(BFI) – La Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) ne lâche pas la pression sur Yaoundé. Dans son rapport sur l’évolution de l’inflation dans la Cemac à fin mars 2026 et les perspectives à court et moyen termes, la banque centrale renouvelle une recommandation qu’elle formule depuis plusieurs années. Le Cameroun doit accélérer la reconstruction de la société nationale de raffinage (Sonara) et faire avancer le projet de la nouvelle raffinerie C-Star à Kribi, actuellement en cours de structuration. Pour l’institution d’émission, ces deux projets sont désormais indispensables pour amortir les effets d’un éventuel choc pétrolier mondial sur les prix intérieurs.
Le raisonnement de la Banque centrale repose sur un constat de vulnérabilité. Depuis l’arrêt des activités de raffinage à Limbè, consécutif à l’incendie du 31 mai 2019 qui avait détruit quatre des treize unités de production ainsi qu’un bac de stockage de brut, le Cameroun dépend presqu’entièrement des importations pour couvrir ses besoins en produits pétroliers. Cette dépendance expose directement les finances publiques et les prix à la pompe aux fluctuations du marché international.
Dans e contexte, la BEAC atteste que la décélération de l’inflation observée dans la Cemac, passe de 3,3% en février 2025 à 0,9% à février 2026 en glissement annuel, pourrait n’être que temporaire. Selon l’institution, si les tensions géopolitiques au Moyen-Orient devaient se prolonger au moins jusqu’au troisième trimestre 2026, les pressions inflationnistes pourraient rapidement repartir à la hausse.
La crise de 2022 demeure à cet égard, une référence. Les Etats de la Cemac avaient alors consacrés 2 700 milliards de Fcfa aux subventions des carburants, soit 4,2% du PIB régional. La BEAC souligne que ces dépenses ont fortement aggravés les déficits budgétaires, accrus les recours aux marchés financiers domestiques et affichés une efficacité limitée en raison d’un ciblage insuffisant. Plusieurs pays avaient également accordé des exonérations fiscales et douanières sur certains produits de premières nécessité afin d‘atténuer les effets de la flambée des prix.
Pour la BEAC, les gouvernements disposent aujourd’hui des marges de manœuvre beaucoup plus limitées qu’en 2022. L’institution rappelle que le déficit budgétaire de la Cemac est passé de 1 034,5 milliards de Fcfa, soit 1,7% du PIB avant le choc pétrolier, à 3 825,8 milliards de Fcfa, représentant 4,8% du PIB en 2025. Cette dégradation réduit considérablement la capacité des Etats à financer durablement des subventions sur les carburants en cas de nouvelles flambées des cours.
La banque centrale souligne par ailleurs, que les recettes pétrolières potentielles seraient moins importantes qu’en 2022. Si le Brent a atteint un pic de 117,29 dollars le baril en avril 2026, contre 12,71 dollars en juin 2022, la production pétrolière de la Cemac est, dans le même temps, passée de 40 millions de tonnes en 2021 à 38,2 millions de tonnes en 2025.
Cette expérience explique l’insistance renouvelée de l’institution d’émission. Pour elle, la meilleure protection contre un futur choc pétrolier réside plus dans un recours massif aux subventions budgétaires, mais dans le renforcement des capacités nationales de raffinage. A ce titre, la BEAC réitère la même recommandation au Gabon, en appelant les autorités à accélérer la réhabilitation de la société Gabonaise de raffinage (Sogara), également considéré comme un maillon essentiel pour réduire la dépendance de la sous-région aux importations de produits pétroliers raffinés.
Avec Sika Finances



