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Le drame de Zamboyé expose la vulnérabilité des mineurs camerounais au-delà des frontières

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Le site de Zamboyé se trouve dans la préfecture de Nana-Mambéré, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière camerounaise. Selon les témoignages recueillis sur place, plusieurs galeries d’une exploitation artisanale se sont effondrées, ensevelissant des mineurs dans un environnement marqué par des techniques rudimentaires et l’insuffisance des dispositifs de sécurité et de secours. Une enquête a été ouverte en RCA pour établir les causes du drame et d’éventuelles responsabilités. La présence de Camerounais parmi les victimes rappelle le caractère transfrontalier de l’économie de l’or dans cette partie de l’Afrique centrale. Les zones minières de l’Est camerounais et de l’ouest centrafricain attirent une main-d’œuvre mobile, poussée par la recherche de revenus et capable de se déplacer d’un site à l’autre en fonction des découvertes et des opportunités.

Cette mobilité rend plus complexe la protection des travailleurs. Les normes édictées au Cameroun cessent en pratique de produire leurs effets lorsque les orpailleurs franchissent la frontière pour travailler sur des exploitations soumises à d’autres autorités, voire en dehors de tout encadrement réglementaire effectif.

Un risque connu dans l’Est camerounais

Le danger n’est pas propre à Zamboyé. Dans la région de l’Est, l’orpaillage est particulièrement présent autour de localités comme Bétaré-Oya, Batouri, Ngoura ou Ketté. Les activités artisanales y reposent encore largement sur le creusement de puits, le déplacement de volumes importants de terre et des méthodes qui peuvent exposer les travailleurs aux glissements de terrain, aux noyades et à d’autres accidents.

La question de la profondeur des excavations figure d’ailleurs parmi les préoccupations actuelles des autorités camerounaises. Dans le cadre de la restructuration du secteur engagée en 2026, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) interdit l’exploitation artisanale au sens strict au-delà de 10 mètres de profondeur et fixe à 30 mètres la limite pour l’exploitation artisanale semi-mécanisée. Au-delà, l’activité doit relever d’un autre régime minier.

Ces restrictions illustrent directement le risque d’effondrement associé à la multiplication de fosses et galeries profondes sans encadrement technique suffisant.

Le gouvernement camerounais a d’ailleurs durci le ton ces derniers mois contre les exploitations illégales. En avril, une opération conduite dans l’Est a entraîné le démantèlement d’installations, la saisie d’engins et l’arrêt d’activités sur plusieurs sites de Bétaré-Oya et de Zembe-Borongo. En mai, le Minmidt annonçait la fermeture des exploitations artisanales semi-mécanisées considérées comme illégales dans l’Est et l’Adamaoua, tout en fixant des conditions pour leur éventuelle régularisation.

Formaliser sans déplacer le risque

Mais le drame de Zamboyé révèle une limite de cette politique. La fermeture d’un site illégal ou le durcissement des règles au Cameroun ne font pas nécessairement disparaître les travailleurs qui vivent de l’orpaillage. Une partie peut se déplacer vers d’autres sites, y compris de l’autre côté de la frontière, où les conditions de sécurité ne sont pas forcément meilleures. L’enjeu dépasse ainsi la seule répression de l’exploitation clandestine. Il concerne aussi la capacité à intégrer les artisans dans des circuits formels, à contrôler les techniques d’extraction, à sécuriser les excavations et à offrir aux travailleurs une information minimale sur les risques auxquels ils s’exposent. La catastrophe intervient justement alors que le Cameroun tente de restructurer son secteur aurifère artisanal et semi-mécanisé. Les autorités imposent notamment des obligations environnementales, fiscales et techniques aux opérateurs et poursuivent le démantèlement des installations jugées non conformes.

Cette politique vise toutefois principalement les exploitants et les unités de production. Elle répond moins directement à la situation des travailleurs artisanaux mobiles qui passent d’un site à l’autre, parfois au-delà des frontières, et dont les moyens de subsistance dépendent de l’activité minière. Zamboyé pose donc aussi une question sociale. Tant que l’orpaillage offrira, malgré ses dangers, des perspectives de revenus plus accessibles que les alternatives économiques disponibles dans certaines zones rurales, les sites continueront d’attirer une main-d’œuvre disposée à prendre des risques importants. Le drame du 18 août rappelle ainsi que la formalisation de l’orpaillage ne peut être réduite aux permis et aux opérations de fermeture. Elle suppose également des normes de sécurité effectivement appliquées, un contrôle des sites, des dispositifs de secours et une coopération transfrontalière dans les bassins miniers où circulent travailleurs et exploitants.

Pour le Cameroun, la présence de ses ressortissants parmi les victimes de Zamboyé transforme donc une catastrophe survenue en territoire centrafricain en avertissement plus large : sécuriser l’orpaillage à l’intérieur des frontières ne suffira pas si la précarité continue de pousser les mineurs vers des sites clandestins ou insuffisamment encadrés dans l’ensemble du bassin frontalier.

Rédaction
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