L’ « affaire Scb Cameroun – Neo Industry » mise à nue

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(BFI) – La semaine dernière, SCB Cameroun, filiale locale du groupe bancaire marocain Attijariwafa Bank, a publié sur son site internet un avis d’appel d’offres pour le recrutement d’un expert en montage des usines. La prestation, apprend-on, vise à démonter les équipements d’une unité agro-industrielle à Kekem, localité située dans la région de l’Ouest du Cameroun.

À la lecture de cette offre de service assez particulière, pour laquelle les soumissions sont attendues jusqu’au 27 novembre 2020, les observateurs de la scène économique camerounaise ont vite compris que l’usine concernée est celle de la société Neo Industry. Ce transformateur de cacao, doté d’une capacité annuelle officielle de 32 000 tonnes, n’a transformé que 4 286 tonnes de fèves au cours de la campagne 2019-2020, selon les statistiques de l’Office national du cacao et du café (ONCC).

L’on se souvient qu’en 2018, Neo Industry avait bénéficié d’un financement de 13 milliards de FCFA de SCB Cameroun, pour le montage de son usine de Kekem. Ce financement était garanti à hauteur de 6 milliards de FCFA par l’African Guaranty Fund (AGF). De sources internes à SCB Cameroun, le remboursement de ce crédit fait aujourd’hui l’objet d’impayés, Neo Industry ayant du mal à honorer ses engagements vis-à-vis de la banque.

Au demeurant, l’on est fondé de se poser la question de savoir comment une banque peut en arriver, au bout de 2 années seulement, à vouloir démonter une usine pour laquelle elle a consenti un crédit sur une durée de 7 ans. « Dans certaines conventions de crédit, on insère souvent des clauses permettant à la banque de recourir à un recouvrement forcé avant terme, dès lors qu’on découvre que certaines informations ayant permis d’octroyer le crédit n’étaient pas honnêtes, ou alors que certaines pratiques du bénéficiaire du crédit sont susceptibles de compliquer le remboursement », explique un juriste d’affaires.

L’instruction de la Cobac…

Mais au-delà de ce que l’on pourrait appeler « l’affaire SCB Cameroun-Neo Industry », c’est les volumes des engagements dans le secteur bancaire local d’Emmanuel Neossi, le promoteur de cette unité agro-industrielle, qui aurait mis le feu aux poutres. En effet, souffle une source proche du dossier, à travers diverses entreprises, le PDG de Neo Industry serait endetté à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de FCFA au sein du système bancaire camerounais. Près de 80% de ces crédits est contenue dans le portefeuille de SCB Cameroun, précise notre source.

Face aux difficultés de cet opérateur économique à honorer ses engagements vis-à-vis des banques, la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), le gendarme du secteur dans la zone Cemac, aurait instruit les établissements de crédit concernés de faire des provisions usuelles, pour protéger l’épargne des déposants. Une première banque mise en difficulté par les défauts de paiement du promoteur de Neo Industry aurait déjà provisionné une enveloppe avoisinant 5 milliards de FCFA. 

Face à l’importance du volume du montant à provisionner dans son cas, SCB Cameroun a visiblement décidé de passer au recouvrement forcé de ses créances vis-à-vis de son partenaire, en optant pour la solution extrême : le démontage des équipements de l’usine, dont la cession à un nouvel opérateur ou la vente pure et simple pourrait permettre de rembourser les différents crédits octroyés au promoteur de Neo Industry, Producam, etc.

« Bien que le promoteur de cette usine soit insolvable comme on l’apprend, la vraie question qu’il faut se poser est de savoir comment une banque a pu prendre autant de risque sur un seul client, fut-il propriétaire de plusieurs entreprises. Il me semble que pour des opérations à gros montants comme ceux en cause dans cette affaire avec M. Emmanuel Neossi, les banques doivent d’abord procéder à des missions de due-diligence, c’est-à-dire faire certaines vérifications préalables, avant de se décider de la pertinence de l’octroi du crédit ou non. Les banques doivent également suivre les activités de leurs clients pour s’assurer que tout fonctionne de manière à garantir le remboursement du crédit », fait observer un expert des milieux financiers.

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