(BFI) – La Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) projette de créer une filiale de titrisation dotée d’un portefeuille global de 300 milliards FCFA pour renforcer sa liquidité. Cette opération stratégique permet de transformer des créances en liquidités immédiatement disponibles sur le marché financier.
L’introduction par la BDEAC d’un mécanisme de titrisation de 300 milliards FCFA va profondément restructurer la dynamique boursière de la zone CEMAC. En tant que principal animateur et rémunérateur historique du marché obligataire de la BVMAC, les choix de l’institution dicteront la liquidité future de la place financière de Douala.
Le lancement d’un Fonds Commun de Titrisation de Créances (FCTC) va diversifier un marché financier historiquement saturé par les obligations souveraines (qui représentent plus de 73 % de l’encours global de la cote). Les investisseurs institutionnels (assurances, caisses de retraite) disposeront enfin de titres adossés à des flux de créances (prêts d’infrastructures ou d’États), réduisant leur exposition directe au risque souverain classique. Cela va rôder le cadre réglementaire de la COSUMAF sur la structuration des véhicules de titrisation, encore très rares dans la sous-région
La BVMAC souffre structurellement d’une faible liquidité et de journées de cotation parfois atones (transactions fréquentes à 0 FCFA). En titrisant ses prêts existants, la BDEAC capte de la liquidité en circuit fermé auprès des grandes banques sans avoir à lancer de lourds Emprunts Obligataires par Appel Public à l’Épargne (APE), lesquels assèchent souvent le marché au détriment des entreprises privées. La banque transforme des actifs immobilisés à long terme en cash immédiat. Cet argent frais sera réinjecté dans l’économie via le Plan stratégique Azobé, créant un cercle vertueux d’investissement.
Le succès de l’opération dépendra directement du profil de risque des tranches proposées. Le portefeuille de la BDEAC compte 360,2 milliards FCFA de créances en Stage 2 (risque en augmentation significative). Pour attirer les investisseurs de la BVMAC sur ces créances, la filiale devra proposer des primes de rendement (taux d’intérêt) élevées, ce qui pourrait renchérir le coût de son refinancement.
Les attentes du marché
Le marché financier de la zone CEMAC affiche des attentes fortes mais prudentes face à ce projet de titrisation de 300 milliards FCFA. Les investisseurs, habitués aux interventions massives de l’institution, espèrent y trouver une bouffée d’oxygène pour la Bvmac tout en exigeant des garanties claires.
Les investisseurs institutionnels (banques, assurances) attendent de connaître la composition exacte du premier fonds de 150 milliards FCFA. Les acheteurs attendent des mécanismes de rehaussement de crédit (comme le surdimensionnement ou des garanties externes) pour se prémunir contre d’éventuels défauts sous-jacents.
La BDEAC a historiquement proposé des taux attractifs (entre 4,7% et 6,2% sur ses emprunts classiques). Pour cette nouvelle classe d’actifs, le marché a des exigences précises. La titrisation étant plus technique qu’une obligation classique, les investisseurs attendent un rendement supérieur à celui des titres souverains pour compenser le risque d’illiquidité de ces nouveaux instruments.
Un relais de liquidité pour les banque de la Cemac
Le marché bancaire régional fait face à des pressions de liquidité. Les banques commerciales, principales animatrices de la bourse, perçoivent cette opération comme une opportunité réglementaire. Les banques espèrent que ces nouveaux titres seront facilement éligibles aux guichets de refinancement de la BEAC. Cela leur permettrait de placer leurs excédents de trésorerie dans des actifs rémunérateurs et liquides.
Les sociétés de bourse, quant à elle, attendent un signal fort des autorités de régulation. La mise en place effective de cette filiale devra servir de cas d’école pour valider définitivement le parcours d’homologation des Fonds Communs de Titrisation de Créances (FCTC) en Afrique Centrale.
André Noir




