(BFI) – Confrontée à une érosion alarmante de ses réserves de change, tombées à moins de 4 mois de couverture des importations contre 6 mois en 2023, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) a adopté une discipline monétaire inédite.
La croissance régionale, estimée à 2,8 % en 2025, s’est nettement ralentie par rapport aux années précédentes. L’inflation, supérieure à 6 % en moyenne, fragilise le pouvoir d’achat des ménages. La chute des cours du pétrole, dont dépendent à plus de 70 % les recettes d’exportation, a révélé la vulnérabilité structurelle de la sous-région.

Les fragilités sont multiples :
– Dépendance aux hydrocarbures : une économie peu diversifiée, exposée aux chocs exogènes.
– Fuite des capitaux : une part importante des devises générées par les exportations est conservée hors de la zone.
– Déficits budgétaires chroniques : aggravant la tension sur les finances publiques.
– Réserves en danger : leur érosion menace directement la stabilité du franc CFA.
La réforme adoptée à Brazzaville impose aux entreprises opérant dans les secteurs stratégiques de réintroduire dans la zone CEMAC les revenus générés en monnaies étrangères. Ces flux sont centralisés par la BEAC afin de :
– Consolider les réserves de change.
– Soutenir la stabilité du franc CFA.
– Limiter la fuite des capitaux.
– Restaurer la confiance des bailleurs internationaux.
Des sanctions sont prévues en cas de non-respect, signe de la volonté des autorités de faire de ce mécanisme un instrument de discipline financière et de souveraineté économique.
Le Fonds monétaire international a salué la décision tout en rappelant les conditions de son soutien :
– Réduction des déficits budgétaires par une rationalisation des dépenses.
– Transparence absolue des comptes publics.
– Diversification économique pour réduire la dépendance aux hydrocarbures.
En filigrane, le FMI impose une véritable orthodoxie budgétaire et monétaire, conditionnant ses financements à une discipline stricte.
Au-delà du rapatriement des devises, la CEMAC doit affronter des chantiers de fond :
– Diversifier ses économies pour réduire la vulnérabilité aux chocs externes.
– Renforcer la gouvernance budgétaire et lutter contre la corruption.
– Accélérer l’intégration régionale par la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux.
– Préparer la transition énergétique et numérique pour inscrire la sous-région dans une dynamique mondiale de compétitivité.
In fine, le sommet de Brazzaville marque une inflexion majeure : la CEMAC érige le rapatriement des devises en ultime rempart contre l’érosion de ses réserves. Mais seule une stratégie globale, alliant discipline, diversification et intégration, permettra de transformer cette contrainte en véritable levier de souveraineté économique.
Darly Nguema, Analyste financière




