(BFI) – Le premier opérateur de télécommunications d’Afrique, MTN Group, étudie l’obtention de licences bancaires sur certains marchés cibles, alors que l’entreprise cherche à développer ses activités de prêt à partir de son propre bilan, a déclaré mardi 25 août 2026, son PDG, Ralph Mupita. Cette annonce marque une nouvelle étape dans la transformation du modèle économique des opérateurs télécoms africains.
MTN intensifie son offensive dans les services de technologie financière (fintech) pour stimuler sa croissance au-delà des revenus traditionnels des télécommunications, le crédit s’imposant comme l’un des segments à la croissance la plus rapide au sein de ses activités de paiement mobile.
« Nous observons une solide croissance sur les services avancés, qui constituent nos relais de croissance futurs », a déclaré Ralph Mupita, faisant référence aux offres telles que les paiements, le commerce électronique et le prêt.
Jusqu’ici, MTN propose principalement des prêts dans le cadre de partenariats avec des banques. Le groupe étudie désormais les marchés où il dispose à la fois d’une importante base de clients et d’un volume élevé de transactions sur ses services Mobile Money. L’obtention d’une licence bancaire lui permettrait notamment de collecter des dépôts et, sous réserve des exigences réglementaires, de développer progressivement une activité de crédit.
La transition sera sélective et graduelle, prévient MTN, en raison des risques associés au crédit. Les partenariats avec les banques ne disparaîtront pas pour autant.
Cette stratégie s’inscrit dans une recomposition du secteur financier africain. Les frontières entre banques, opérateurs télécoms et fintechs deviennent de plus en plus floues. En Côte d’Ivoire, Wave a créé en 2025 Wave Bank Africa, dotée d’un capital de 20 milliards de FCFA, et a déposé une demande d’agrément bancaire actuellement à l’étude. Orange dispose déjà d’Orange Bank Africa, tandis qu’AXIAN a obtenu aux Comores une licence pour lancer une institution financière digitale.
MTN arrive donc sur un terrain où plusieurs acteurs cherchent à transformer leurs millions d’utilisateurs de mobile money en clients de services financiers, sur un marché où les banques traditionnelles peinent encore à toucher certaines catégories de clients. Les opérateurs télécoms ont développé une relation quotidienne avec leurs clients et disposent d’un volume important de données transactionnelles. Le crédit devient dès lors un prolongement naturel des services de paiement. Une facture payée, un transfert reçu, une activité commerciale ou la régularité des transactions peuvent contribuer à mieux évaluer le comportement financier d’un utilisateur, dans le respect des règles applicables en matière de données et de réglementation financière.
Une évolution stratégique
Un acteur qui maîtrise le portefeuille numérique peut progressivement étendre ses activités aux paiements, puis à l’épargne, à l’assurance et enfin au crédit. La prochaine étape de cette recomposition pourrait ainsi se jouer moins sur les télécommunications que sur la capacité à mobiliser l’épargne et à développer l’offre de crédit.
« Nous commençons à examiner, là où cela est pertinent et là où nous disposons de bases de clients importantes ainsi que de flux de trésorerie conséquents dans les portefeuilles numériques, s’il serait judicieux de détenir une forme de licence bancaire nous permettant de collecter des dépôts », a précisé Ralph Mupita. « À ce titre, nous serions alors en mesure de prêter, au fil du temps, sur notre propre bilan. Cela ne signifie toutefois pas que nous cesserons les prêts en partenariat. »
Une chose est sûre : l’Afrique est en train de vivre une révolution financière. Avec MTN en première ligne, le continent pourrait voir émerger un nouveau modèle bancaire, plus accessible, plus digital et surtout, centré sur le mobile.
Placide Onguéné



