(BFI) – Le Cameroun prépare un nouveau durcissement de sa fiscalité sur les produits du tabac avec une réforme qui pourrait porter la taxe spécifique de 5 000 Fcfa à 15 000 Fcfa pour 1 000 cigarettes en l’espace de deux ans. Les simulations examinées par les pouvoirs publics montrent qu’une telle évolution ferait reculer le nombre de fumeur d’environ 65 000 personnes, tout en rapprochant le pays des recommandations de l’organisation mondiale de la Santé (OMS), qui préconise une fiscalité représentant au moins 70% du prix de vente des produits du tabac.
Cette orientation a été examiné du 22 et 24 juillets 2026 à Mbankomo, dans la région du Centre, où des experts du ministère de la Santé et du ministère des Finances se sont réunis afin d’analyser les résultats des simulations réalisées à l’aide du model TaXSIM, selon un communiqué publié par le ministère de la santé.
L’institution gouvernementale indique que « la charge fiscale actuelle sur les produits du tabac est estimée à 38,4%, un niveau inférieur au recommandation de l’OMS qui préconise une fiscalité représentant au moins 70% du prix de vente des produits du tabac. Les travaux menés ont permis de dégager plusieurs scénarios de réformes susceptibles d’améliorer les recettes fiscales tout en réduisant la consommation du tabac ».
Les scénarios envisagés prévoient une première hausse de la taxe spécifique de 10 000 Fcfa pour 1 000 cigarettes dès 2027, suivie d’un nouveau relèvement à 15 000 Fcfa pour 1 000 cigarettes à 2028.
Un nouveau palier dans une stratégie fiscale graduelle
La trajectoire actuelle prolonge les réformes antérieures : la loi de finances pour l’exercice 2019 a déjà relevé le minimum de perception du droit d’accises sur les cigarettes importées de 3 500 FCFA à 5 000 FCFA pour 1 000 tiges, afin de limiter les importations de cigarettes à bas prix et d’augmenter les recettes fiscales. Ce relèvement a été intégré dans l’architecture globale de la loi de finances 2019, promulguée le 11 décembre 2018, qui a fixé le budget de l’État à 4 850,5 milliards FCFA.
Un rapport de l’OCDE consacré à la mobilisation des recettes fiscales pour le financement de la santé au Cameroun relève que la pression fiscale globale reste faible et relativement stable depuis une décennie, alors même que le potentiel d’augmentation est jugé important, ce qui milite pour un recours accru aux taxes comportementales, notamment sur les produits nocifs pour la santé. Dans cette logique, la montée en puissance d’une taxe spécifique élevée sur le tabac répond à un double impératif : alignement sur les normes de santé publique et élargissement de l’assiette fiscale.
Le rapport de l’OCDE souligne par ailleurs que la structure actuelle de la fiscalité tabac au Cameroun reste largement ad valorem, alors que les institutions internationales recommandent de privilégier des taxes spécifiques élevées, jugées plus efficaces pour réduire la consommation et stabiliser les recettes. Le scénario examiné à Mbankomo, qui repose sur un relèvement marqué du minimum spécifique par 1 000 cigarettes, s’inscrit précisément dans ce basculement.
Atelier de Mbankomo : un test politique avant l’arbitrage budgétaire
Les travaux de Mbankomo, organisés du 22 au 24 juillet 2026, ont réuni des équipes techniques du Minsanté et du Minfi autour des simulations du modèle TaXSIM, outil développé pour mesurer l’impact des réformes fiscales sur les volumes de consommation, les recettes et les indicateurs de santé. Les résultats présentés indiquent qu’un relèvement progressif de la taxe spécifique permettrait simultanément de réduire la consommation et d’augmenter les recettes, avec un arbitrage à opérer entre intensité de la hausse et risque de développement des circuits illicites.
Au taux de change courant d’environ 610 XAF/USD, le minimum spécifique envisagé de 15 000 FCFA pour 1 000 cigarettes correspondrait à près de 24,6 USD par 1 000 tiges. Pour les opérateurs, l’enjeu sera de répercuter ce surcoût dans un marché où la sensibilité des consommateurs au prix est élevée.
Intégration possible dans la prochaine loi de finances
Le calendrier budgétaire camerounais offre une fenêtre naturelle pour l’inscription d’un nouveau barème de droits d’accises dans la loi de finances de l’exercice suivant, traditionnellement adoptée en fin d’année après arbitrage du gouvernement et promulgation par le président de la République. Si le scénario examiné à Mbankomo est retenu par le Minfi et le Minsanté, il devrait donc être formalisé dans le projet de loi de finances 2027, avec une entrée en vigueur progressive alignée sur les paliers de 2027 et 2028 détaillés lors de l’atelier.
Cédric Boyomo



