(BFI) – BGFI Holding Corporation prépare son second tour de table boursier. La maison-mère du groupe BGFIBank, premier établissement bancaire de la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), doit lever 81 milliards FCFA (143,7 millions de dollars), soit environ 143,6 millions de dollars, lors d’une seconde phase d’augmentation de capital prévue avant la fin du troisième trimestre 2026.
L’objectif : porter la part de capital social cotée à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) de 3,85 % à 10 %, niveau réglementaire du compartiment A-Premium.
Le montant correspond au reliquat exact de l’objectif initial inscrit dans le document d’information approuvé par la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF). La première phase, clôturée le 2 mars 2026, n’avait permis de mobiliser que 45,3 milliards FCFA, sur les 125,9 milliards visés. La cotation effective est intervenue le jeudi 7 mai à Douala, à un prix de référence de 80 000 FCFA par action.
Une concentration sur deux pays
La sociologie de la première phase éclaire le défi qui attend le groupe dirigé par Henri-Claude Oyima. Sur les 7 601 souscripteurs réunis, 49 % des montants sont venus du Gabon et 28,1 % du Cameroun. Les vingt-deux autres pays représentés se sont partagé moins d’un quart de l’enveloppe. La phase 2 ne peut pas reproduire ce schéma : le marché gabonais et camerounais a, pour l’essentiel, déjà été servi.
C’est ici qu’intervient la décision la plus structurante de l’assemblée générale du 15 mai à Libreville. Le plafond de détention de 0,5 % du capital par investisseur, imposé lors de la phase 1, a été levé. Sur un capital de 147,28 milliards FCFA, cette limitation représentait à peine 736 millions par institutionnel, un ticket sans intérêt pour un fonds africain ou une compagnie d’assurance régionale. Le verrou disparaît.
« Je vous invite à vous préparer pour cette prochaine étape, prévue pour le troisième trimestre 2026 », a indiqué Henri-Claude Oyima (photo), président-directeur général du groupe, à l’issue de l’assemblée. Le message s’adresse explicitement aux investisseurs institutionnels qui n’avaient pas pu participer au premier tour.
Un marché régional dix fois plus petit que la BRVM
Le défi ne se résume pas à la seule équation BGFI. La BVMAC comptait environ 10 000 comptes-titres actifs avant l’introduction de BGFI Holding. La phase 1 en a ajouté 7 601, portant le total à environ 17 600. À titre de comparaison, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) de la zone UEMOA en compte près de 200 000, soit plus de dix fois plus.
La direction de la BVMAC a affiché son ambition d’atteindre 100 000 comptes-titres d’ici fin 2026, dans le cadre du programme Bvmac ESPro lancé en février 2026 par son directeur général Louis Banga Ntolo. Il reste donc plus de 80 000 comptes à créer en sept mois. La phase 2 de BGFI Holding est, de facto, l’opération phare qui doit y contribuer.
Plusieurs canaux sont susceptibles d’être mobilisés. Les institutionnels de la zone UEMOA peuvent être touchés via la présence de BGFIBank Côte d’Ivoire et le maillage des sociétés de gestion d’actifs ouest-africaines. La diaspora gabonaise et camerounaise en Europe et en Amérique du Nord constitue un gisement encore peu exploité. Les fonds africains panafricains, tels que AfricInvest, Phatisa ou AIIM, sortis du jeu en phase 1 du fait du plafond, redeviennent éligibles.
L’opération s’inscrit dans un contexte sectoriel tendu. Le règlement COBAC R-2025/02, entré en vigueur le 1er janvier 2026, impose à toutes les banques de la CEMAC un capital social minimum de 25 milliards FCFA, avec mise en conformité progressive jusqu’au 31 décembre 2029. Selon une étude du ministère camerounais des Finances publiée en 2025, plus des trois quarts des banques de la zone se situaient sous le seuil de 20 milliards à mi-2024. La trentaine d’établissements concernés devra mobiliser des fonds propres complémentaires dans les prochains mois. Tous chercheront, parallèlement à BGFI, à attirer des investisseurs sur des montages similaires.
Calendrier
La phase 2 devrait s’ouvrir entre juillet et septembre, sous le pilotage de BGFIBourse, arrangeur et chef de file. Une nouvelle évaluation Bloomfield Investment est attendue avant l’opération, l’agence panafricaine ayant relevé la note de long terme du groupe de A+ à AA- en juin 2025. Le titre BGFI HC a clôturé sa première séance à 82 000 FCFA, en hausse de 2,5 % par rapport au cours de référence, valorisant la maison-mère à environ 1 208 milliards de FCFA.
Pour la BVMAC, la réussite de l’opération conditionne la crédibilité de plusieurs autres introductions en préparation, dont celles de Commercial Bank of Cameroon et de l’assureur Zenithe Insurance, évoquées par Louis Banga Ntolo. L’équation des 81 milliards de BGFI Holding est, en ce sens, celle de tout un marché.




