(BFI) ) – L’avenir de l’entreprise Chococam (Chocolaterie Confiserie du Cameroun), filiale du groupe Sud africain Toger Brands, suscite de vives inquiétudes parmi les employés. À mesure que se précise la cession des 74,69 % de parts détenues par Tiger Brands au profit de Minkama Capital, les représentants du personnel disent craindre les conséquences de cette transition sur les droits des travailleurs et la stabilité de l’emploi.
Selon plusieurs sources, les délégués du personnel de l’entreprise Chococam montent au créneau pour fustiger l’opacité absolue de l’opération, l’échec des recours administratifs ainsi que la gestion unilatérale et restrictive des fonds sociaux par la direction générale. Aujourd’hui, ils réclament des garanties écrites et durables pour préserver leurs emplois et leurs droits.
L’opération, initiée fin 2025 pour un montant avoisinant les 46 milliards de francs CFA, s’oriente vers son dénouement au second semestre 2026 malgré des arbitrages réglementaires et des tensions liées à un contentieux persistant. L’avancée de la transaction fait l’objet de validations auprès des autorités communautaires et fiscales de la zone CEMAC et de la BEAC, tout en subissant les répercussions indirectes d’un ancien contentieux opposant l’homme d’affaires Baba Ahmadou Danpullo à des intérêts sud-africains. A côté de ces défis règlementaires et financiers des sources annoncent une fronde sociale inédite.
En effet, les délégués du personnel dénoncent avec force l’opacité totale qui entoure les clauses et les réelles motivations de cette transition capitalistique. Une inquiétude qui n’est pas fortuite, car, depuis les premiers signaux du désengagement de la maison mère sud-africaine, engagée dans un vaste plan mondial de rationalisation de portefeuille et de recentrage sur ses marchés principaux, la direction générale locale s’est murée dans un silence de cimetière.
Pas de communication intentionnelle transparente. Par ailleurs, il n’y a pas eu de table ronde d’information pour éclairer les collaborateurs sur le nouveau organigramme, la stratégie industrielle du repreneur, ou encore la sanctuarisation de leurs conditions de travail sur le site de production de Douala-Bassa.
Pour les délégués du personnel, il s’agit là, d’un manque manifeste de considération de la part de la direction générale, incarnée par un management distant, sourd aux revendications de la base et hermétique à toute concertation paritaire. Dans la foulée, ils alertent sur une série de dérives graves touchant la gestion des fonds et des avantages sociaux historiques de l’entreprise.
Aussi, les sources de revenus traditionnelles de la mutuelle, notamment issues de la valorisation des déchets de l’usine, se trouvent de fait accaparées et gérées de manière discrétionnaire par la direction générale, qui s’arroge le pouvoir de décider de l’octroi des prêts ordinaires hérités de la période précédant l’ère Chococam tout en maintenant les fonds de la mutuelle dans la même caisse que celle de l’entreprise.
La part de l’employeur
D’autre part, les mécanismes d’aide et les indemnités de solidarité dus aux salariés en cas de départ de l’entreprise sont systématiquement refusés ou restreints, balayant les critères d’ancienneté pourtant entérinés par les usages et les textes en vigueur. De plus, malgré des dispositions contractuelles claires et des accords prévoyant le versement des parts employeur (parts A et B) aux salariés démissionnaires comptant plus de trois ans d’ancienneté, la direction générale s’est ouvertement affranchie de ces obligations en affirmant péremptoirement ne plus honorer ces paiements, provoquant une onde de choc parmi les nombreux employés contraints à des départs massifs.
«Lorsqu’on parle des parts A et B, il s’agit de la retraite complémentaire. Les Parts A et B s’expliquent ainsi qu’il suit: part A (part employeur) et part B (part employé). À partir de 03 ans, en cas de départ (sauf faute lourde), on paie les parts A+B. Mais chez nous, le DG a décidé de ne plus donner la part de l’employeur au mépris du contrat, parce qu’il est fâché de ce que les gens démissionnent», explique un employé.
Communication constructive
Face à ce que certains qualifient de mur de Berlin, les délégués du personnel ont multiplié des initiatives pour inverser la tendance. Un projet complet de protocole d’accord, visant à sanctuariser les droits acquis, à encadrer le passif social et à garantir la pérennité des régimes de prévoyance, a été rédigé et transmis aux instances dirigeantes locales ainsi qu’aux propriétaires en Afrique du Sud lors de leur passage en avril dernier au Cameroun, sans qu’aucune suite ni communication constructive n’en émane.
Les démarches entreprises auprès des instances de médiation n’ont guère prospéré. La saisine de l’Inspection du travail de Douala n’a accouché d’aucune avancée concrète, de même que l’intervention du ministère de tutelle où, en dépit d’une réception officielle, les sessions de travail programmées et l’examen paritaire du protocole d’accord soumis depuis le mois de mai s’ensevelissent dans l’inertie institutionnelle.
Face à cette absence les travailleurs exigent désormais des garanties écrites, formelles, vérifiables et irrévocables de la part des repreneurs avant la clôture définitive de la transaction sur le plan juridique et financier. Si n’y a pas la reprise en main d’un dialogue sincère et rapide pour restaurer la paix sociale, l’ombre d’une paralysie totale plane durablement sur l’usine de Douala-Bassa.
Cédric Boyomo



