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Les réformes structurelles essentielles et nécessaires que les chefs d’État de la Cemac ont omis d’évoquer à Brazzaville

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(BFI) – La réunion des Chefs d’État de la CEMAC à Brazzaville, le 22 janvier 2026, avait l’intention louable de prévenir les jours sombres qui se profilent à l’horizon économique des pays de la sous-région.  Les résolutions adoptées ont porté sur la discipline budgétaire et la transparence financière, le renforcement de la supervision bancaire, la stratégie d’import-substitution, le soutien à la BEAC, le suivi et évaluation trimestrielle de l’exécution des mesures préconisées.

Il en ressort que l’attention des Chefs d’Etat s’est polarisée essentiellement sur les mesures conjoncturelles à court terme, omettant la prise en compte des réformes structurelles pourtant indispensables à moyen et long terme.

De plus, en plaçant le FMI au centre des solutions préconisées, cette réunion est inconsciement tombée dans la trappe intellectuelle qui voudrait que la solution aux problèmes de nos pays ne soit recherchée qu’au niveau de la trésorerie c’est à dire en bas de bilan, dans une perspective conjoncturelle, une approche qui est le domaine de prédilection de cet organisme.

Que nenni! C’est au niveau du haut du bilan que ressortent les politiques structurelles, elles qui sont, de manière incontournable, le moteur du développement. Le négliger peut nourrir des inquiétudes sur l’évolution à moyen terme de nos pays. 

La nécessité de prendre en compte les réformes structurelles s’impose donc aujourd’hui, si on veut éviter que l’image de coup d’épée dans l’eau ne soit accolée au Sommet de Brazzaville. 

Trois domaines de politiques structurelles, s’ils ont été effleurés, n’ont malheureusement pas donné lieu à des propositions de solutions qui pourtant contribueraient à remédier de manière durable aux périls qui planent sur les pays de la sous- région. Il s’agit de la question du modèle économique d’import- substitution préconisé comme une panacée, de la problématique d’une monnaie souveraine CEMAC, de l’organisation institutionnelle de la sous-région.

La présente réflexion va porter sur ces réformes structurelles afin que les omissions de Brazzaville ne consacrent pas le déni des initiatives de rupture et d’innovations systémiques pourtant nécessaires pour un décollage effectif de la sous-région vers l’émergence.

Sa Majesté Célestin Bedzigui, Économiste et Homme Politique

La première réforme institutionnelle: la nécessité du « paradigm shift » du modèle économique Import- Substitution au modèle des Chaînes des Valeurs Mondiales

A Brazzaville, les Chefs d’Etat ont parlé d’Import- Substitution. Ce modèle économique et industriel vise à produire localement ce que l’on importe en produits de consommation courante. Sa principale limite tient à ce qu’il a pour cible le marché domestique dont la satisfaction des besoins ne requiert que des unités de production manufacturière de taille moyenne utilisant une main d’œuvre relativement réduite. Il ne contribue pas ainsi de manière efficiente à la résolution de l’un des problèmes aigus des pays de la sous-région: le chômage massif.

Ce modèle est par conséquent dépassé. Il doit être remplacé par un modèle générateur d’un volume plus important d’emplois résultant d’une activité industrielle de plus grande ampleur, un modèle adopté et éprouvé par les économies en quête de l’émergence: le modèle de Chaînes des Valeurs Mondiales ( CVM).

Le modèle économique et industriel d »’insertion dans les chaînes de valeur mondiales » aussi appelé modèle des Chaines des Valeurs Mondiales (CVM) est caractérisé par le fait d’avoir comme marché cible le marché global. La politique des pays qui l’adopte vise à attirer sur leur territoire un volume massif d’investissements directs étrangers, des entreprises de grande taille leur permettant de satisfaire la demande globale. Celles-ci sont attirées par les avantages comparatifs que le pays offre. Elles utilisent des volumes importants de main d’œuvre et contribuent ainsi à une résorption accélérée du chômage. Le modèle CVM vise à intégrer le pays et ses entreprises dans les réseaux de production et de distribution internationaux. Il leur permet d’accéder à de nouveaux marchés, de bénéficier de transferts de technologies et de compétences étrangères, d’améliorer leur compétitivité, de se conformer aux exigences de qualité et de normes internationales.

Les deux effets les plus décisifs du modèle CVM sont la résorption du chômage du fait de l’établissement d’entreprises de grande taille et l’afflux de devises du fait de l’activité manufacturière orientée vers l’exportation. Son efficacité a été prouvé par les Tigres du Sud-ouest asiatique classés pays émergents, statut auquel aspire les pays de la CEMAC.

Toutefois, la bascule vers les CVM ne doit n’être pas qu’un débat conceptuel. Il relève de l’exécution, de la sécurité, de la logistique, de l’énergie et de la gouvernance.

