(BFI) – Le marché du crédit bancaire au Cameroun affiche un visage contrasté au premier trimestre 2026. Les établissements de crédit installés dans le pays ont accordé 207 119 nouveaux concours aux agents économiques, pour une enveloppe globale de 1 337,3 milliards de FCFA, selon le rapport de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur les taux débiteurs dans la Cemac. Le pays conserve son rang de premier marché du crédit dans la zone, captant à lui seul plus de la moitié des volumes distribués dans la sous-région. Mais ce leadership masque une contraction sensible de l’offre en valeur.
Un an plus tôt, les banques camerounaises avaient distribué 1 887 milliards de FCFA. L’écart frôle donc 550 milliards de FCFA, alors même que le nombre de dossiers progresse légèrement, de 202 508 à 207 119. La BEAC y voit un « léger engouement des agents économiques vers l’emprunt bancaire ». La lecture est cependant claire : le marché traite davantage de dossiers, mais pour des tickets moyens plus faibles. Le ralentissement touche d’abord le financement des grandes opérations.
Une recomposition du leadership autour de cinq banques
Sur le segment bancaire camerounais, la hiérarchie a été redessinée. Société Générale Cameroun, devenue General Bank of Cameroon (GBC) après la reprise par l’État des parts du groupe français, prend la tête du classement avec 17,64 % des nouveaux crédits, contre 11,07 % un an plus tôt. La progression est nette pour l’établissement passé sous contrôle public. SCB Cameroun, filiale du marocain Attijariwafa Bank, suit de très près à 17,48 %, en hausse également par rapport aux 13,22 % du premier trimestre 2025.
La Bicec, contrôlée par la Banque centrale populaire du Maroc, ferme le podium avec 14,76 % du marché, en repli depuis les 17,60 % observés un an auparavant. Le top 5 est complété par deux acteurs à capitaux camerounais en forte progression. Afriland First Bank passe de 7,81 % à 13,48 % des parts de marché. CCA-Bank, ancien établissement de microfinance transformé en banque commerciale, multiplie quasiment par trois sa contribution, à 10,97 % contre 3,98 % en 2025. Ces cinq enseignes concentrent désormais 74,33 % des nouveaux crédits bancaires distribués dans le pays.
La BEAC nuance toutefois cette concentration en jugeant que « le marché du crédit bancaire est resté fragmenté, aucune banque n’ayant exercé une influence significative sur les prix ou les conditions générales du marché ». Cette photographie comporte par ailleurs une zone d’ombre : la CBC n’a pas transmis ses données au régulateur sur la période, en raison d’une anomalie de reporting. L’établissement représentait 10,92 % du marché un an plus tôt, ce qui relativise mécaniquement les comparaisons annuelles.
Les entreprises absorbent l’essentiel, mais le robinet se resserre
La ventilation par bénéficiaires confirme la prééminence du secteur productif dans la distribution du crédit. Les entreprises ont reçu 1 207 milliards de FCFA, soit 90,26 % de l’enveloppe globale, contre 1 594,6 milliards un an plus tôt. La baisse est significative et traduit un net repli du financement bancaire à destination de l’appareil productif camerounais. Les grandes entreprises restent les principales bénéficiaires, avec 970,8 milliards de FCFA, soit 72,60 % du total des concours.
Les petites et moyennes entreprises se partagent 236,1 milliards de FCFA, soit 17,66 % de l’offre, tandis que les particuliers obtiennent 115,2 milliards. Les administrations publiques et collectivités décentralisées n’ont mobilisé que 14,1 milliards de FCFA sur la période. La maturité des crédits illustre par ailleurs la dépendance structurelle de l’économie au financement de court terme : 73,23 % des concours, soit 979,7 milliards de FCFA, sont à court terme. Le moyen terme ne pèse que 6,75 % et le long terme à peine 4,71 %, le solde étant constitué d’engagements par signature.
Un coût du crédit qui grimpe
Dernier signal envoyé par le rapport, le coût moyen du crédit se renchérit. Les taux débiteurs pratiqués par les établissements installés au Cameroun s’établissent à 9,03 % au premier trimestre 2026, contre 8,26 % un an plus tôt. Pour les banques, qui assurent la quasi-totalité de l’offre, le taux effectif global ressort en moyenne à 8,97 %. Pour les PME camerounaises, l’équation se complique : à la rareté relative du crédit s’ajoutent un coût plus élevé et une faible profondeur des financements longs.



