(BFI) – L’ancien banquier Alphonse Nafack (ex-Directeur Général d’Afriland First Bank) a officiellement structuré le Douala Tech Park (DTP) sous la forme d’une Société par Actions Simplifiée (SAS) au Cameroun. Cette étape juridique marque l’évolution du projet, initialement inauguré en octobre 2024 comme un centre d’innovation pédagogique, vers une entité d’investissement et d’incubation technologique
Douala Tech Park s’est doté d’un véhicule juridique propre. Selon l’annonce légale publiée à la suite des actes constitutifs du 23 février 2026, le Douala Tech Park (DTP) prend la forme d’une société par actions simplifiée au capital de 5 millions de FCFA. Alphonse Nafack, figure connue du secteur bancaire camerounais pour avoir dirigé Afriland First Bank, en assure la présidence. Cette formalisation intervient plus d’un an après l’inauguration du centre technologique éponyme, en octobre 2024, sur le campus de JFN Hightech University Institute, à Bonamoussadi, dans le 5ᵉ arrondissement de la capitale économique.
Le périmètre d’activité inscrit dans les statuts de la nouvelle SAS traduit une ambition dépassant le simple hébergement d’entreprises. DTP peut mener des travaux de recherche et développement, déployer des plateformes technologiques, protéger l’innovation par le dépôt de brevets et accompagner les jeunes pousses via des programmes d’incubation et d’accélération. L’élément le plus stratégique figure toutefois en aval de cette chaîne de valeur : la société est habilitée à créer un fonds d’investissement destiné aux entreprises technologiques naissantes, un maillon souvent absent de l’écosystème camerounais.
Ce positionnement fait écho aux discours tenus lors de l’inauguration du centre, il y a un peu plus d’un an. Alphonse Nafack avait alors décrit l’ouverture du site de Bonamoussadi comme le premier jalon d’un projet plus large de technopôle à Douala. La constitution d’une SAS distincte, capable de porter des participations et d’attirer des tiers investisseurs, s’inscrit dans cette trajectoire. Elle permet également de séparer les activités académiques de JFN Hightech University Institute de la logique entrepreneuriale et financière du parc technologique.
Des zones d’ombre sur les moyens et le calendrier
L’annonce légale reste toutefois avare en indications opérationnelles. À ce stade, aucun élément public ne confirme la mise en place effective du fonds d’investissement mentionné dans les statuts. Ni les partenaires financiers, ni la taille cible, ni le calendrier de déploiement n’ont été communiqués. Le capital social de 5 millions de FCFA, environ 7 600 euros, correspond au seuil de constitution de la SAS et ne préjuge en rien du volume des ressources qui pourraient être mobilisées ultérieurement pour financer les activités du parc ou soutenir les start-up cibles.
Autre point non tranché : le sort juridique des équipements installés depuis l’ouverture du site en 2024. Le document publié ne précise pas si les infrastructures de formation technologique, de prototypage, d’incubation et d’accélération déjà opérationnelles seront transférées à la nouvelle société ou demeureront la propriété de JFN Center. Cette question de titularité conditionnera pourtant la capacité de DTP à valoriser un actif tangible face à d’éventuels investisseurs institutionnels ou bailleurs de fonds intéressés par l’écosystème numérique d’Afrique centrale.
Un pari privé dans un écosystème camerounais fragmenté
La démarche d’Alphonse Nafack se distingue par son ancrage privé, à rebours des initiatives largement portées par l’État ou les bailleurs internationaux dans la sous-région. Le Cameroun compte plusieurs centres d’incubation, mais l’accès au capital d’amorçage demeure l’un des goulets d’étranglement identifiés par les entrepreneurs technologiques locaux. En intégrant dès la conception un véhicule d’investissement dans l’architecture du technopôle, le fondateur cherche à combler ce chaînon manquant entre l’idéation, le prototypage et la mise sur le marché.
Reste à convertir l’ambition statutaire en réalité économique. Le succès de DTP dépendra de sa capacité à attirer des co-investisseurs, à structurer une gouvernance crédible pour un fonds de capital-risque et à générer un flux régulier de projets bancables. L’expérience bancaire du président fondateur, ses réseaux dans la place financière de Douala et ses partenariats académiques déjà noués, notamment avec Google pour un programme cloud lancé en 2021, constituent des atouts. Ils ne suffiront pas à eux seuls sans un tour de table conséquent et une équipe de gestion dédiée.
Omer Kamga




