AccueilSecteursBtp & InfrastructuresLe Cameroun sous la pression des prêteurs pour le Barrage de Nachtigal

Le Cameroun sous la pression des prêteurs pour le Barrage de Nachtigal

-

A l’origine de la crise financière, l’asphyxie par les impayés de Socadel. La Société camerounaise d’électricité (Socadel, ex-Eneo) ne parvient à payer qu’environ 10 % de sa facture mensuelle à la NHPC (soit 1 milliard de FCFA collectés sur les 10 milliards dus). Pour compenser ces impayés, une ligne de crédit de secours adossée au projet a été massivement sollicitée. Près de 55 milliards de FCFA sur les 56 milliards disponibles ont déjà été siphonnés, laissant le fonds de roulement de la NHPC à sec. Sans une injection rapide de liquidités de la part de l’État, la NHPC se retrouve dans l’incapacité d’assurer le service de sa dette auprès de ses bailleurs de fonds.

La pression sur le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze, est accentuée par la nature des garanties financières. Si le Cameroun ne parvient pas à combler le manque à gagner, les prêteurs menacent d’activer la garantie de la Banque mondiale (BIRD/SFI). Une telle activation entacherait lourdement la crédibilité financière internationale du Cameroun et compliquerait le financement d’autres mégaprojets énergétiques en cours de développement, à l’instar du futur projet hydroélectrique de Kikot-Mbebe.

Le paradoxe de Nachtigal

Bien que l’ouvrage soit pleinement opérationnel et représente une avancée technique majeure capable de couvrir près de 30 % des besoins du pays, le secteur électrique camerounais souffre d’un déséquilibre structurel. Les infrastructures de transport de l’électricité restent insuffisantes pour évacuer l’intégralité de l’énergie produite vers les grands centres de consommation comme Douala. Le modèle contractuel impose un paiement obligatoire de l’énergie disponible par le distributeur, créant un gouffre financier que le budget de l’État peine désormais à subventionner.

Les négociations menées par Louis Paul Motaze

Pour éponger la dette croissante liée au barrage de Nachtigal et éviter une activation dévastatrice des garanties de la Banque mondiale, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, mène des négociations de crise articulées autour de trois axes stratégiques fondamentaux.

Face à l’épuisement quasi total de la Lettre de crédit de soutien (Standby Letter of Credit – SBLC) logée auprès de la Société Générale à Paris—où 55 milliards de FCFA sur les 56 disponibles ont déjà été siphonnés par les impayés du distributeur d’électricité—le ministère des Finances tente de reconstituer en urgence ce filet de sécurité. Le Trésor public camerounais est parvenu à mobiliser 35 milliards de FCFA sur les 56 milliards nécessaires afin de renflouer temporairement cette garantie. Objectif : Obtenir un sursis de 30 jours auprès de la vingtaine de banques et bailleurs internationaux (SFI, AFD, BEI) pour éviter qu’un défaut de paiement officiel ne soit déclaré.

Pour soulager immédiatement la trésorerie de la Nachtigal Hydro Power Company (NHPC), le ministre des Finances négocie, d’autre part, le rachat et le lissage de la dette commerciale du secteur énergétique par le biais de banques locales. Yaoundé a déjà négocié des facilités de crédit successives (notamment 80 milliards de FCFA contractés initialement, suivis d’un autre montage de 100 milliards de FCFA auprès de consortiums bancaires locaux). Cette stratégie permet de donner de l’air à l’exploitant du barrage, mais elle a pour effet direct de transférer tout le poids des arriérés d’électricité vers la dette publique globale de l’État.

Une autre issue, la restructuration globale des contrats du secteur énergétique. Conscient que le modèle contractuel actuel n’est plus tenable à moyen terme (les projections de facturation sous le régime rigide du « take-or-pay » frôlent 200 milliards de FCFA pour l’année 2027), le ministère des Finances a engagé des réformes structurelles de fond. Le Fonds monétaire international fait pression sur Yaoundé pour clarifier l’impact budgétaire de Nachtigal dans le cadre du cadrage budgétaire triennal 2027–2029.

Pour réduire la charge mensuelle du secteur électrique (estimée à 8 milliards de FCFA par mois pour les centrales de Kribi et Dibamba), l’État négocie le rachat des parts de Globeleq dans le but de faire baisser la facture publique de 3 milliards de FCFA mensuels grâce à une refonte des accords de capacité.

Rémy Ngassana

Rédaction
Rédaction
Média multi-support édité par l’Agence Rhéma Service, cabinet de communication et de stratégie basé à Douala, Business & Finance International regroupe des partenaires internationaux issus du monde des médias, des affaires et de la politique, mus par la volonté de fournir une information vraie, crédible et exploitable pour un investissement sûr en Afrique.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici