AccueilFinanceConjonctureAu Cameroun, le patronat alerte sur une économie en panne

Au Cameroun, le patronat alerte sur une économie en panne

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Le patronat camerounais vient de rompre une forme de réserve prolongée. Dans une sortie publiée le 31 octobre 2026, Célestin Tawamba, principal porte-voix des chefs d’entreprise du Cameroun, livre un diagnostic cinglant sur la trajectoire économique du pays. Sa formule, lapidaire, tient en six mots : « le pays est à l’arrêt ». Pour un responsable d’organisation patronale, habitué aux circonvolutions diplomatiques avec l’exécutif, l’expression a valeur de signal.

La parole patronale au Cameroun est rarement frontale. Depuis plusieurs années, le dialogue entre les grandes organisations d’employeurs et le gouvernement s’est structuré autour de concertations techniques, notamment sur la fiscalité, les arriérés de la commande publique et le coût des facteurs de production. Les coups d’éclat publics y sont inhabituels, à la différence de ce que l’on observe au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, où le secteur privé interpelle plus volontiers les pouvoirs publics par voie de presse.

En choisissant une formulation aussi tranchée, Célestin Tawamba acte un changement de registre. Le propos ne porte pas sur un dossier sectoriel précis mais sur l’état d’ensemble de la machine économique. Il résonne d’autant plus fort que son auteur n’est pas un opposant politique, mais un industriel engagé de longue date dans la représentation du secteur privé national, et un interlocuteur reconnu des autorités.

Les indicateurs disponibles pour l’économie camerounaise avant cette sortie dessinent effectivement un tableau contrasté. Le Cameroun, première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), affichait selon les projections du Fonds monétaire international (FMI) une croissance oscillant autour de 4 % sur les derniers exercices, inférieure à la moyenne subsaharienne et insuffisante pour résorber le chômage d’une population de près de 30 millions d’habitants. Le pays reste par ailleurs classé parmi les économies les plus difficiles d’accès pour l’investissement privé dans les évaluations internationales du climat des affaires.

Plusieurs irritants structurels nourrissent depuis longtemps les récriminations des entreprises installées au Cameroun : la lourdeur des procédures douanières au port de Douala, qui concentre l’essentiel du commerce extérieur du pays et d’une partie de l’hinterland tchadien et centrafricain ; les arriérés de paiement de l’État envers ses fournisseurs ; une pression fiscale jugée pesante sur le segment formel ; et des coupures d’électricité qui freinent la production industrielle. À cela s’ajoute la question récurrente de la convertibilité et du rapatriement des devises dans la zone CEMAC, où la réglementation de change de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) suscite depuis 2019 des frictions avec les opérateurs du secteur extractif.

Le calendrier de cette prise de parole ne doit rien au hasard. Elle intervient dans un pays où la question de la transition politique se pose avec une acuité croissante, dans la perspective de l’après-Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Les milieux économiques, publics comme privés, préparent de longue date leurs scénarios pour une séquence post-électorale dont l’horizon pèse déjà sur les décisions d’investissement, d’extension d’usines et d’embauche.

En haussant le ton, le patronat camerounais envoie plusieurs messages. Aux autorités, d’abord : la patience du privé formel n’est pas infinie et les réformes de simplification administrative, maintes fois annoncées, doivent se concrétiser. Aux partenaires financiers, ensuite, FMI et Banque mondiale en tête, dont les programmes conditionnent une partie de la trajectoire budgétaire du pays. Aux acteurs politiques en campagne ou en position d’alternance, enfin, invités à inscrire le redressement du climat des affaires parmi leurs priorités.

Reste à mesurer les suites concrètes de cette alerte. Les précédents camerounais, notamment les cycles de concertation ouverts après les tensions sociales de 2008 ou les assises de l’économie organisées à intervalles réguliers, ont montré que la traduction opérationnelle des engagements pris reste le point faible du dialogue public-privé. L’intervention de Célestin Tawamba constitue, à tout le moins, un marqueur politique dont les prochains arbitrages budgétaires et réglementaires diront la portée réelle.

André Noir

Rédaction
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