(BFI) – La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) poursuit la réforme du cadre prudentiel applicable aux établissements de microfinance de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Réunie mardi 23 juin avec les représentants de la profession bancaire et financière de la zone, l’institution a soumis à consultation un projet de règlement consacré à la gestion de la liquidité de ces établissements.
Les échanges ont porté sur les modalités de calcul du ratio de liquidité, un indicateur qui mesure la capacité d’un établissement à honorer ses engagements financiers à court terme. Les discussions ont permis de préciser les éléments qui seront pris en compte dans ce calcul, notamment les ressources rapidement mobilisables (argent en caisse, dépôts à la banque centrale, placements liquides) ainsi que les engagements exigibles à brève échéance (dettes et obligations à court terme).
Les participants ont également examiné les règles relatives à la gestion de la trésorerie. Le projet prévoit un renforcement des mécanismes de suivi des flux financiers afin de permettre aux établissements d’anticiper leurs besoins de financement et de mieux gérer les périodes de tension. Concrètement, chaque établissement de microfinance devra mettre en place des procédures de suivi quotidien des entrées et sorties de fonds.
Les travaux ont par ailleurs porté sur le traitement des opérations comptables en attente de régularisation ainsi que sur les modalités permettant aux établissements de microfinance d’ouvrir des comptes auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).
Renforcement du dispositif prudentiel
À l’issue des discussions, plusieurs ajustements techniques ont été apportés au projet de règlement. Ils concernent notamment les catégories d’actifs et de passifs retenues dans le calcul du ratio de liquidité ainsi que les échéances associées.
Le texte introduit également des stress tests de liquidité. Ces simulations visent à évaluer la capacité d’un établissement de microfinance à résister à des situations de tension, par exemple en cas de retraits massifs de dépôts par les clients.
À travers cette réforme, la COBAC entend s’assurer que les établissements de microfinance disposent en permanence des ressources nécessaires pour honorer leurs engagements envers les déposants et faire face à d’éventuelles tensions de trésorerie.
Un secteur sous surveillance
Cette réforme intervient dans un contexte marqué par l’amélioration des performances du secteur de la microfinance en CEMAC. En 2024, les établissements de la sous-région ont enregistré un bénéfice net cumulé de 22 milliards FCFA (38 millions $). Le Congo et le Cameroun ont concentré près de 80 % de ce résultat.
Avec un bénéfice net de 13,2 milliards FCFA, en hausse de 32 %, le Congo s’est classé au premier rang. Le Cameroun a suivi avec 5,24 milliards FCFA, en progression de 54,5 %. Le pays abrite également le plus vaste réseau de la sous-région, avec 384 établissements agréés sur les 521 recensés dans la CEMAC, soit 73,7 % du total.
Malgré cette dynamique, le secteur continue de faire face à des difficultés en matière de gouvernance et de gestion des risques. Dans le prolongement de la réforme de 2015, la COBAC a renforcé les exigences relatives au contrôle interne, à la conformité, à la gestion des risques et à l’audit des établissements de microfinance. Les nouvelles dispositions sur la liquidité s’inscrivent dans cette démarche d’assainissement d’un secteur devenu un acteur important du financement de l’économie régionale.
Huit autres textes en consultation
En parallèle du projet relatif à la liquidité des établissements de microfinance, la profession bancaire et financière de la CEMAC a été consultée sur huit autres projets de textes. Ces consultations ont notamment porté sur les services de paiement, le service bancaire minimum garanti, le traitement des impayés de crédit, la supervision des établissements de microfinance de première catégorie, l’encadrement des caisses de dépôts et consignations ainsi que la gestion des comptes inactifs et des avoirs en déshérence.
Selon la COBAC, cette démarche vise à associer les acteurs du secteur financier à l’élaboration des futures réglementations avant leur adoption puis leur mise en œuvre dans l’ensemble de la CEMAC.



