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Au Cameroun, l’industrie pharmaceutique ne satisfait que 5% de la consommation formelle de médicaments à fin 2025

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Le contraste avec les voisins du continent est frappant. Le Sénégal, avec quatre unités de production, couvre entre 10 % et 15 % de sa consommation intérieure. La Côte d’Ivoire, forte de cinq sites industriels, atteint 8 %. Plus au nord, la Tunisie et le Maroc évoluent dans une tout autre catégorie, avec des taux de couverture qui dépassent largement la moitié de leurs besoins et une capacité d’exportation vers le reste du continent. Le Cameroun, en dépit de sa démographie et de son marché intérieur, demeure spectateur de cette dynamique régionale.

Huit unités de production pour près de 28 millions d’habitants : le ratio traduit l’étroitesse d’un tissu manufacturier qui n’a pas su franchir le seuil critique de la compétitivité. Les industriels installés se heurtent à un cocktail bien identifié de contraintes structurelles, allant du coût de l’énergie à la faiblesse des chaînes logistiques, en passant par un accès limité au financement long. La certification aux normes internationales, condition d’accès aux marchés d’appels d’offres publics et aux bailleurs multilatéraux, reste par ailleurs un obstacle pour la majorité des acteurs locaux.

Le dispositif SND30, adopté fin 2020, avait pourtant identifié la pharmacie comme un secteur prioritaire de la substitution aux importations. Cinq ans après son lancement, la trajectoire de rattrapage n’est pas au rendez-vous. La dépendance aux importations, majoritairement en provenance d’Inde, de Chine et d’Europe, expose la santé publique aux ruptures d’approvisionnement, aux variations de change et à la volatilité du fret international, comme l’ont rappelé les tensions post-Covid.

Dakar a fait de la relocalisation pharmaceutique un axe de sa doctrine de souveraineté sanitaire depuis 2021, avec l’entrée en scène de MADIBA, une usine de production de vaccins soutenue par plusieurs partenaires internationaux, et la montée en puissance d’unités privées spécialisées dans les génériques. Le résultat : un taux de couverture deux à trois fois supérieur à celui du Cameroun, avec un nombre d’unités pourtant moitié moindre. La différence tient à la productivité, à la gamme et à l’intégration dans les circuits publics d’achat.

Le Maroc, de son côté, a construit sur plusieurs décennies un écosystème pharmaceutique qui alimente une part significative du marché domestique et exporte vers l’Afrique de l’Ouest et le Moyen-Orient. La Tunisie affiche un profil similaire, adossé à une longue tradition de formation en pharmacie industrielle. Ces trajectoires reposent sur une combinaison de commande publique orientée, d’incitations fiscales ciblées et de partenariats capitalistiques avec les laboratoires internationaux.

Pour combler l’écart, Yaoundé devra rebattre les cartes de son cadre d’incitation. Plusieurs pistes reviennent dans le débat public : préférence nationale calibrée dans les marchés publics de médicaments, guichet de financement dédié aux fonds propres des industriels du secteur, mutualisation des équipements coûteux comme les lignes de conditionnement stérile, et alignement de la réglementation nationale sur les standards de l’Agence africaine du médicament (AMA). La disponibilité d’un capital humain qualifié, notamment en assurance qualité et en affaires réglementaires, constitue une autre variable clef.

Le contexte régional pourrait accélérer les décisions. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ouvre théoriquement un marché de 1,3 milliard de consommateurs aux industriels qui parviendront à se hisser aux normes exigées. À l’inverse, elle expose les producteurs les plus fragiles à une concurrence intra-africaine intensifiée, où les acteurs marocains, tunisiens et bientôt sénégalais disposent d’un temps d’avance. La fenêtre pour repositionner l’industrie pharmaceutique camerounaise se referme progressivement.

Omer Kamga

Rédaction
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