(BFI) – Le Cameroun attend toujours la validation définitive d’une garantie de la MIGA, filiale du Groupe de la Banque mondiale, destinée à sécuriser une ligne de financement commerciale de près de 100 milliards de Fcfa (soit 152 millions d’euros), accordée par la banque française Natixis. Bien que le projet figure depuis plusieurs mois dans les documents de l’institution multilatérale, l’opération n’a pas encore été approuvée par les instances dirigeantes de la Banque mondiale ni signé avec Yaoundé.
« Cela n’a pas encore été approuvé par notre conseil d’administration ni signé avec le client » a indiqué Elisabeth Howton, responsable principal de la communication pour le mondial pauvreté et équité à la Banque mondiale, confirmant ainsi que le montage financier demeure au stade de projet. Les documents consultés auprès de la MIGA présentent l’opération comme un mécanisme de financement commercial à court terme destiné à soutenir l’Etat du Cameroun. Natixis agit comme prêteur et prévoit ouvrir une ligne pouvant atteindre 152 millions d’euros au profit du Cameroun. De son côté, la MIGA doit couvrir le risque de défaut afin de sécuriser l’exposition de la banque française.
Le Groupe de la Banque mondiale indique dans sa documentation que « cette garantie soutiendra une facilité de financement commercial à terme accordé au ministre camerounais des Finances afin de financer des paiements liés à des fournisseurs opérant dans le secteur de l’agriculture, des transports et des infrastructures hydrauliques et d’approvisionnement en eau ». Le texte précise également que « l’opération aidera le ministère des Finances à gérer ses ressources d’endettement et ses besoins de liquidité dans un environnement mondial de financement contraint ».
Dans le détail, le dispositif envisagé relève du « Trade Finance », un mécanisme généralement utilisé pour financer les opérations commerciales internationales et des paiements de fournisseurs. Dans le cas du Cameroun, les ressources devraient notamment servir à régler des achats de matériels, d’équipements ou de services liés à des secteurs considérés comme prioritaires par les autorités.
Sur le plan environnemental et social, la MIGA classe le projet dans la catégorie « FI-3 », réservés aux opérations des risques limités. L’agence souligne ainsi que « le ministre des finances devra s’assurer que les transactions financières ne concernent pas des activités exclues par la MIGA et qu’elles respectent les lois nationales applicables en matière environnementale, sociale et de droit de travail ».
Une ligne de trésorerie remboursable avant fin 2025
Le financement envisagé ne correspond pas à un emprunt classique de long terme. La facilité est prévue pour une durée maximale d’un an, avec la possibilité de deux prolongations supplémentaires sous réserve d’un accord entre Natixis et la MIGA.
Le ministre des finances avait déjà exposé publiquement les raisons du recours à ce type de mécanisme. En 2025, Samuel TELA, le directeur de la trésorerie au ministère des Finances, expliquait que « cette opération de court terme vise à combler un creux de trésorerie entre mai et août, période durant laquelle les sollicitations de décaissements seront fortes alors que les recettes fiscales attendues seront relativement faibles ». Il précisait également que les fonds tirés de cette ligne de crédit devront être remboursé avant le 31 décembre 2025 ». Un calendrier qui ne semble pas avoir été respecté à ce stade.
Les documents de la MIGA mentionnent par ailleurs une « date d’approbation » fixée au 25 mai 2025. Cette indication a pu laisser penser que l’opération avait déjà été validée. Pourtant le projet demeure officiellement classé sous le statut « Proposed ». Selon les pratiques du Groupe de la Banque mondiale, cette mention signifie généralement que le dossier a atteint un stade avancé du processus d’examen interne, sans que l’ensemble des étapes administratives, juridiques et contractuelles aient encore été achevées. Autrement dit, le projet a bien été inscrit pour validation auprès des organes compétents de la MIGA, mais l’opération n’était pas encore finalisée ni décaissé au moment de la publication des documents.




