(BFI) – Le Cameroun a attribué au consortium béninois Erudit-FCG un contrat de 107,3 millions de francs CFA pour auditer la performance technique d’Eneo au titre de l’année 2023. Cet audit visera à déterminer si l’ancien concessionnaire du service public d’électricité a respecté ses obligations techniques et fournira aux autorités de régulation une méthodologie pour les audits futurs.
Le ministère de l’Eau et de l’Énergie a attribué ce contrat d’une durée de quatre mois le 21 juillet 2026. Son montant s’élève à 107,325 millions de Fcfa toutes taxes comprises (TTC), soit 163 616 euros. Hors taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la valeur du contrat est de près de 90 millions de Fcfa (137 204 euros), selon la décision d’attribution publiée par l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP) du Cameroun. Un avis de la Banque mondiale publié le 12 septembre confirme l’attribution du marché aux sociétés Erudit SARL et Fiducia Group SARL. Il indique un prix final évalué à 107,324910 millions de francs CFA et un « prix du contrat signé » de 137 204 euros. La décision d’attribution camerounaise explique cette différence : le premier montant inclut les taxes, tandis que le second exclut la TVA.
L’entreprise faisant l’objet de l’audit a depuis connu un changement majeur de structure et d’actionnariat. Un décret du 4 mai 2026 a transformé Eneo Cameroon en une entreprise entièrement publique, rebaptisée Société camerounaise d’électricité (Socadel). Le contrat de concession, les droits, les actifs, les équipements et les installations techniques d’Eneo ont été transférés à cette nouvelle entité. L’audit portera donc exclusivement sur la performance de l’ancien concessionnaire en 2023. Il n’évaluera pas les résultats de Socadel depuis la création de cette entreprise publique en mai 2026.
Examen de la production, de la distribution et de la vente d’électricité
Le cahier des charges couvre les trois principaux segments exploités par Eneo à l’époque : la production, la distribution et la vente d’électricité. Le consultant comparera les résultats de l’entreprise aux indicateurs et objectifs fixés dans le contrat de concession, examinera les processus opérationnels, analysera les données de performance et évaluera les technologies utilisées. La mission comprend également des visites de sites, des séances de travail et des ateliers de validation avec l’autorité de régulation. Erudit-FCG doit élaborer une méthodologie réutilisable par l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) pour de futurs audits. Le consortium formera également les équipes de l’Arsel et du ministère de l’Eau et de l’Énergie aux techniques d’audit et d’évaluation de la performance.
Le contrat prévoit la remise d’un rapport de démarrage, de rapports d’avancement, d’un rapport de formation et d’un rapport d’audit final. La mission s’étendra sur quatre mois à compter de la signature du contrat et de la notification de l’ordre de service. Les documents consultés ne précisent pas la date de cet ordre. Le processus de sélection a duré près de deux ans. L’appel à manifestation d’intérêt a été lancé le 20 septembre 2024, suivi de l’établissement d’une liste restreinte en février 2025. L’appel d’offres a été publié le 11 avril 2025 et le contrat a été attribué le 21 juillet 2026. Un peu plus de 22 mois se sont écoulés entre le lancement du processus et la décision d’attribution.
L’offre d’Erudit-FCG inférieure à celles de Mazars-Genex et de MRC-Seureca
Erudit-FCG a obtenu 96,69 points pour son offre technique et 100 points pour son offre financière, soit une note combinée de 97,35. Son prix final évalué, de 107,325 millions de francs CFA, était inférieur à l’offre de 116,872 millions de francs CFA du consortium Forvis Mazars Cameroon-Genex Consult et à celle de 154,150 millions de francs CFA de MRC Consultants and Transaction Advisers-Seureca. Le plan de passation des marchés du Programme de réforme du secteur de l’électricité du Cameroun estimait initialement le coût de cet audit à 244 300 dollars. La mission est financée par le crédit IDA 73940 accordé au Cameroun.
La Banque mondiale a approuvé le programme le 3 août 2023, avec pour objectifs notamment d’améliorer la performance financière et la transparence du secteur de l’électricité, ainsi que d’accroître l’accès à l’énergie. À la fin du mois de décembre 2025, 54,38 millions de dollars avaient été décaissés sur une enveloppe révisée de 325,26 millions de dollars, soit 16,72 % du total. À ce stade, la Banque mondiale jugeait « modérément satisfaisants » tant les progrès accomplis vers les objectifs du programme que sa mise en œuvre, tandis que le niveau de risque global était classé comme « substantiel ». L’audit concernant Eneo porte sur un domaine où le programme accusait un retard. Au 15 décembre 2025, la Banque mondiale signalait toujours l’absence d’audits réglementaires systématiques de la performance d’Eneo et de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel).
Dans le cadre du programme, Arsel doit publier des rapports d’audit de la performance technique de ces deux opérateurs d’ici décembre 2027. À l’époque, cet indicateur était classé comme étant « hors trajectoire ». La mission confiée à Erudit-FCG fournira des éléments documentés permettant d’évaluer le respect, par Eneo, de ses obligations techniques au titre de l’année 2023. Son périmètre demeure rétrospectif : les termes de référence ne couvrent ni les années ultérieures ni la performance de Socadel depuis sa transformation en entreprise publique en mai 2026.
Rémy Ngassana




