« L’exercice de la profession d’avocat reste très corseté au Cameroun » Me Flora Wamba – Avocate Associée et co-fondatrice du Cabinet Chazai Wamba

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(BFI) – Réformer l’accès à la profession d’Avocat et créer une véritable école d’avocats au Cameroun sont les axes de réflexions que propose Me Flora Wamba, Avocate Associée au Cabinet Chazai Wamba, pour faire du Cameroun une plaque tournante des services juridiques en Afrique au même titre que plusieurs autres pays africains. Elle fait partie de cette nouvelle génération d’avocats qui a souhaité rentrer dans son pays pour se mettre au service de sa patrie.

Titulaire d’un Master 2 Professionnel en droit des assurances de l’Université Paris I – Panthéon Sorbonne, d’un Master 1 en droit international des affaires et d’une Licence en droit privé de l’Université Paris I – Panthéon Sorbonne, Me Flora Wamba dispose d’une solide expérience en droit des assurances, droit des transports et en droit commercial au sein du cabinet d’avocats français Herald (anciennement Granrut) à Paris.

Elle a notamment eu l’occasion d’intervenir tant en matière de contentieux qu’en matière de conseil, auprès d’organismes d’assurances et de réassurances. Elle a également travaillé au sein des cabinets Gide Loyrette Nouel et Ernst & Young à Paris, ainsi qu’au sein du département assurance de la société Suez Environnement – Degremont et au sein du département juridique de l’organisme d’assurance GMF VIE.

Me Flora Wamba intervient sur de nombreuses transactions dans divers secteurs (notamment oil and gas, télécommunications, marchés financiers, Assurance). Elle intervient également régulièrement en matière de contentieux et d’arbitrage international.

Elle est membre de l’Association Internationale de Droit des Assurances (AIDA), un club dédié à la promotion et au développement, au niveau international, de la collaboration entre ses membres en vue d’accroître l’étude et la connaissance du droit international et national des assurances et des questions connexes. Elle est également membre du Congrès Africain des Juristes d’Affaires (COJA), une association dont le but est de réunir et de décloisonner les juristes africains.

Business & Finance International : Seulement deux mois après le changement de dénomination de votre cabinet, comment peut-on le présenter aujourd’hui sur ses nouvelles couleurs et qu’est ce qui a motivé cette mutation ?

Flora Wamba : Comme vous le rappelez, cinq après sa création, notre Cabinet auparavant dénommé Chazai & Partners a changé de nom pour devenir Chazai Wamba. Nous avons souhaité ce changement de nom à deux égards.

D’abord pour symboliser une nouvelle étape du développement de notre Cabinet qui, après s’être imposé sur le marché camerounais, a entamé son expansion africaine avec une première implantation au Gabon via un partenariat avec un cabinet d’avocats Gabonais.

Par ailleurs, nous voulions également saluer nos origines historiques et mettre l’accent sur le symbole important que constitue le succès incontestable d’un cabinet d’avocat fondé et dirigé par des femmes au Cameroun et en Afrique.

Ceci étant dit, l’ADN et la mission de notre Cabinet n’ont pas changé. Nous restons un cabinet d’avocats d’affaires panafricain dont l’objectif demeure de fournir des services juridiques de pointe aux acteurs économiques tant privés et institutionnels conformément à nos valeurs d’excellence, d’intégrité, de pragmatisme et d’esprit d’équipe.

BFI : Après la crise sanitaire qui a pratiquement durée 2 ans, les Etats parlent aujourd’hui de relance des économies. À votre niveau, quels enseignements avez-vous tiré de cette pandémie mondiale ?

FW : En ce qui concerne la pratique de notre métier d’avocat, le principal enseignement que nous avons tiré de la pandémie de la Covid 19 est la nécessité notamment de se doter de moyens technologiques adéquats et d’installer la culture de la digitalisation au cœur de nos activités.

Notre Cabinet a su faire preuve de résilience au plus fort de cette crise car nous avions déjà mis en place les outils et les processus qui nous permettraient de continuer de gérer les affaires de nos clients dans un monde où les échanges en présentiels étaient devenus impossibles. Nous avons d’ailleurs pu transitionner volontairement vers le télétravail afin de protéger la santé de nos équipes sans affecter significativement la qualité et la rapidité de notre service.

De nombreux cabinets qui en étaient jusque-là restés à un fonctionnement quelque peu daté ont durement fait les frais de la crise.

La pandémie a aussi clairement fait ressortir la nécessité pour l’administration camerounaise de poursuivre et surtout d’accélérer son processus de digitalisation afin d’assurer la continuité du service public même lorsque les usagers ne peuvent plus y avoir accès en présentiel.

C’est particulièrement vrai pour l’administration judiciaire, qui a été l’une de celles dont les activités ont été les plus impactées au plus fort de la crise précisément en raison du retard technologique considérable qu’elle accuse.

BFI : Quels sont vos chantiers prioritaires en cette période de relance économique en Afrique et sur quel levier le Cabinet Chazai Wamba compte-t-il s’investir pour s’imposer comme partenaire incontournable dans le domaine du droit des affaires au Cameroun et dans tous les pays d’implantations ?

