(BFI) – La BEAC a acté la mise en sommeil de son guichet spécial de refinancement, dispositif réservé aux crédits à moyen terme adossés à des projets d’investissement productif dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine. La décision, prise au terme d’échanges nourris lors du Comité de politique monétaire (CPM) du 2 avril 2026, suspend l’examen des nouvelles demandes émanant des banques commerciales. Les dossiers déjà déposés avant cette date continueront néanmoins d’être instruits par l’institut d’émission.
Selon une source interne à la banque centrale, il s’agit d’une parenthèse technique destinée à moderniser un mécanisme jugé daté. Le guichet concerné, opérationnel depuis les années 1990, conserve en effet une architecture héritée d’un autre cycle économique. Lors de la conférence de presse du CPM du 29 septembre 2025, le gouverneur Yvon Sana Bangui avait annoncé une refonte de cet outil, anciennement dénommé guichet B, pour l’« adapter à notre contexte d’aujourd’hui ».
Le marché monétaire piloté par la BEAC s’articule en deux compartiments. D’un côté, le marché interbancaire permet aux banques commerciales de se refinancer entre elles à partir de la liquidité déposée auprès de la banque centrale. De l’autre, l’institut d’émission intervient directement auprès des établissements de crédit éligibles via deux guichets distincts. Le guichet A absorbe les opérations classiques d’injection et de reprise de liquidités. Le guichet B, désormais rebaptisé guichet spécial de refinancement, est dédié au soutien des crédits à moyen terme orientés vers l’investissement productif.
Les règles applicables encadrent strictement les concours accordés. Le refinancement ne peut excéder 60 % du coût total du projet financé. La gouvernance des décisions est elle aussi graduée : les demandes inférieures ou égales à 20 milliards de FCFA relèvent du gouverneur de la BEAC, celles dépassant ce seuil sont soumises au CPM, tandis que les directions nationales peuvent statuer sur des enveloppes plafonnées à 4,5 milliards de FCFA par trimestre, dont 1,5 milliard par mois.
D’un guichet oublié à un instrument courtisé
Pendant des années, ce dispositif est resté à la marge des stratégies de refinancement des banques de la zone Cemac. Lors d’une rencontre tenue à Bangui en juin 2025, le gouverneur Yvon Sana Bangui avait dressé un constat sévère : la quasi-totalité des établissements bancaires ignoraient jusqu’à l’existence de cet instrument. L’opération de pédagogie menée par la banque centrale a depuis produit ses effets, en particulier auprès des banques camerounaises, qui ont multiplié les sollicitations.
Sur la seule année 2025, plusieurs dossiers de poids ont été validés. La BEAC a donné son feu vert au refinancement de 41,2 milliards de FCFA de crédits consentis par cinq banques locales pour l’exploitation du gisement de fer de Bipindi-Grand-Zambi. Elle a également avalisé un refinancement de 31,3 milliards de FCFA destiné au programme d’investissement de l’opérateur public Camtel. Parallèlement, CCA Bank a obtenu l’autorisation de mobiliser 30 milliards de FCFA pour participer au financement d’un projet minier au Congo. Afriland First Bank a, de son côté, sollicité un concours pour la construction d’une huilerie de 20 milliards de FCFA pour le compte de la Société de développement du coton (Sodecoton).
Un gel sensible pour la trajectoire industrielle régionale
Le calendrier de la suspension intervient précisément au moment où l’instrument trouvait enfin son public. En cumulant les opérations validées en 2025, plus de 122 milliards de FCFA de financements bancaires liés à des projets miniers, télécoms et agro-industriels avaient transité par ce guichet. Sa mise à l’arrêt, même temporaire, prive donc les banques et les porteurs de projets d’un levier devenu central pour soutenir l’industrialisation de la sous-région.
La BEAC n’a pas communiqué de calendrier précis pour la réactivation du dispositif. La refonte annoncée doit permettre d’aligner la doctrine de refinancement sur les standards actuels de gestion du risque et sur les besoins d’une économie régionale en quête de diversification. Reste à voir si la dynamique enclenchée auprès des banques commerciales survivra à cette pause réglementaire. Selon Investir au Cameroun, la priorité affichée par l’institut d’émission est d’achever la modernisation du mécanisme avant de rouvrir les vannes.




