(BFI) – Le Cameroun observe avec inquiétude la montée des tensions au Moyen Orient. Dans son rapport consacré au conflit iranien et à ses implications économiques, le ministère des finances met en garde contre un risque de rupture partielle des flux d’approvisionnement en provenance de cette région, qui couvre une part non négligeable de la consommation domestique.
Certes, les échanges commerciaux entre le Cameroun et les pays du Moyen Orient ne représente pas plus de 3% du commerce extérieur total. Mais dans le détail, les importations en provenance de cette zone sont évaluées en moyenne à 200 milliards de Fcfa par an, dont 120 milliards de Fcfa consacrés aux carburants et lubrifiants. Ce volume équivaut à environ 12% de la consommation locale. Autrement dit, une perturbation durable liée au conflit en Iran pourrait entrainer les pertes immédiates d’une part significative des approvisionnements énergétiques du pays, dans un contexte déjà marqué par la volatilité des cours mondiaux. « Les importations en provenance de ces pays sont relativement importantes. Elles sont évaluées en moyenne à 200 milliards de Fcfa par an, dont 120 milliards de Fcfa constitué de carburants et lubrifiants, soit 12% de la consommation globale de notre pays. Il va sans dire que la première implication directe serait la perte de 12% de notre source d’approvisionnement en carburant et lubrifiants, couplée à la flambée des prix du baril », souligne le rapport. Au-delà de cet impact direct, le document met également en lumière les effets indirects, liés à l’organisation des flux commerciaux mondiaux. En effet, les principaux importateurs de pétrole du Moyen Orient – notamment la Chine, l’Union Européenne, l’Inde, les Etats Unis et la Turquie – figurent également parmi les partenaires commerciaux majeurs du Cameroun. Ils constituent ainsi des canaux de transmission potentiels des chocs liés au conflit.
Dans les faits, l’approvisionnement du Cameroun en produits pétroliers repose déjà largement sur ces intermédiaires. Les données compilées par l’administration indiquent que les importations de carburant et lubrifiants, estimées en 974 milliards de Fcfa en 2024 et 788 milliards de Fcfa en 2025 proviennent principalement de la Belgique (36%), des Etat Unis (9%), de l’Inde (8,5%), du Royaume-Unis (6,4%) et de l’Espagne (2,7%). A ces fournisseurs s’ajoutent la Corée du Sud (6,8%), le Brésil (5%), ainsi que les partenaires régionaux comme le Nigéria (18%), le Togo (7%). Autant de pays susceptible de relayer les effets de la crise iranienne sur les coûts et la disponibilité des produits pétroliers. Ce jeu d’interdépendance place ainsi le Cameroun dans une position de vulnérabilité indirecte. Toute contraction de l’offre ou toute hausse des prix sur ces marchés intermédiaires se répercuterait mécaniquement sur les coûts d’importation, accentuant la pression sur les finances publiques et sur les prix domestiques.
Pour autant, le rapport souligne que la situation pourrait aussi générer certains effets positifs. Si les prix du pétrole venaient à s’établir autour de 100 dollars le baril en moyenne sur l’année 2026, les recettes pétrolières – notamment à travers la redevance de la SNH et l’impôt sur les sociétés pétrolières – pourraient enregistrer un surplus de 180 milliards de Fcfa par rapport aux prévisions de la loi de finances 2026. Dans le même temps, les subventions destinées à soutenir les prix à la pompe augmenteraient également, mais à un rythme inférieur à celui des recettes. Autrement dit, une hausse durable des cours du pétrole pourrait améliorer les recettes budgétaires tout en accentuant les tensions sur les dépenses publiques liées au soutien des prix des carburants.
Face aux perturbations sur les circuits traditionnels d’approvisionnement, les ajustements sont déjà perceptibles. La raréfaction des cargaisons en provenance d’Europe et du Moyen Orient pousse les importateurs à se tourner vers des alternatives régionales. Dans ce contexte, le Nigéria s’impose progressivement comme une source de substitution stratégique. La montée en puissance de la raffinerie du groupe Dangote située à Lagos, contribue à redessiner les flux d’approvisionnement sur le continent. Selon des données relayées par Reuters sur la base d’analyses de la société Kpler et des sources de marché, douze cargaisons d’essence – représentant environ 456 000 tonnes métriques – ont déjà été expédiées vers plusieurs pays africains dont le Cameroun.




