(BFI) – Le débat ouvert à Brazzaville sur l’avenir du franc CFA en Afrique centrale est souvent présenté comme une question de réserves de change, de discipline budgétaire ou de réformes institutionnelles. Cette lecture est incomplète. Le véritable enjeu est ailleurs : la capacité des États de la CEMAC à tracer, contrôler et rapatrier les flux de devises issus de leurs propres économies. Derrière les chiffres des réserves se cache un problème plus profond, rarement assumé publiquement : une vulnérabilité structurelle au blanchiment de capitaux, alimentée par le non-rapatriement massif des recettes d’exportation et la dispersion opaque des avoirs publics à l’étranger.
Dans une zone monétaire à parité fixe, la perte de crédibilité ne naît pas d’un seuil comptable, mais d’un déficit de confiance dans la gouvernance des flux financiers. Lorsque des devises issues du pétrole, des mines ou du bois transitent par des structures offshore, des comptes de collecte ou des montages intra-groupe, sans traçabilité effective, le risque n’est pas seulement macroéconomique. Il est pleinement LBC/CFT. Ces circuits sont compatibles avec des typologies bien connues du GAFI : blanchiment par le commerce, évasion fiscale, dissimulation de produits de corruption et captation de rentes par des acteurs politiquement exposés. Les pays de la zone classés sur liste grise ne font qu’amplifier ce risque systémique, en fragilisant la supervision bancaire et la crédibilité collective.
Le rapatriement des devises, présenté comme une mesure technique, est en réalité un test de souveraineté juridique et institutionnelle. Il ne s’agit pas de confondre fonds contractuellement ségrégués et réserves de change, au risque d’ouvrir des contentieux internationaux coûteux. Il s’agit de rendre le non-rapatriement juridiquement, financièrement et opérationnellement dissuasif, tout en rendant la conformité simple et prévisible. Domiciliation obligatoire, rapatriement brut avec sorties justifiées, reporting transactionnel et contrôle croisé ne sont pas des options politiques : ce sont des standards internationaux de lutte contre le blanchiment que la CEMAC ne peut plus appliquer de manière sélective.
En définitive, la question posée à Brazzaville dépasse largement le sort du CFA. Une union monétaire qui ne maîtrise pas ses flux est une union monétaire vulnérable, exposée à la fuite des capitaux, à la défiance des investisseurs et à la sanction des marchés. La stabilité monétaire ne se décrète pas, elle se prouve. Et dans le contexte actuel, la preuve ne viendra ni des communiqués ni des promesses, mais de la capacité réelle des États et de la BEAC à traiter le non-rapatriement des devises pour ce qu’il est : un risque majeur de blanchiment, et donc une menace directe pour la souveraineté économique.
Dr. Alain Nkoyock, Vice-Chairman & Co-CEO (Data Science & AI/ML Pipeline Architect – R&D – Training)




