(BFI) m Depuis sa mise en service complète en mai 2025, la centrale hydroélectrique de Nachtigal a injecté 3 613 785 MWh dans le réseau national. Ce chiffre, équivalent à environ 3,6 térawattheures sur un an, a été communiqué par la Nachtigal Hydro Power Company (NHPC). Située à Ndokoa, à environ 70 kilomètres au nord-est de Yaoundé, la centrale dispose d’une capacité installée de 420 MW répartie sur sept groupes de production de 60 MW chacun.
Présentée comme la centrale hydroélectrique la plus puissante du Cameroun, Nachtigal devrait couvrir près de 30 % des besoins en électricité du pays. La NHPC annonce également un taux de disponibilité supérieur à 94 % et un taux d’achèvement des opérations de maintenance de 99 %, indicateurs qui, selon l’entreprise, témoignent de la fiabilité industrielle de la centrale.
Augmentation de la production, coupures persistantes
Pourtant, cette forte hausse de la production n’a pas mis fin aux coupures de courant. Dans plusieurs villes, les ménages et les entreprises continuent de subir des coupures récurrentes, malgré l’ajout significatif de nouvelles capacités au réseau électrique. Ce paradoxe met en lumière une contrainte structurelle : produire plus d’électricité ne suffit pas lorsque les réseaux de transport, les postes de transformation, les infrastructures de distribution locales et l’équilibre entre l’offre et la demande ne suivent pas le rythme.
« Entre le site de production, Nachtigal, et le consommateur, de nombreux équipements n’appartiennent pas à NHPC », a déclaré Nicolas Bec, directeur des opérations de l’entreprise. Il a notamment pointé du doigt les lignes de transport, les postes de transformation et les réseaux de distribution, maillons essentiels pour que l’électricité produite à la centrale parvienne aux utilisateurs finaux.
NHPC précise que son rôle est avant tout celui d’un producteur d’électricité indépendant. L’électricité produite à Nachtigal est transportée par une ligne de 225 kV de 51 kilomètres reliant la centrale au poste d’interconnexion Nyom II, situé en périphérie nord de Yaoundé. Au-delà de ce point, le transport et la distribution incombent à d’autres acteurs du système électrique.
« Selon les chiffres de Sonatrel, Nachtigal a injecté plus de 3 TWh dans le réseau. L’utilisation finale de cette énergie relève de la responsabilité des entreprises de transport et de distribution, et non des producteurs », a déclaré M. Bec.
Transport et distribution sous surveillance
M. Bec a également souligné que Nachtigal est une centrale hydroélectrique au fil de l’eau. Contrairement à un barrage-réservoir classique, elle ne stocke pas d’énergie. L’électricité produite doit être injectée dans le réseau en temps réel. « Le 4 juin à midi, la centrale produisait environ 200 MW. Comme Nachtigal est une centrale au fil de l’eau, cette électricité doit être injectée dans le réseau en temps réel. L’électricité est produite et injectée dans le système. Le problème réside dans ce qui se passe ensuite. Entre le producteur et le consommateur se trouvent les lignes de transport, les sous-stations et les réseaux de distribution. Si l’électricité n’arrive pas jusqu’aux utilisateurs finaux, ces maillons du système méritent une attention particulière », a-t-il ajouté.
La persistance des coupures de courant soulève une question centrale : le système électrique camerounais souffre-t-il toujours principalement d’un déficit de production, ou de plus en plus de défaillances au niveau du transport, de la distribution et de la gouvernance opérationnelle ?
L’arrivée de Nachtigal modifie les termes du débat. Le pays disposant désormais d’une capacité de production supplémentaire significative, les contraintes liées à la distribution d’électricité, la congestion du réseau et les décisions de répartition deviennent les enjeux déterminants.
Au sein de cette structure fragmentée, la NHPC produit l’électricité, Sonatrel assure le transport et la distribution incombe au distributeur national. La coordination entre ces acteurs est donc essentielle pour éviter que l’énergie disponible ne profite qu’à peine aux ménages et aux entreprises. M. Bec a souligné la nécessité de cette coopération. Selon lui, approvisionner le plus grand nombre d’utilisateurs dépend de la capacité des différents opérateurs à collaborer au quotidien. Le distributeur détermine les programmes de production en fonction de la demande, tandis que Sonatrel assure l’équilibrage du réseau en temps réel. La NHPC, quant à elle, communique sur la disponibilité et les performances de ses installations.
La menace des factures impayées
Au-delà de la dimension technique, la situation soulève également des questions quant à la viabilité financière du secteur. Les producteurs doivent assurer la maintenance de leurs installations et garantir la continuité du service dans un contexte où les tensions de trésorerie peuvent fragiliser l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en électricité. La NHPC a indiqué avoir pris les dispositions nécessaires pour poursuivre ses activités, tout en avertissant qu’une accumulation persistante de factures impayées pourrait, à terme, peser sur son fonctionnement normal.
La mise en service complète de Nachtigal représente une avancée majeure pour le Cameroun. Elle révèle cependant que la crise de l’électricité ne peut plus être appréhendée uniquement sous l’angle de la production. Le défi est désormais systémique : renforcer le réseau, améliorer la distribution, clarifier les responsabilités opérationnelles et rétablir la santé financière du secteur. Il faut un équilibre. Sans cela, même les mégawatts actuellement produits risquent de ne pas se traduire par une amélioration durable du service pour les consommateurs.
Placide Onguéné




