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Le Gabon mise sur le secteur privé pour lever 18 000 milliards Fcfa

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La répartition annoncée traduit un choix doctrinal assumé. En confiant deux tiers de l’effort d’investissement au privé, Libreville se range dans la lignée des stratégies de financement mixte adoptées par plusieurs économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Le ratio retenu place de facto les bailleurs commerciaux, les fonds souverains régionaux et les multinationales extractives en position de premiers contributeurs au futur cycle de croissance.

Cette équation suppose toutefois un environnement des affaires substantiellement amélioré. Le Gabon, dont l’économie demeure adossée au pétrole, au manganèse et au bois, peine encore à diversifier ses sources de devises. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international avaient pointé, ces dernières années, la nécessité d’élargir l’assiette fiscale, de fluidifier les procédures douanières et de sécuriser les titres fonciers pour attirer durablement le capital étranger.

Pour structurer le dialogue avec les opérateurs économiques, le gouvernement a annoncé la relance du Haut conseil pour l’investissement (HCI). L’instance, censée constituer le principal cadre de concertation entre l’État et le patronat, avait perdu de sa visibilité lors des dernières années du précédent régime. Sa réactivation traduit la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema d’inscrire la relation public-privé dans un cadre institutionnel lisible, à même de rassurer les investisseurs sur la prévisibilité réglementaire.

Le HCI devrait jouer le rôle d’aiguilleur entre les besoins sectoriels recensés par les ministères techniques et les capacités de mobilisation des grandes signatures privées présentes au Gabon. Les groupes du secteur minier, à l’image de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale d’Eramet, ou les opérateurs de la filière bois transformée seront naturellement scrutés. Les bailleurs panafricains, dont Afreximbank et la Banque africaine de développement, sont également pressentis pour catalyser des financements de projets dans les infrastructures, l’énergie et le numérique.

Reste que l’objectif de 18 000 milliards de FCFA sur cinq ans, soit une moyenne de 3 600 milliards annuels, représente une rupture par rapport au rythme observé lors des plans antérieurs. À titre de comparaison, le précédent Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) n’avait que partiellement atteint ses cibles d’investissement direct étranger, faute de pipeline de projets bancables et en raison de la chute des cours des matières premières entre 2014 et 2016. Le PNCD devra donc démontrer sa capacité à industrialiser la préparation de projets et à offrir des garanties tangibles aux financiers.

La trajectoire budgétaire de l’État gabonais ajoute une contrainte supplémentaire. La dette publique s’est rapprochée du seuil communautaire CEMAC de 70 % du PIB, ce qui réduit les marges d’endettement souverain et renforce mécaniquement l’importance des partenariats public-privé. Concrètement, les concessions, les contrats de performance énergétique et les véhicules de financement structurés devraient occuper une place centrale dans l’ingénierie financière du plan.

Par ailleurs, la réussite du PNCD reposera largement sur la qualité de l’exécution administrative. Les délais de délivrance des autorisations, la digitalisation du guichet unique d’investissement et la lutte contre la corruption figurent parmi les chantiers attendus par les opérateurs. Sans avancées tangibles sur ces fronts, l’écart entre intentions affichées et capitaux effectivement déployés risque de se reproduire.

Le rendez-vous est donc fixé pour les cinq prochaines années. Le pouvoir gabonais joue, avec ce plan, une partie décisive de sa crédibilité économique auprès des marchés et des partenaires bilatéraux.

Rédaction
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