FW : Notre objectif prioritaire est de consolider nos acquis et notre position de leader sur le marché camerounais et de poursuivre notre expansion africaine enclenchée avec le Gabon.

Pour le reste, il n’y a pas de mystère. Le premier atout d’un avocat est sa réputation. Pour rester un partenaire incontournable pour les acteurs économiques, nous devons continuer de nous distinguer par la qualité de nos services et de la gestion de notre relation client. Nous devons sans cesse rechercher l’excellence et l’amélioration.

Un point très important également est l’effort que nous mettons à conserver notre stabilité interne pour garantir la cohérence et la continuité de nos services.

Nous continuerons également de nouer des partenariats stratégiques et d’approfondir nos relations existantes avec des cabinets ou réseaux de cabinets d’avocats panafricains, européens et américains afin de prendre activement part aux transactions majeures qui structurent le futur du continent.

BFI : L’Etat du Cameroun est en quête de 200 milliards FCFA pour des projets stratégiques et structurants. S’il vous était donné d’apporter un conseil au gouvernement, que leur direz-vous ?

FW : Le premier conseil est moins à destination du gouvernement qu’à destination de la CEMAC. Le gouvernement camerounais a efficacement recours aux marchés bancaires et financiers pour lever les fonds dont il a besoin pour financer le développement de notre pays. Nous avons d’ailleurs eu le privilège de l’assister dans le cadre de son emprunt obligataire de 2018 et de son Eurobond de 2021.

Toutefois, il persiste des lacunes réglementaires qui l’empêchent d’avoir efficacement recours à d’autres types de financement. Je pense ici à la finance islamique, dont le développement est grandement freiné par l’absence d’une réglementation aboutie en zone CEMAC.

Par ailleurs, avec l’adoption du nouveau Code général des collectivités territoriales, de nombreuses possibilités ont été ouvertes aux régions et aux communes afin de mettre en place des schémas de partenariats public-privé qui permettraient de financer des projets locaux, intercommunautaires ou interrégionaux.

Malheureusement, ces solutions restent mal connues et insuffisamment mises à profit par leurs destinataires. J’exhorterais le gouvernement à sensibiliser et à former les responsables locaux en ce sens, car le développement se doit d’être la somme des grands projets structurants et des projets stratégiques locaux.

BFI : Le métier de conseil juridique a, depuis quelques années, le vent en poupe au Cameroun avec la prolifération des cabinets d’affaires. Quel est la plus-value que le Cabinet Chazai Wamba apporte sur ce marché pour se démarquer de la concurrence ?

FW : Je ne dirais pas qu’il y a une prolifération de cabinets d’avocats d’affaires inédite au Cameroun. En revanche, il y a bien une nouvelle génération d’avocats, souvent formés et ayant débuté leurs carrières à l’étranger, qui revient s’établir au Cameroun dans l’objectif clair de mettre à profit leur maîtrise des meilleurs standards internationaux pour intervenir en lead sur des transactions qui étaient jusque-là la chasse gardée des grands cabinets d’avocats américains et européens.

Mon associé Aurélie Chazai et moi-même faisons partie de cette vague. Nous devons nous distinguer non seulement des cabinets historiques mais aussi de tous les nouveaux venus sur le marché.

La plus-value que nous apportons à nos clients est multiple. Je citerais parmi d’autres atouts la diversification de nos expertises. En effet, nous avons organisé notre cabinet en départements spécialisés afin de répondre de façon précise et pertinente aux besoins spécifiques de nos clients.

Par ailleurs, nous bénéficions d’une excellente maîtrise des processus administratifs, ce qui nous permet d’offrir à nos clients un service rapide et efficace, notamment en matière de création d’entreprises.

BFI : La régulation dans ce secteur est-elle satisfaisante au Cameroun ? La régulation est-elle la même dans tous les pays où le Cabinet opère ?

Oui et non.

D’une part, il est relativement positif pour les avocats camerounais d’avoir une situation de quasi-monopole légal sur le marché de la fourniture des services juridiques.

D’autre part, l’exercice de la profession d’avocat reste très corseté au Cameroun. Je prendrai un exemple : l’exercice en commun de la profession ne peut se faire que sous forme de Société Civile Professionnelle (SCP) dont les délais et les conditions de création sont très contraignants. À l’inverse, en France où nous conservons un bureau, les formes d’association sont multiples et les procédures plus rapides.

Il me semble que c’est un frein au développement optimal de la profession. Dans l’idéal, nous devons tendre au maximum vers la mise en place de cabinets de taille critique de manière à faire du Cameroun une plaque tournante des services juridiques en Afrique au même titre que l’Afrique du Sud, le Kenya ou encore le Nigéria.

Il me semble également qu’il faut rationnaliser l’accès des jeunes à la profession en réformant totalement l’accès à la profession et en mettant en place une véritable École d’Avocats qui aurait à terme un rayonnement continental, ce d’autant plus que nous faisons partie des rares espaces juridiques où le droit civil et la Common law ont concurremment cours. Nous devons donc nous donner les moyens de mettre cette richesse à profit.

Propos recueilli par la Rédaction

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