(BFI) – De la Gambie au Rwanda, de Douala aux responsabilités régionales en Afrique centrale et de l’Est, son parcours traverse deux modèles qui structurent la banque africaine. Son retour à Lomé révèle surtout une évolution du rapport de force : les groupes panafricains ne cherchent plus uniquement des parts de marché. Ils cherchent aussi à récupérer les compétences africaines passées par les grandes banques internationales.
En septembre 2026, Marème Mbaye Ndiaye revient chez Ecobank, près de huit ans après avoir quitté le groupe panafricain pour Société Générale. Ce mouvement dépasse le simple retour d’une ancienne dirigeante : il réunit, au sein d’un même parcours, deux modèles bancaires qui ont longtemps structuré la finance africaine, celui des groupes internationaux et celui des banques nées sur le continent. Pour Marème Mbaye Ndiaye, Ecobank n’est pas une nouvelle institution. C’est là qu’elle a construit l’essentiel de sa première trajectoire bancaire.
Après des fonctions auprès de la clientèle institutionnelle puis des multinationales et grandes entreprises d’Ecobank Sénégal, elle prend la direction générale d’Ecobank Gambie, puis celle d’Ecobank Rwanda, avant de rejoindre le siège à Lomé comme directrice de cabinet du directeur général du groupe. Société Générale confirmait en 2021 ce parcours ainsi que sa formation en administration des affaires et en économie financière à HEC Montréal.
Société Générale, le changement d’échelle
Son départ pour Société Générale en décembre 2018 ouvre une deuxième séquence. Elle devient Directrice générale de Société Générale Cameroun, après une carrière essentiellement construite dans l’écosystème Ecobank. Le Cameroun lui permet notamment de travailler sur le financement du secteur privé. En 2020, Société Générale Cameroun et la Banque européenne d’investissement mettent en place une ligne de crédit de près de 10 milliards FCFA destinée aux PME camerounaises, alors que l’économie subit les effets de la pandémie.
En juillet 2021, son périmètre s’élargit : elle est nommée Directrice de la région Afrique centrale et de l’Est et intègre le comité exécutif de la Business Unit Afrique, bassin méditerranéen et outre-mer de Société Générale.
Un retour qui intervient dans une nouvelle phase pour Ecobank
Son retour à Lomé intervient dans un Ecobank différent de celui qu’elle avait quitté. Le groupe est aujourd’hui présent dans 34 pays d’Afrique subsaharienne, emploie plus de 14 000 personnes et revendique plus de 32 millions de clients.
Surtout, Ecobank cherche à convertir cette empreinte géographique en avantage commercial auprès des entreprises opérant sur plusieurs marchés. Sa banque d’investissement couvre notamment le financement structuré, le financement de projets, le commerce de matières premières, les marchés de capitaux et l’accompagnement panafricain des entreprises.
C’est dans cet environnement que le retour de Marème Mbaye Ndiaye prend sa portée stratégique. Après avoir dirigé des filiales Ecobank puis exercé des responsabilités régionales chez Société Générale, elle revient avec une connaissance combinée de la banque panafricaine, des grandes entreprises et du pilotage de réseaux bancaires multinationaux.
Le parcours révèle aussi un déplacement du centre de gravité
Cette trajectoire raconte enfin quelque chose de plus large sur la banque africaine. Pendant longtemps, les groupes internationaux constituaient une destination naturelle pour les cadres issus des institutions africaines. Les recompositions actuelles créent désormais des mouvements dans l’autre sens.
Pour Ecobank, récupérer des dirigeants ayant travaillé dans les deux univers peut devenir un levier de compétitivité. La bataille bancaire africaine ne se joue plus seulement sur les agences, les bilans ou la technologie : elle se joue également sur la capacité à attirer les dirigeants qui connaissent simultanément les marchés locaux, les grands clients et les standards internationaux.
Elise Nguélé




