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La BEAC lance un programme d’achat d’or domestique dans la CEMAC

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La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) accélère sur le dossier de l’or. Son Conseil d’administration a approuvé, le 5 octobre 2026 dans la capitale tchadienne, le cadre stratégique et les directives opérationnelles du Programme d’achat d’or domestique (PAOD) pour la période 2027-2030. Objectif affiché : constituer, auprès des producteurs de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), un stock de métal précieux destiné à renforcer et diversifier les avoirs extérieurs de l’institution monétaire.

Cette décision prolonge l’orientation politique arrêtée le 8 avril 2026 par le Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC), qui avait acté le principe d’une monétisation de l’or régional. Le communiqué publié à l’issue de la session ne détaille toutefois ni les volumes visés, ni l’enveloppe budgétaire allouée, ni le calendrier précis des premières opérations d’acquisition. L’horizon 2030 fixe un cap, pas un échéancier.

Les états financiers de la BEAC arrêtés au 31 décembre 2025 éclairent la situation de départ. L’institut d’émission détenait 201 903,40 onces d’or, soit l’équivalent d’environ 6,28 tonnes, un volume strictement identique à celui de la clôture 2024. Aucun achat, aucune cession n’est venu modifier la ligne physique durant l’exercice.

La valorisation comptable, elle, a bondi. Le poste or est passé de 333,9 milliards à 492,9 milliards de FCFA, soit une progression de 47,62 %. Cette hausse de 159 milliards de FCFA reflète uniquement l’envolée du cours international retenu pour l’évaluation des réserves. Il s’agit d’une plus-value latente, sans traduction en trésorerie. Le constat renforce l’intérêt stratégique d’une accumulation physique : à cours équivalent, chaque tonne acquise localement amplifierait mécaniquement la couverture monétaire de la zone franc.

Les réserves de change globales de la CEMAC atteignaient par ailleurs 7 125 milliards de FCFA fin août 2026, en progression de 4,7 % sur un an selon le rapport de politique monétaire de septembre. La BEAC attribue cette dynamique aux emprunts extérieurs des États et à la fermeté des cours des hydrocarbures. Une dépendance que l’arrivée de l’or domestique dans le bilan vise précisément à atténuer.

Reste à savoir comment la BEAC s’approvisionnera. Le cas camerounais illustre la complexité juridique du dossier. L’article 4, alinéa 3, du Code minier promulgué le 19 décembre 2023 réserve à un organisme public mandaté par l’État l’achat et la commercialisation de l’or et du diamant produits sur le territoire. Cette prérogative est exercée par la Société nationale des mines (Sonamines), qui perçoit également une partie des redevances minières en nature.

Le circuit existant a déjà démontré sa capacité à faire remonter du métal vers le Trésor public. Le 30 octobre 2024, la Sonamines indiquait avoir rétrocédé à l’État 638 kilogrammes d’or depuis juillet 2021, pour une contrevaleur alors estimée à 27 milliards de FCFA. Ce cumul ne préjuge toutefois pas du stock réellement mobilisable deux ans plus tard, ni d’un transfert éventuel vers les réserves de la banque centrale.

La question des exportations formelles pèse également. En mars 2026, le directeur général de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno, affirmait devant les bureaux d’achat qu’aucun gramme d’or n’avait quitté officiellement le territoire camerounais au cours de l’exercice 2025. Cette donnée porte sur les flux déclarés, non sur la production effective, dont une part significative échappe aux canaux réglementés. Elle traduit aussi des frictions persistantes entre l’opérateur public et les acteurs privés sur les règles du jeu.

Le décret camerounais du 19 novembre 2024 encadre déjà la formation des prix de commercialisation : référence au cours international, assortie d’une décote négociée entre les parties. Les termes auxquels la BEAC achèterait l’or auprès de la Sonamines, ou d’entités équivalentes dans les autres pays membres, ne sont pas encore publics. Les modalités de transfert de propriété, le choix entre collectes nouvelles et stocks existants, ainsi que la logistique de certification restent à préciser.

La réussite du PAOD dépendra de la capacité des États de la CEMAC à articuler leurs monopoles nationaux avec les besoins de la banque centrale régionale. Elle supposera également une remise à plat des filières artisanales, dont la formalisation conditionne tout approvisionnement durable.

Rédaction
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