(BFI) – Le Sénégal a dévoilé, mardi 1er septembre, un programme de sauvetage négocié avec le FMI, devant aboutir à la restructuration d’euro-obligations pour un montant de près de 5 milliards de dollars. À court terme, toutefois, Dakar souhaite rassurer les investisseurs. Le gouvernement continuera d’honorer ses engagements « pour le moment », a déclaré jeudi Alioune Diouf, directeur de la dette publique (en photo), lors d’un point presse. Cet engagement inclut le paiement d’un coupon d’euro-obligation prévu pour le 13 septembre.
Cette situation diffère des précédents cas. La Zambie, le Ghana et l’Éthiopie — les trois pays ayant eu recours au « Cadre commun » du G20 pour restructurer leur dette — avaient tous cessé d’honorer leurs obligations durant les négociations. Ces suspensions de paiement avaient entraîné des défauts sur leurs obligations libellées en dollars.
Un test pour le Cadre commun réformé
Le processus sénégalais pourrait servir de cas test pour une version « améliorée » du Cadre commun, a indiqué aux investisseurs le ministre des Finances, Cheikh Diba. Les réformes prévoient notamment des délais plus courts, un partage d’informations plus précoce et des discussions menées en parallèle avec les différents groupes de créanciers, plutôt que des négociations séquentielles.
Une réunion d’information organisée sous l’égide du FMI rassemblera ainsi, pour la première fois depuis la création du mécanisme il y a six ans, des créanciers multilatéraux, bilatéraux officiels et privés. Cette rencontre aura lieu une fois que les travaux techniques sur la viabilité de la dette auront suffisamment progressé.
Des incertitudes subsistent
Dakar a annoncé que la dette libellée en francs CFA serait exclue de la restructuration. Toutefois, une incertitude demeure concernant les *total-return swaps* (swaps de rendement total) — des instruments assimilables à de la dette — que le Sénégal a conclus avec des institutions telles que la First Abu Dhabi Bank et l’Africa Finance Corporation. Ces swaps sont adossés à des emprunts en monnaie locale. Ni la banque émiratie ni l’institution panafricaine n’ont fait de commentaire.
L’absence de monnaie nationale propre prive également le Sénégal d’un outil traditionnel d’ajustement économique. Contrairement à la Zambie, au Ghana et à l’Éthiopie, le Sénégal ne peut pas dévaluer sa monnaie pour soutenir ses exportations, ce qui fait peser une plus grande part de l’ajustement sur la politique budgétaire.
Le pays évolue néanmoins au sein d’une union monétaire aux fondamentaux extérieurs relativement solides. Les réserves de change de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) s’élèvent à plus de 38 milliards de dollars, soit l’équivalent d’environ six mois d’importations. Par ailleurs, le franc CFA conserve une parité fixe avec l’euro. Sur les marchés financiers, l’annonce a provoqué une chute immédiate de la dette sénégalaise, qui s’échangeait déjà à des niveaux reflétant une situation de grande fragilité. Les obligations à échéance 2048 ont toutefois regagné 2 cents jeudi pour s’établir à 51,18 cents. Les opérateurs ont attribué ce mouvement principalement à des rachats de positions courtes plutôt qu’à une amélioration des fondamentaux du Sénégal.




