(BFI) – L’organisation continentale lance ce 7 octobre, à Port-Louis (Maurice), sa propre agence de notation, l’Africa Credit Rating Agency (Afcra). Une initiative communautaire qui ambitionne d’offrir une alternative souveraine au système proposé par les grandes agences de notation internationales.
Impulsée par l’Union africaine (UA), l’agence devrait être « structurée pour opérer de manière indépendante », indique la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (UNECA), qui souligne que son objectif sera d’apporter « une meilleure compréhension des économies, des marchés et du contexte local africains » tout en complétant « le travail des agences de notation internationales existantes ». Son mandat devrait quant à lui couvrir les entités souveraines et les entreprises du continent, y compris des segments du marché africain largement non notés.
L’organisation aura son siège à Maurice, choisie comme juridiction principale à l’issue d’un processus de sélection mené sous l’égide du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP). En février, l’Union africaine avait déjà confirmé que Port-Louis accueillerait le siège de la future institution, tout en invitant les autres États intéressés à se porter candidats pour héberger ses implantations secondaires.
Le défi de la crédibilité
Plus largement, le projet répond à un grief ancien. De fait, les évaluations des agences Moody’s, Fitch Ratings et S&P déterminent le coût auquel États et entreprises s’endettent sur les marchés obligataires. Or, nombre de dirigeants et économistes africains dénoncent une perception excessive du risque du continent et estiment que ces agences internationales prennent insuffisamment en compte les spécificités des économies africaines, entretenant ainsi une « prime de risque africaine ». À risque comparable, les pays du continent paieraient donc davantage pour emprunter. Selon une étude du PNUD de 2023, des notations davantage fondées sur les fondamentaux économiques auraient permis d’économiser jusqu’à 75 milliards de dollars d’intérêts.
Reste le défi de la crédibilité. Agence commerciale, l’Afcra n’aura aucun gouvernement africain à son capital, dont la composition reste à préciser. Des acteurs africains existent par ailleurs déjà, comme Bloomfield, Agusto & Co (récemment rachetée par S&P) ou GCR Ratings (filiale de Moody’s depuis 2024). Certains économistes s’interrogent donc sur l’intérêt de créer une nouvelle agence plutôt que de renforcer les existantes.
Pour les ministères des Finances du continent, l’ambition affichée est claire : réduire la prime de risque payée par les émetteurs souverains africains sur les eurobonds et sur les marchés domestiques en devises. Un rééquilibrage des notations, s’il se matérialise, pourrait libérer des marges budgétaires significatives pour les infrastructures, la santé et l’éducation. Les banques multilatérales de développement, Banque africaine de développement (BAD) en tête, suivent de près le dispositif, qui pourrait aussi faciliter l’émergence d’un marché continental de la dette en monnaies locales.
Reste la question de l’articulation avec les agences existantes. L’agence panafricaine ne vise pas à se substituer aux acteurs établis mais à offrir une seconde lecture, susceptible d’influencer les comités d’investissement. Son modèle économique, encore en cours de finalisation, devra conjuguer financement public initial et émergence progressive de revenus commerciaux issus de la notation d’entreprises, de collectivités et d’émetteurs structurés. La feuille de route prévoit une montée en puissance par paliers, avec des premières notations attendues dans les prochains mois.
Placide Onguéné




