(BFI) – Le barrage hydroélectrique et solaire de Bini à Warak, attendu depuis plus d’une décennie dans la région de l’Adamaoua, ne devrait pas entrer en chantier avant 2029. Selon l’annexe 4 du Programme d’investissement prioritaire 2027-2029, annexé au Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme, le projet est programmé en partenariat public-privé, pour un coût total de 393 milliards de FCFA. Sa fin de mise en œuvre est prévue en 2033.
Ce calendrier confirme la relance administrative du dossier, mais il repousse encore l’horizon opérationnel d’une infrastructure considérée comme stratégique pour l’alimentation électrique du septentrion. Dans les orientations sectorielles du même document, le gouvernement cite Bini à Warak parmi les projets appelés à renforcer les capacités énergétiques installées, aux côtés de Kikot, Minkouma, Chollet, Mbakaou ou encore Pont Rail. Le DPEB retient toutefois une capacité de 90 MW, tandis que Savannah Energy présente le projet comme un complexe hybride pouvant atteindre 95 MW, combinant hydroélectricité et solaire photovoltaïque.
Un projet indemnisé en 2026, mais programmé seulement en 2029
La nouvelle programmation intervient alors qu’une étape foncière importante vient d’être franchie. Du 26 au 29 juin 2026, les populations de 19 villages de l’arrondissement de Ngan-Ha, dans le département de la Vina, ont perçu une enveloppe globale de 985 millions de FCFA au titre des indemnisations liées à la perte de leurs biens. Ces compensations concernent 736 personnes affectées par les emprises nécessaires à la construction de la voie d’accès au site, de la ligne d’évacuation de l’énergie et des infrastructures associées au projet. Elles interviennent près de dix ans après le recensement des personnes concernées.
Ce décalage illustre la lenteur d’un projet plusieurs fois annoncé, relancé puis retardé. Initialement confié en 2013 à Sinohydro Corporation Limited, Bini à Warak devait permettre la construction d’un barrage hydroélectrique de 75 MW destiné à renforcer l’approvisionnement en électricité de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord. Mais le chantier a été paralysé par des difficultés de financement. L’Agence de régulation des marchés publics indique que le financement du projet a été suspendu en 2019, avant que le gouvernement ne conclue un protocole d’accord avec Savannah Energy pour poursuivre son développement sous la forme d’un producteur indépendant d’électricité.
Savannah Energy mise sur un complexe hybride de 95 MW
La relance du dossier avec Savannah Energy a modifié la configuration initiale du projet. Sur son site, l’entreprise britannique présente Bini à Warak comme un projet hybride hydroélectrique et solaire « up to 95 MW », situé dans le nord de la région de l’Adamaoua. Le complexe doit comprendre un barrage sur la rivière Bini, un réservoir, des ouvrages hydrauliques, des centrales, des postes électriques et une ligne de transport raccordée au réseau électrique du Nord. La composante solaire prévue est de 40 MW, l’hydroélectricité devant s’ajuster à la production photovoltaïque afin d’assurer une production plus stable au cours de la journée.
Cette différence entre les 90 MW retenus par le document gouvernemental et les 95 MW annoncés par Savannah Energy mérite d’être suivie. Elle peut traduire soit une prudence de programmation dans le DPEB, soit une configuration technique encore en cours d’ajustement. Dans les deux cas, le projet reste présenté comme structurant pour le Réseau interconnecté Nord, où l’offre électrique demeure fragile.
Savannah Energy affirme que Bini à Warak pourrait accroître de plus de 50 % la capacité actuelle de production raccordée au réseau dans le nord du Cameroun. Le développeur indique aussi viser une clôture financière au troisième trimestre 2028, une première production solaire en 2030 et une mise en service hydroélectrique environ quatre ans après la sanction finale du projet.
Un test pour le PPP dans l’énergie
L’inscription de Bini à Warak dans le PIP 2027-2029 constitue donc un signal politique, mais pas encore une garantie d’exécution rapide. Le gouvernement programme le lancement en 2029, tandis que la réalisation dépendra de plusieurs préalables : finalisation du montage financier, sécurisation des investisseurs, bouclage des accords de partenariat, maturation technique du projet, libération effective des emprises et capacité à raccorder l’ouvrage au réseau.
L’enjeu dépasse la seule production électrique. Le septentrion camerounais reste exposé à des déficits récurrents d’énergie, en raison notamment des limites de production du barrage de Lagdo, malgré l’appui des centrales solaires de Maroua et de Guider. Dans ce contexte, Bini à Warak est appelé à sécuriser l’alimentation des ménages, mais aussi à soutenir des activités économiques plus intensives en énergie dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord.
Pour l’État, le projet devient aussi un test de crédibilité du recours aux financements alternatifs dans les infrastructures. Le DPEB souligne lui-même que les PPP et le project finance tardent à produire les effets attendus, certains projets exécutés selon ces modes de financement constituant même des risques budgétaires au lieu d’alléger les finances publiques.
Au fond, Bini à Warak résume l’un des paradoxes de la programmation publique camerounaise : un projet reconnu comme stratégique, indemnisé en 2026 après une décennie d’attente, mais dont le démarrage effectif reste repoussé à 2029. Le calendrier inscrit dans le PIP donne une nouvelle visibilité au dossier. Il montre aussi que, sauf accélération du montage financier, le septentrion devra attendre encore plusieurs années avant de voir cette infrastructure produire ses premiers mégawatts.



