(BFI) – Le secteur ivoirien de la transformation du cacao continue d’attirer des investissements ; le chocolatier belgo-suisse Barry Callebaut prévoit en effet de tripler sa capacité locale de production de chocolat. Cette initiative intervient alors que le premier producteur mondial de cacao s’efforce de transformer davantage de fèves sur son sol et de capter une plus grande part de la valeur ajoutée de la filière, bien que l’approvisionnement en matières premières demeure un défi majeur.
Ces projets ont été dévoilés à l’issue d’une rencontre, le 6 octobre, entre le PDG Hein Schumacher et le ministre ivoirien du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Kalil Konaté. Barry Callebaut est présent dans le pays depuis plus de 60 ans par l’intermédiaire de sa filiale SACO. En décembre 2024, l’entreprise s’est lancée dans la production locale de chocolat avec l’inauguration de « Choco Daga », sa première ligne de fabrication dédiée au chocolat à Abidjan. Jusque-là, ses activités en Côte d’Ivoire se concentraient principalement sur le broyage des fèves de cacao et la fabrication de produits semi-finis à base de cacao. Près de deux ans plus tard, l’entreprise envisage de passer à la vitesse supérieure.
En triplant sa capacité de production de chocolat, Barry Callebaut vise à renforcer sa position sur les marchés national et régional tout en diversifiant sa gamme de produits. Toutefois, le groupe n’a communiqué ni le montant de l’investissement ni le calendrier de cette expansion. Le groupe exploite également deux sites industriels en Côte d’Ivoire, dotés d’une capacité totale de broyage de fèves de cacao de 230 000 tonnes par an.
De nouvelles entreprises sur le marché de la transformation du cacao
L’intérêt pour la transformation du cacao ne se limite pas aux entreprises déjà établies en Côte d’Ivoire. Plusieurs nouveaux acteurs ont étudié des opportunités dans le secteur en 2026, tandis que d’autres ont injecté des capitaux supplémentaires dans des installations locales. Le 8 septembre, une délégation allemande conduite par Hermann Bühlbecker, président du groupe Lambertz, s’est rendue en Côte d’Ivoire pour explorer des opportunités d’affaires. L’entreprise étudie la possibilité de produire du chocolat sur place. Pour l’heure, cependant, le projet reste à l’étude et aucun engagement d’investissement n’a été annoncé.
D’autres projets sont, quant à eux, déjà entrés en phase opérationnelle. Le 16 juillet, la coopérative CADESA a inauguré CocoaTech, une unité de transformation du cacao située à San-Pédro, fruit d’un investissement d’environ 15 millions d’euros (16,8 millions de dollars). L’usine dispose d’une capacité annuelle initiale de 15 000 tonnes de fèves de cacao, susceptible d’être portée à 30 000 tonnes. Sa gamme de produits comprend la masse de cacao, le beurre de cacao, le tourteau de cacao et la poudre de cacao.
Ces initiatives soutiennent les efforts de la Côte d’Ivoire visant à accroître la part de sa récolte de cacao transformée sur le territoire national. Dans le cadre de son Plan national de développement 2026-2030, le gouvernement ambitionne de porter le taux de transformation locale à 50 % d’ici 2030, contre 42 % en 2024. L’objectif dépasse le simple renforcement des capacités industrielles : les autorités souhaitent également que le pays capte davantage de valeur ajoutée grâce à une production accrue de produits finis, plutôt que de se concentrer principalement sur les fèves brutes et les produits semi-finis. Cette stratégie s’appuie sur les progrès réalisés au cours de la dernière décennie.
La Côte d’Ivoire a progressivement augmenté tant sa capacité de transformation industrielle que la part du cacao transformé localement, une tendance qui se reflète dans les statistiques douanières. Selon la Direction générale des douanes, le pays a exporté 613 200 tonnes de produits dérivés du cacao en 2024, pour une valeur de 1 933 milliards de Fcfa (3,3 milliards de dollars). En 2015, les exportations s’élevaient à 442 200 tonnes, pour une valeur de 931 milliards de Fcfa. Ces chiffres illustrent l’essor de l’industrie ivoirienne de transformation du cacao sur cette période, tant en volume qu’en valeur des exportations.
La sécurisation de l’approvisionnement en cacao reste un défi majeur
L’accroissement des capacités industrielles soulève une question cruciale : la production de cacao pourra-t-elle fournir suffisamment de matière première pour les alimenter ? Le 6 octobre, jour même où le groupe Barry Callebaut s’entretenait avec le ministère du Commerce, le Conseil du Café-Cacao a souligné la nécessité de sécuriser l’approvisionnement en fèves pour les industriels de la transformation. L’organisme de régulation a averti que les maladies des plantations et le changement climatique menaçaient la productivité des exploitations cacaoyères.
Pour faire face à ces risques, le Conseil prévoit de créer un institut de recherche dédié au café et au cacao. Son objectif sera de développer des variétés végétales présentant une meilleure résistance aux maladies – notamment la maladie du « swollen shoot » (pousse boursouflée) du cacaoyer – ainsi qu’aux effets du changement climatique. Barry Callebaut a fait part de son intention de soutenir cette initiative. L’entreprise prévoit également, à terme, d’utiliser le système national de traçabilité de la Côte d’Ivoire pour la totalité de ses achats de fèves de cacao.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu ne se limite donc plus à l’augmentation des capacités de transformation industrielle. La production agricole, la recherche, les systèmes de traçabilité et les infrastructures doivent également être en mesure de soutenir le développement industriel de la filière.
Alors que le premier producteur mondial de cacao poursuit son objectif de transformation pour 2030, un accès fiable aux fèves de cacao sera essentiel pour concrétiser son ambition de fabriquer davantage de produits dérivés du cacao sur place et de conserver une part plus importante de la valeur générée par le secteur.
Antoine Mboussi




