AccueilFinanceConjonctureLa Patronat dresse un bilan alarmant de l’économie camerounaise

La Patronat dresse un bilan alarmant de l’économie camerounaise

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Dette publique, baisse de l’investissement, coût du crédit, difficultés d’approvisionnement en électricité et dégradation des infrastructures : le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM) a dressé le jeudi 10 septembre 2026 un tableau préoccupant de la conjoncture économique, à l’occasion de sa rentrée économique à Yaoundé. L’organisation patronale a notamment alerté sur le ralentissement de la croissance, avec un PIB attendu à 3,5 %, selon les données présentées lors de cette rencontre. Le secteur tertiaire affiche une progression de 4,6 %, contre 1,7 % pour l’agriculture et 2,0 % pour l’industrie.

Pour le Gecam, ce déséquilibre entre les secteurs pose la question de la capacité du Cameroun à renforcer sa production locale et à atteindre les objectifs fixés dans sa Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 (SND30).

À l’ouverture des travaux, le président du GICAM a dressé l’état des lieux des principaux défis de l’industrie nationale. L’approvisionnement électrique domine les débats. Les perturbations continuent de peser lourdement sur l’activité des entreprises. Avec une demande qui grimpe de 6 % par an, le réseau électrique accuse un déficit récurrent de 300 à 400 MW aux heures de pointe. Les délestages chroniques et l’instabilité du réseau forcent les industries à recourir à des générateurs thermiques privés. Cela alourdit considérablement leurs charges opérationnelles.

Principaux points de crispation du patronat

Célestin Tawamba, tire la sonnette d’alarme sur l’état désastreux des routes au Cameroun, qu’il qualifie de frein majeur pour l’économie et le climat des affaires. Le patronat dénonce une situation intenable où seulement 10 % à 15 % du réseau routier national est bitumé.

Le Président du Gecam juge « inconcevable que les deux plus grandes villes [Douala et Yaoundé] soient reliées par seulement 60 km d’autoroutes, alors que le reste du réseau routier est dans un état déplorable ». Une étude du cabinet d’expertise SECUROUTE confirme que la mauvaise qualité des chaussées génère des pertes colossales pour les entreprises (hausses des coûts de transport, pannes de véhicules et retards de livraison). Ce calvaire routier est lourdement aggravé par un excès de contrôles administratifs et de barrages routiers. Ces arrêts intempestifs ralentissent les flux logistiques et plombent la compétitivité. Les axes majeurs (notamment les Nationales 3 et 5) figurent parmi les plus meurtriers d’Afrique, enregistrant environ 2 000 décès par an, ce qui pose un problème de sécurité publique évident pour les employés et les marchandises.

La crise énergétique : le premier facteur de paralysie

L’énergie est le moteur de toute activité industrielle et commerciale. Quand elle fait défaut, toute la chaîne de production s’effondre. Les coupures intempestives interrompent brutalement la production, endommagent les équipements industriels et entraînent des pertes sèches de marchandises (notamment dans la chaîne du froid).

Pour pallier les défaillances du réseau public, les entreprises doivent investir dans des générateurs de secours (groupes électrogènes). Le coût du carburant (gasoil) alourdit considérablement leurs charges opérationnelles. Face à des concurrents internationaux bénéficiant d’une énergie stable et bon marché, les entreprises locales ne peuvent pas rivaliser sur les prix.

Un effondrement redouté des investissements publics

L’inquiétude du Gecam s’est accentuée face aux derniers arbitrages budgétaires. Le patronat dénonce un véritable effondrement de l’investissement public, marqué par une chute de 74,4 % des dépenses d’investissement au premier trimestre 2026 (tombées à 45 milliards FCFA contre 175,5 milliards un an plus tôt).

Aujourd’hui, le budget de l’État camerounais est absorbé à 79,2 % par les dépenses de fonctionnement, ne laissant que 20,8 % pour les investissements (contre 34,9 % il y a dix ans). Face à ce modèle jugé « à bout de souffle », le patronat exige une réorientation stricte dans la loi de finances pour réhabiliter d’urgence les axes vitaux du pays.

Un ralentissement marqué de la croissance

La croissance du pays est tombée à 3,1 %, loin des prévisions initiales de la Loi de Finances (4,3 %) et des projections du FMI (3,3 %). Un rythme jugé incompatible avec les ambitions d’émergence du pays. Bien que producteur de brut, le Cameroun subit de plein fouet les coûts de l’importation de carburants raffinés. Les recettes pétrolières ont ainsi chuté de 35 % au premier trimestre 2026.

André Noir

Rédaction
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