(BFI) – Présenté comme l’un des grands leviers de la transformation économique du Cameroun, le port autonome de Kribi affiche pourtant une performance opérationnelle particulièrement faible dans le Container Port Performance Index (CPPI) 2025, publié en juin 2026 par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence.
Dix ans après sa mise en service opérationnelle, le fleuron portuaire du Cameroun boit la tasse dans les classements internationaux. Selon le dernier indice CPPI publié par la Banque mondiale et S and P Global, le Port en eau profonde de Kribi stagne à la 395ième place mondiale sur 400. Un score logistique sévère qui relègue la plateforme camerounaise au 50e rang africain, loin derrière son voisin gabonais, le Port d’Owendo 300e.
Une contre-performance technique qui cache pourtant une réalité commerciale insolente. Sur le terrain des affaires, le Port Autonome de Kribi (PAK) affiche une santé financière record. Devenu le premier terminal à conteneurs du pays devant Douala avec un trafic historique de 555 398 EVP, Kribi a injecté plus de 350 milliards de FCFA dans les caisses douanières de l’État, s’imposant comme le poumon financier émergent de la sous-région.
Comment expliquer un tel grand écart ? L’indice mondial ne juge pas la rentabilité, mais le temps passé par les navires à quai. À Kribi, les porte-conteneurs passent plus de la moitié de leur temps immobilisés par la bureaucratie douanière et les goulets d’étranglement terrestres. Le manque criant de voies ferrées et le mauvais calibrage des axes routiers vers l’hinterland bloquent la fluidité des marchandises.
« Ce classement ne mesure pas la taille du port ni son trafic global, mais exclusivement son efficacité opérationnelle. L’indicateur principal est le temps passé par un navire au port : l’écart de temps précis entre son arrivée en rade et son départ du poste d’amarrage après l’échange de ses cargaisons. Un temps d’attente ou de traitement trop long dégrade le score d’efficacité » souligne un expert.
Pour que Kribi devienne le véritable hub de l’Afrique Centrale, il ne suffira plus de creuser la mer pour accueillir des géants des mers. Le défi du Cameroun se joue désormais sur terre : fluidifier les corridors logistiques et accélérer la numérisation administrative pour que l’efficacité technique rejoigne enfin les records financiers.
Bien que ce classement souligne d’importants défis logistiques et des lenteurs de traitement, le complexe de Kribi se trouve dans une phase d’extension majeure notamment le manque de connexions terrestres rapides vers l’hinterland pèse l’efficacité du terminal. Pour y remédier, des projets de développement sont en cours, notamment la signature d’un accord en juin 2026 pour connecter le port via une ligne ferroviaire Edéa–Kribi–Lolabé–Campo.
En parallèle, la zone industrielle intégrée du port (Kribi Port Industrial Zone), officiellement inaugurée début 2026, continue d’attirer des entreprises lourdes et agro-industrielles afin de maximiser le potentiel de traitement de cette infrastructure de 16 mètres de profondeur.
Omer Kamga




