrais

Néanmoins, l’« orientation de l’activité économique reste favorable », juge le gouverneur Kassi Brou. Le PIB a augmenté, en glissement annuel, de 5,7% au deuxième trimestre 2022 après une hausse de 5,6% au trimestre précédent. Globalement, la croissance économique dans l’Union devrait ressortir à 5,8% en 2022 et à 7,0% en 2023. « Toutefois, l’insécurité dans la région et de mauvaises conditions météorologiques pourraient atténuer les bons résultats attendus. »

La liquidité bancaire dans l’Union reste « confortable » et les crédits octroyés par le secteur bancaire à l’économie ont augmenté de 11,9% à fin juin 2022. Les réserves de change de l’Union couvrent, à la même date, 5,1 mois d’importations de biens et services.

De son côté, le CPM a noté un net ralentissement de l’activité économique mondiale au cours du deuxième trimestre 2022. Le FMI ne prévoit qu’une croissance de 3,2% en 2022, contre +3,6% jusque-là, et de 2,9% en 2023. Perspectives entourées de « facteurs de risque globalement baissiers », prévient le banquier central, qui fait allusion, notamment au conflit russo-ukrainien et au resserrement des conditions monétaires. Le 8 septembre, la Banque centrale européenne a augmenté ses taux directeurs de 75 points de base, prévenant de probables hausses ultérieures.

Si tous ces éléments jouent plutôt « en faveur » d’une réduction de l’inflation, il n’en est pas de même pour la hausse des cours des produits énergétiques et celle des engrais.

L’exécution des opérations financières des États membres de l’UEMOA au cours du premier semestre 2022 s’est traduite par une hausse du déficit budgétaire. Toutefois, les conditions monétaires sont demeurées favorables. Sur les marchés interbancaires, d’ailleurs, la hausse des taux est modeste : 2,37% en moyenne, pour les prêts à une semaine, contre 2,30% au premier trimestre 2022 et 2,34% un an plus tôt.

C’est pourquoi l’encours des crédits à l’économie s’est accru, en rythme annuel, de 11,9%. En revanche, les avoirs extérieurs nets de l’Union se sont contractés de 2 135,5 milliards de F.CFA (3,26 milliards d’euros), dans le sillage d’un alourdissement de la facture d’importation des produits énergétiques et alimentaires.

Gare aux anticipations réalisatrices

De même, l’inflation sous-jacente (hors produits à prix volatils) est demeurée élevée, à 4,6% au deuxième trimestre 2022, après 4,3% un trimestre plus tôt. Ces évolutions sont essentiellement imputables à la hausse des prix des produits alimentaires, ainsi que ceux du logement et du transport.

La BCEAO prévoit un taux d’inflation à 8,1% au troisième trimestre 2022. Par contre, elle attend une détente des pressions sur les prix à compter du dernier trimestre de 2022, sous l’effet de la hausse prévue de la production de la nouvelle campagne agricole et des mesures ciblées prises par les États pour lutter contre la vie chère.

Néanmoins, les membres du CPM redoutent un effet d’anticipation de l’inflation qui nourrirait la hausse des prix, afin de motiver le resserrement du crédit, de 25 points de base.

Ainsi, le taux d’intérêt minimum de soumission aux appels d’offres d’injection de liquidité passe de 2,25% à 2,50% et le taux d’intérêt du guichet de prêt marginal de 4,25% à 4,50%. Le coefficient de réserves obligatoires applicable aux banques de l’Union reste inchangé à 3,0%.

Magazinedelafrique

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