(BFI) – Selon le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029, élaboré par le ministère des Finances (Minfi) en prélude au Débat d’orientation budgétaire (DOB), les dépenses d’investissement exécutées à fin mars se sont établies à 45 milliards de FCFA, contre 175,5 milliards de FCFA à la même période en 2025. Cela représente une baisse de 130,5 milliards de FCFA en valeur absolue et de 74,4 % en glissement annuel.
Ce recul se traduit par un taux d’exécution de seulement 2,5 % des crédits d’investissement inscrits dans la loi de finances 2026. Le ralentissement est encore plus marqué sur les investissements financés sur ressources propres, qui n’affichent qu’un taux d’exécution de 0,3 %, contre 5,2 % pour ceux financés sur ressources extérieures. Dans le détail, « les dépenses d’investissement s’élèvent à 45,0 milliards à fin mars 2026 contre 175,5 milliards à fin mars 2025, soit une diminution de 130,5 milliards (-74,4 %) entre les deux périodes », indique le DPEB.
PROBMIS IA ralentit le démarrage de l’exécution budgétaire
Le gouvernement attribue une partie de ce retard à des contraintes techniques liées au basculement de la gestion budgétaire vers une nouvelle plateforme informatique. Dans le document, le Minfi indique que « l’exécution des dépenses à fin mars 2026 affiche donc un retard par rapport à 2025, du fait à la fois des dépenses d’investissement (2,5 %) et celles courantes (14,7 %), qui ont fait face aux contraintes techniques liées au basculement, au début de l’exercice 2026, de la gestion budgétaire dans la nouvelle plateforme informatique PROBMIS IA ».
Autrement dit, la migration vers ce nouveau système de gestion budgétaire a perturbé le traitement des opérations au cours des premiers mois de l’année. Cette difficulté technique a touché à la fois les dépenses courantes et les dépenses d’investissement, mais elle apparaît beaucoup plus visible sur le budget d’investissement public, dont l’exécution reste très faible à fin mars.
Cette contreperformance intervient alors que les dépenses budgétaires totales ordonnancées se sont établies à 1 547,1 milliards de FCFA à fin mars 2026, contre 1 593,2 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 46 milliards de FCFA (-2,9 %). Les dépenses courantes hors intérêts ont également reculé de 80,5 milliards de FCFA, pour se situer à 566,1 milliards de FCFA sur la période.
Les financements extérieurs se mobilisent plus lentement
À cette contrainte technique s’ajoute un environnement de mobilisation des ressources moins favorable, susceptible de peser sur le rythme des décaissements. Selon le même document, les emprunts et dons mobilisés à fin mars 2026 se sont limités à 137,5 milliards de FCFA, contre 327,6 milliards de FCFA à la même période en 2025, soit une chute de 190,1 milliards de FCFA (-58 %).
Le Minfi précise que « le retard dans la mobilisation des financements en 2026 par rapport à 2025 est observé notamment sur les décaissements des prêts et dons projets, ainsi que des appuis budgétaires ». Dans le détail, les prêts projets n’ont atteint que 39,4 milliards de FCFA sur une prévision trimestrielle de 206,7 milliards, soit un taux de réalisation de 19 %. Les dons se sont limités à 0,1 milliard de FCFA sur les 18,5 milliards attendus, tandis que les appuis budgétaires n’ont enregistré aucun décaissement à fin mars.
Au total, les ressources budgétaires mobilisées à fin mars 2026 se chiffrent à 1 331,4 milliards de FCFA, soit un taux de réalisation de 15,3 % sur un objectif annuel de 8 683,9 milliards prévu dans la loi de finances. À la même période en 2025, ce taux était de 19,6 %. Cette évolution confirme un démarrage plus lent de l’exécution budgétaire, dans un contexte où le gouvernement doit à la fois absorber les contraintes techniques liées au nouveau système budgétaire et accélérer la mobilisation des financements attendus.
Un risque de retard sur les projets structurants
Ces différents facteurs pourraient expliquer en partie le ralentissement de l’investissement public au cours des trois premiers mois de l’année. Certes, les dépenses d’investissement sont traditionnellement faibles au premier trimestre, en raison des procédures administratives, des délais de passation des marchés et de la montée en charge progressive des projets. Mais l’écart observé cette année avec la même période de 2025 traduit un retard plus marqué dans l’exécution du budget d’investissement public.
L’enjeu pour le gouvernement sera désormais d’accélérer le rythme des décaissements afin d’éviter que ce retard ne se répercute sur l’ensemble de l’exercice. L’investissement public demeure en effet l’un des principaux leviers de la stratégie de transformation économique du Cameroun. Une exécution durablement inférieure aux prévisions pourrait retarder certains projets d’infrastructures inscrits dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) et peser sur les secteurs dépendants de la commande publique, notamment le BTP, les matériaux de construction, les services d’ingénierie et les transports.
Sans préjuger de l’exécution sur l’ensemble de l’année, les résultats du premier trimestre montrent que l’atteinte des objectifs d’investissement fixés pour 2026 dépendra largement de la capacité de l’État à lever rapidement les contraintes techniques liées à PROBMIS IA et à accélérer la mobilisation des financements, notamment extérieurs.



