AccueilSecteursAgricultureLe Cameroun sollicite les investisseurs pour réduire sa facture laitière de 35...

Le Cameroun sollicite les investisseurs pour réduire sa facture laitière de 35 milliards de Fcfa

-

En 2024, les exploitations agricoles locales ont produit environ 180 000 tonnes de lait, soit moins d’un tiers des 630 000 tonnes consommées par le pays. Il en résulte un déficit de près de 450 000 tonnes, selon le ministère de l’Élevage, de la Pêche et des Industries animales. Les importations de lait en poudre, de crème et de beurre comblent ce manque. « Le lait est abondant dans l’Adamaoua, mais il n’est pas valorisé. Il existe un réel manque de synergie entre les producteurs », a déclaré Mohamadou Abbo Fodoue, président de la coopérative agropastorale de Vina, dans des propos rapportés par le Cameroon Tribune, le quotidien gouvernemental. Ses membres bénéficient d’un excédent régional qui se perd ou est vendu à l’état brut à bas prix. Ce déficit représente une opportunité.

Face à la hausse de la consommation urbaine liée à la croissance démographique et au désengagement progressif de l’État de la production, les investisseurs capables d’organiser la collecte et le stockage frigorifique peuvent approvisionner un marché que le Cameroun n’a jamais pu atteindre seul. Cette dynamique s’est intensifiée le 23 septembre 2025, lorsque le ministre de l’Élevage, Taïga, a signé un partenariat financier avec Bange Bank Cameroun et proposé de céder 35 centres de collecte et mini-laiteries publics à des opérateurs privés sous concession, a-t-il annoncé lors d’une cérémonie à Yaoundé.

Les droits d’importation sur les équipements sont supprimés depuis 2020. Le plan directeur de cette initiative représente un investissement de 305,7 milliards de Fcfa (500 millions de dollars) d’ici 2035, réparti entre la génétique, l’alimentation animale, les bâtiments d’élevage, la transformation, la recherche et la gouvernance, selon Investir au Cameroun. Élaboré en collaboration avec l’agence allemande de développement GIZ, il sert également de feuille de route aux investisseurs potentiels.

Pour organiser un commerce fragmenté, les autorités ont créé une interprofessionnalité laitière, l’OIP-Lait Cam, avec le soutien de l’Allemagne, offrant ainsi aux investisseurs un interlocuteur unique pour la coordination de l’approvisionnement et des normes.

Afin d’accroître les rendements, l’État a importé 495 vaches Montbéliardes gestantes de France entre 2020 et 2023 dans le cadre d’un programme d’élevage financé par la Banque mondiale. Cette race produit de 25 à 30 litres de lait par jour, contre trois à cinq pour le cheptel local Goudali, selon les données gouvernementales. La transformation bénéficie également d’un modèle.

Waldé Kossam SA a inauguré la première usine de lait à ultra-haute température du pays près de Ngaoundéré, un investissement d’environ un milliard de Fcfa visant à industrialiser un métier longtemps laissé aux artisans, rapporte le Cameroon Tribune. La capacité journalière d’une usine régionale est depuis passée de 1 500 à près de 5 000 litres. Même les transformateurs locaux dépendent des importations.

Darelle Vera Moluh, productrice de yaourts à Yaoundé, achète du lait en poudre à 3 500 Fcfa le kilo au marché de Mfoundi et réalise un chiffre d’affaires d’environ 10 000 Fcfa par semaine, a-t-elle déclaré au Cameroon Tribune. Elle précise que la production locale de lait en poudre lui permettrait d’accroître ses marges. La demande est déjà bien présente.

Dans le seul département de Vina, les études de marché estiment la production et les ventes quotidiennes de lait à près de 8 000 litres, tandis que les petits commerces artisanaux, appelés « Waldé Kossam », écoulent entre 20 et 50 litres par jour, rapporte le Cameroon Tribune. Les sachets de lait importés restent moins chers que le lait frais local. Du côté de l’offre, la contrainte est structurelle.

À Manwi, à 7 kilomètres de Ngaoundéré, l’éleveur Mohamadou Bello trait environ trois litres de lait par vache à la main et obtient environ 50 litres par mois avec quatre membres d’une coopérative, qu’il vend à un seul bar à lait de la ville, indique le journal. Pour les investisseurs, le risque réside dans les fondamentaux du marché.

Les estimations officielles de la demande varient de 300 000 à 630 000 tonnes et la facture des importations de 35 à 75,6 milliards de Fcfa, selon les chiffres du gouvernement et des agences gouvernementales. Parallèlement, le coût élevé de l’alimentation animale, les maladies transmises par les tiques, la diminution des pâturages et la faible mécanisation limitent les rendements.

Le Kenya, premier producteur de lait d’Afrique subsaharienne avec 5,5 millions de tonnes prévues en 2025 selon son institut national de la statistique, sert désormais de référence aux responsables. La Journée mondiale du lait, le 1er juin, sera l’occasion de réaffirmer cette ambition et de vérifier si les investissements privés répondent à l’appel de l’État.

Rédaction
Rédaction
Média multi-support édité par l’Agence Rhéma Service, cabinet de communication et de stratégie basé à Douala, Business & Finance International regroupe des partenaires internationaux issus du monde des médias, des affaires et de la politique, mus par la volonté de fournir une information vraie, crédible et exploitable pour un investissement sûr en Afrique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici