Le numérique en Afrique, une priorité pour une économie inclusive et durable

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Rebecca Enonchong
Rebecca Enonchong, PDG et fondatrice d'AppsTech, fondatrice d’ActivSpaces, présidente du conseil d’administration d’Afrilab et fondatrice de l’Africa Technology Forum

(BFI) – L’Afrique peut tirer parti du numérique pour s’affranchir des vieux modèles industriels et accélérer sa croissance économique. En cette période de crise, le numérique s’est révélé un outil essentiel pour mettre en place des solutions résilientes et inclusives. Éclairages de Rebecca Enonchong, PDG et fondatrice d’AppsTech, fondatrice d’ActivSpaces, présidente du conseil d’administration d’Afrilab et fondatrice de l’Africa Technology Forum.

Comment le numérique transforme-t-il les économies du continent africain ?

Tous les pays africains n’en sont pas au même stade en matière de transformation numérique. Les pays les plus en avance sont l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya et le Ghana, loin devant les pays francophones comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Dans tous ces pays, les innovations numériques servent des besoins très concrets et adaptés aux réalités locales.
Il s’agit par exemple de développer des solutions de livraison des biens commandés en ligne par des personnes sans adresse postale, ou encore de réaliser des transactions financières sans compte en banque ni carte de crédit. À ce titre, la téléphonie mobile a transformé le continent. En Afrique, nous ne sommes pas mobile first, nous sommes « mobile only ». Beaucoup de services digitaux ne sont conçus que pour le téléphone portable, à l’instar du mobile money ou du social e-commerce sur des plateformes de messagerie comme WhatsApp.

En Afrique, nous ne sommes pas mobile first, nous sommes « mobile only »

Quelles sont les conséquences économiques de la crise sanitaire actuelle pour les pays africains ? 

Elles ne sont pas encore totalement connues. Nous commençons tout juste à saisir l’ampleur de la pandémie en nombre de personnes infectées et de décès sur le continent. Par ailleurs, les mesures de confinement, pour les pays qui en ont imposé, n’ont pas été aussi extrêmes qu’en Europe, les activités socioéconomiques ont continué la plupart du temps. En revanche, avec le ralentissement de la production et des importations en provenance d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord, les stocks de produits s’amenuisent. Cela se ressentira dans les mois à venir. Cette crise économique mondiale affectera également l’emploi et les exportations.

Cette crise a révélé l’importance des outils digitaux pour assurer la continuité d’activité et mettre en place des moyens de gestion de crise. Pensez-vous qu’elle va accélérer le développement du numérique sur le continent ?

Oui. Les entreprises comme les pouvoirs publics ont compris à quel point l’accès à internet pour tous était essentiel.
Les outils numériques et les réseaux sociaux se sont avérés indispensables notamment pour garder le contact et continuer à communiquer à moindre coût. 

Plus largement, les États ont un rôle essentiel à jouer pour soutenir le développement du numérique et la dynamique d’innovation sur le continent par des politiques favorables. En ce sens, le collectif i4policy, dont je fais partie, a publié un ensemble de recommandations adressées aux décideurs. Notre manifeste inclut des propositions visant à encourager l’éducation numérique des citoyens, à simplifier la création d’entreprise, à mettre en place des fonds de soutien à l’innovation, à inciter l’entrepreneuriat numérique par des dispositifs fiscaux avantageux… Autant de mesures qui permettront selon nous à l’Afrique de réussir son virage numérique.

En quoi le numérique est-il vecteur de développement économique et social ? 

Une récente étude de la Banque Mondiale montre que le numérique transforme les modes de production et les conditions de travail. Tant d’évolutions qui favorisent la croissance et l’emploi.
Par ailleurs, le numérique favorise l’inclusion sociale des personnes fragilisées ou vulnérables. Des applications mobiles permettent aujourd’hui aux femmes victimes d’agressions de trouver un soutien, aux agriculteurs en zone rurale de vendre leur production directement aux consommateurs, aux personnes à mobilité réduite de travailler à distance…
En Afrique, le numérique transforme des vies.

En Afrique, le numérique transforme des vies.

En quoi permet-il aussi de développer des solutions durables et respectueuses de l’environnement ? 

En l’absence d’infrastructures traditionnelles, le numérique permet de faire des sauts qualitatifs, dans le domaine de l’énergie par exemple, sans avoir à réaliser un investissement de départ conséquent.
En Afrique, il favorise l’exploitation durable de l’énergie solaire, le suivi personnalisé des consommations d’électricité, la gestion intelligente des déchets, l’amélioration de la qualité de l’eau… le plus souvent via des objets connectés.
Les start-up africaines sont très mobilisées sur ces sujets. 

Comment faciliter et favoriser leur amorçage et leur financement ?

Il faut avant tout encourager l’investissement en Afrique par des Africains. Savez-vous que seuls 28 % des financements de start-up en Afrique proviennent d’Afrique ?
De plus, ces start-up ne sont pas toujours 100 % africaines. Or, cette forte présence de bailleurs étrangers créé un déséquilibre. Seul l’investissement africain dans des start-up africaines peut être créateur de richesses durables pour le continent.
C’est pour nourrir cette dynamique que nous avons créé en 2015 l’African Business Angels Network (ABAN). Le but de cette ONG n’est pas d’investir, mais de former les investisseurs et de favoriser la création de réseaux de business angels en Afrique.
Parmi nos projets-phares de 2020, je peux citer Catalyst, lancé en partenariat avec Afrilabs, réseau panafricain composé de plus de 150 centres d’innovation. Catalyst est un fonds de co-investissement qui égale ou abonde l’apport financier d’un investisseur membre de l’ABAN dans une entreprise africaine en phase de croissance.
Nous espérons que cette initiative contribuera à soutenir l’écosystème de financement africain en faveur des start-up du continent.

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