Avec un investissement de 60 milliards FCFA, Geocoton veut prendre le contrôle de la Sodecoton au Cameroun

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Abbas Jabber
Abbas Jabber, PDG de Geocoton reçu en audience par le Secrétaire Général de la Présidence de la République du Cameroun

(BFI) – Le français Geocoton veut devenir l’actionnaire majoritaire de la Sodecoton, au détriment du Cameroun qui détient 59 % des actifs de l’agro-industriel. Pour arriver à ses fins, le groupe fait miroiter aux autorités un investissement de 60 milliards FCFA, axé sur la modernisation de l’outil industriel.

Le PDG de Geocoton, un groupe français détenant des actifs dans la filière coton africaine, dont 30% du capital de la Société de développement du coton (Sodecoton), a débarqué au Cameroun en juillet 2020. Au terme d’une audience au palais de l’Unité, avec le secrétaire général de la présidence de la République, Abbas Jaber n’a pas caché les ambitions du groupe qu’il dirige pour le Cameroun.

 « Le Cameroun est aujourd’hui au centre des intérêts du groupe Advens-Geocoton, de la France et même de l’Union européenne de manière générale. Le Cameroun est un pays géographiquement stratégique pour l’Afrique. Il est entouré de géants et d’une population qui est en très grande croissance démographique. Dans les 20 années à venir, votre voisin nigérian passera à 400 voire 500 millions d’habitants. Il va falloir nourrir cette population. Je ne parle pas de la croissance démographique qu’il y a également au Cameroun. Le Cameroun est le grenier de l’Afrique centrale, nous en sommes persuadés […] », a indiqué le PDG de Geocoton au sortir de l’audience avec Ferdinand Ngoh Ngoh.

Prise de participation majoritaire

Fort de ces atouts dont recèle le Cameroun, apprend-on de sources autorisées, Geocoton ambitionne clairement de prendre le contrôle de la Sodecoton, en devenant l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. Cette option d’une prise de participation majoritaire, discrètement soumise aux autorités camerounaises, soutient le groupe agro-industriel français, permettrait « de libérer le potentiel de l’entreprise, et ainsi contribuer à l’émergence voulue par le chef de l’Etat ».

Pour aguicher l’Etat du Cameroun, qui contrôle 59% des actifs de la Sodecoton, Geocoton propose un plan d’investissements de 60 milliards FCFA, sur une période de 7 ans. Celui-ci prévoit, apprend-on de bonnes sources, la modernisation des 9 usines pour dépasser les 42% de rendement et atteindre une capacité de transformation de 2 500 tonnes par jour ; l’augmentation du rendement égrenage avec un objectif de 43% ; la construction de trois nouvelles usines d’égrenage dans la perspective d’une production de 600 000 tonnes de coton-graine dès 2025.

Il est également prévu l’optimisation énergétique grâce au solaire [Geocoton vient d’acquérir en France une entreprise opérant dans le domaine, NDLR], ce qui devrait permettre une autonomie énergétique ; l’accroissement du parc logistique de l’entreprise avec au moins 100 camions neufs ; la construction d’entrepôts afin d’augmenter le stockage à 80 000 T de coton-graine ; et la modernisation des deux huileries de la Sodecoton, de manière à accroître les ventes d’huiles à 2 millions de cartons par an, ainsi que la production d’aliment pour le bétail.

Le milliardaire Baba Danpullo

Mais, à en croire nos sources, bien qu’ambitieux et opportun pour le développement de la Sodecoton, ce plan d’investissements ne remporterait pas pour l’instant les faveurs de la partie camerounaise, du moment qu’il est assorti d’une option de contrôle du capital de l’entreprise. En clair, apprend-on, à cause du caractère sensible de la Sodecoton, pour la préservation d’un certain équilibre socio-économique dans la partie septentrionale du Cameroun, l’Etat n’est pas disposé à céder une part de ses actifs dans l’entreprise au profit de Geocoton.

Les mêmes sources révèlent que le milliardaire camerounais Baba Danpullo, qui contrôle également 11% des actifs de l’entreprise et ne rechignerait pas à augmenter son portefeuille d’actifs, ne verrait pas non plus d’un bon œil une cession desdits actifs à Geocoton.

La Sodecoton devrait clôturer la campagne cotonnière 2019-2020 avec une perte de 5,6 milliards FCFA, selon les prévisions officielles. Si l’on ajoute à cette enveloppe les 36 milliards FCFA de pertes enregistrées entre 2014 et 2016, le fleuron de l’agro-industrie dans les trois régions septentrionales du Cameroun aura perdu plus de 40 milliards FCFA en quatre campagnes, malgré la relative reprise observée entre 2017 et 2019, grâce à un plan de restructuration validé dès 2017.

 Mais en dépit de ces pertes, qui ne semblent pas prêtes de s’estomper à cause de « la chute brutale et continue » des cours mondiaux du coton, d’une part, et d’un taux de rendement de ses usines de transformation de seulement 42% en 2020, d’autre part, cette entreprise continue de voir grand en matière de production. En effet, la Sodecoton, qui encadre plus de 250 000 producteurs dans le septentrion camerounais, se rapproche de plus en plus de son ambition d’atteindre un niveau de production de 600 000 tonnes dès 2025, contre 328 000 tonnes projetées en 2020.

Placide Onguéné

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