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Akinwumi Adesina, ex-président de la BAD, prend la tête d’un fonds diamantifère au Botswana

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Le mandat confié à Adesina s’inscrit dans une dynamique de refonte du modèle économique botswanais. Le pays d’Afrique australe, longtemps cité comme exemple de gouvernance des ressources extractives, cherche désormais à consolider un véhicule d’investissement public capable d’amortir les chocs du marché diamantifère et de financer la diversification de l’économie. Le choix d’une figure de la stature de l’ancien patron de la BAD traduit la volonté d’inscrire ce fonds dans une trajectoire panafricaine plutôt que strictement nationale.

Le Botswana tire historiquement plus de 80 % de ses recettes d’exportation du diamant brut, exploité en partenariat avec De Beers via la coentreprise Debswana. Cette manne, qui a propulsé le pays parmi les économies à revenu intermédiaire supérieur, montre toutefois ses limites. La concurrence des pierres synthétiques, le ralentissement de la demande en Chine et la volatilité des cours pèsent désormais sur les comptes publics. Gaborone enregistre depuis 2024 une contraction de ses recettes minières, exposant la fragilité d’un modèle mono-exportateur.

La création d’un fonds dédié vise à canaliser les revenus diamantifères vers des placements diversifiés, à l’image du norvégien Government Pension Fund Global ou du botswanais Pula Fund, déjà existant mais jugé d’envergure limitée. Le nouveau véhicule devrait articuler une poche de stabilisation budgétaire, une poche d’épargne intergénérationnelle et un volet d’investissement productif orienté vers les infrastructures, l’agro-industrie et la transition énergétique. Le dimensionnement précis n’a pas été communiqué.

L’arrivée d’Akinwumi Adesina à la présidence apporte au véhicule botswanais un capital symbolique et relationnel considérable. À la tête de la BAD entre 2015 et 2025, le Nigérian a piloté la cinquième augmentation générale du capital de l’institution, porté à 318 milliards de dollars, et déployé l’initiative Mission 300, destinée à raccorder 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. Son passage à Abidjan lui a permis de tisser un réseau dense parmi les bailleurs multilatéraux, les fonds souverains du Golfe et les investisseurs institutionnels asiatiques.

Pour Gaborone, ce profil offre un raccourci diplomatique. Le fonds doit lever des capitaux complémentaires et nouer des partenariats avec des gestionnaires d’actifs de premier plan, à un moment où la concurrence pour l’épargne longue s’intensifie sur le continent. La présence d’Adesina facilite par ailleurs l’ancrage du véhicule dans les enceintes africaines, notamment auprès de l’Union africaine et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont il fut un avocat constant.

La nomination intervient dans un contexte où plusieurs États du continent cherchent à reprendre la main sur la valorisation de leurs ressources. Le Botswana a, en 2023, renégocié son accord avec De Beers pour relever la part de production commercialisée par l’Okavango Diamond Company, l’opérateur public, de 25 % à 30 %, avec une trajectoire vers 50 % à l’horizon 2033. La structuration du fonds prolonge cette logique de souveraineté économique, en captant en aval la rente que l’État parvient désormais à mieux maîtriser en amont.

Reste à définir l’architecture de gouvernance. Les fonds souverains africains, du Fonds gabonais d’investissements stratégiques au Fonds souverain d’investissements stratégiques sénégalais, peinent souvent à concilier autonomie de gestion, redevabilité publique et performance financière. La crédibilité d’Adesina, son indépendance affichée et sa connaissance des standards internationaux, dont les principes de Santiago, seront scrutées par les agences de notation et les partenaires techniques. Concrètement, la phase de structuration devra trancher les questions de mandat d’investissement, de gestion déléguée et de mécanismes de contrôle parlementaire.

L’enjeu dépasse Gaborone. Si le véhicule parvient à conjuguer rigueur prudentielle et utilité développementale, il pourrait servir de modèle aux producteurs de matières premières africains confrontés à la même équation.

Rédaction
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