Dans l’exemple du Cameroun, les données récentes montrent une croissance encore modeste (3,5% en 2024) malgré l’embellie du cacao, un contexte budgétaire plus contraint en 2026.

La mise en service de la Phase 2 du port de Kribi en 2025 est une vraie avancée, mais elle ne créera des CVM que si l’État garantit un corridor performant (douanes rapides, énergie stable, foncier industriel clair, justice commerciale). Dès lors, il s’agira de choisir deux ou trois filières spécifiques pour lesquels seront publiées des “feuille de route d’exécution” avec des KPI trimestriels : délais portuaires/douaniers, coût énergétique industriel, hectares de foncier aménagés, produits d’exportation non-pétroliers transformés, nombre d’emplois industriels formels. Sans cela, le pays risque de rester dans une logique d’annonces, pendant que les coûts réels (énergie, import carburant depuis l’arrêt de la SONARA après 2019) continuent d’éroder sa compétitivité et ses possibilités de réussir l’adoption du modèle CVM.

La deuxième réforme structureĺle: La création d’une nouvelle monnaie propre à la sous- région: le Fako. La création d’une monnaie sous-regionale indépendante appelée le Fako, du nom du plus haut sommet du Golfe de Guinée, présente à la fois des défis et des opportunités.

Ses opportunités sont: une dépendance monétaire car avoir sa propre monnaie permettrait à la sous-région de prendre des décisions autonomes en matière de politique monétaire, sans dépendre des décisions prises par le Trésor Francais où est logé le compte d’ opérations du Franc CFA; la flexibilité économique étant donnée qu’ une monnaie sous régionale permettrait d’ajuster la politique monétaire en fonction de ses besoins économiques spécifiques, tels que la stimulation de la croissance, la maîtrise de l’inflation ou la gestion des chocs économiques; le développement de l’économie locale car la création d’une monnaie nationale pourrait stimuler l’économie locale en encourageant les entreprises à investir et à créer des emplois; l’ inclusion financière avec la monnaie électronique qui pourrait améliorer l’accès aux services financiers pour les populations rurales et urbaines, notamment grâce aux services de paiement mobile.

Le Fako aura une parité flexible du par rapport aux monnaies des principaux partenaires économiques du Cameroun.

Cette parité flexible du Fako est établie de la manière suivante : un régime de change flexible où la valeur de la monnaie serait déterminée par les forces du marché, c’est-à-dire l’offre et la demande de devises; le flottement contrôlé, la Banque centrale pouvant intervenir sur le marché des changes pour influencer la valeur du Fako, en achetant ou en vendant des devises, afin de maintenir la stabilité du taux de change.

Au lieu d’être soumis à un taux de change fixe comme l’est actuellement le Franc Cfa à l’Euro, le Fako serait être lié à un panier de monnaies, composé des monnaies des principaux partenaires économiques du Cameroun, tels que l’euro, le dollar américain, le yuan chinois, le yen japonais, la roupie indienne etc.

La constitution des réserves et le soutien du taux de change s’opèrent par un mécanisme à double détente.  Les contrats de vente de nos exportations prévoiraient un règlement de 50% en monnaie du pays acheteur, ce qui alimenterait nos réserves en monnaies étrangères. Le règlement du solde de 50% s’effectuera en Fako dont la demande d’achat soutiendra le cours.

La Banque centrale pourrait utiliser le taux de change réel comme indicateur pour déterminer la valeur du Fako, en tenant compte des différences d’inflation et de productivité entre le Cameroun et ses partenaires économiques.

La troisième réforme structurelle: l’aggiornamento institutionnel par la création d’une Confédération des États de l’Afrique Centrale

Une transformation de la zone CEMAC en Confédération politique avec une direction unique présenterait plusieurs avantages.

L’intégration économique serait renforcée. Une direction politique et économique unique favoriserait marché commun plus intégré et plus compétitif soutenant ainsi la croissance économique et le développement régional.

La diplomatie et l’influence internationale basée sur une politique étrangère commune permettrait à la Confédération de parler d’une seule voix sur la scène internationale, augmentant ainsi son influence et sa capacité à défendre les intérêts de ses membres.

Les politiques d’emploi et de sécurité sociale communes   permettrait de protéger les droits des travailleurs et de promouvoir la mobilité des personnes au sein de la Confédération.

La direction unique favoriserait la gestion des services publics de la défense, la recherche et l’éducation.

Une politique de sécurité commune permettrait de mieux lutter contre les menaces transfrontalières, telles que le terrorisme et la criminalité organisée.

La Confédération politique avec une direction unique serait plus attractive pour les investisseurs étrangers, qui seraient rassurés par la stabilité et la cohérence de la politique économique et industrielle de la région.

La forme de l’État serait celle d’une Confédération avec une structure fédérale qui respecte les spécificités culturelles de chaque entité.

Sa Majesté Célestin Bedzigui, Économiste et Homme Politique

Rédaction
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