AccueilSecteursEconomie4 895 milliards de Fcfa de financement au Cameroun

4 895 milliards de Fcfa de financement au Cameroun

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Le chiffre communiqué par la CAA dans sa note de conjoncture de mars 2026 impressionne : il équivaut à 14,1 % du produit intérieur brut camerounais. Reste que cette enveloppe ne se traduit pas mécaniquement par une charge budgétaire équivalente. Le tableau qui sous-tend l’estimation recense d’abord les montants d’investissement associés aux projets, non les décaissements que l’État devra assumer. L’exposition réelle du Trésor dépendra des clauses de chaque contrat, du partage des risques et des recettes qu’engendreront les infrastructures.

Certains montages reposent sur les redevances payées par les usagers. D’autres prévoient des loyers publics, des garanties de revenus, des compensations en cas de fréquentation insuffisante, voire des obligations de rachat ou des indemnités de résiliation. Autant de mécanismes qui, s’ils sont activés, ramènent au budget une part du risque théoriquement transféré au partenaire privé. La CAA précise également que son estimation n’intègre pas l’enveloppe globale de 5 400 milliards de FCFA annoncée pour la liaison ferroviaire Cameroun-Congo, projet transfrontalier dont le coût ne saurait être imputé au seul Trésor camerounais.

Polygone SARL devra apprécier la capacité des banques commerciales, des compagnies d’assurances, des fonds de pension, de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) et du marché financier régional à absorber les besoins de long terme des PPP camerounais. Pour les prêteurs, l’analyse portera sur les taux d’intérêt pratiqués, les maturités disponibles, les devises mobilisables, les garanties exigées et les principales clauses contractuelles. Pour les apporteurs de fonds propres, elle scrutera les rendements attendus et les modalités de sortie.

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sera examinée non comme prêteur direct, mais au titre de son cadre monétaire et prudentiel. Ses règles conditionnent en effet la capacité des banques commerciales à immobiliser des ressources sur quinze, vingt ou trente ans, horizon typique des infrastructures. Le consultant devra aussi recenser les bailleurs multilatéraux, bilatéraux et privés susceptibles d’intervenir, ainsi que les instruments mobilisables : crédits bancaires, fonds propres, garanties, obligations, financement mixte, finance islamique et finance climatique.

L’enjeu consiste à distinguer les projets finançables sur le marché national ou sous-régional de ceux qui exigeront un recours aux ressources internationales. L’étude devra également identifier les mécanismes de rehaussement de crédit susceptibles d’attirer les investisseurs les plus prudents. Concrètement, il s’agit de résoudre un problème de bancabilité : figurer dans le portefeuille du CARPA ne garantit pas qu’un projet trouvera preneur auprès des marchés.

La feuille de route attendue de Polygone SARL devra aider l’État à mieux préparer les dossiers avant leur mise sur le marché, à définir les sources de remboursement et à répartir plus clairement les risques entre administrations, opérateurs privés et financeurs. Le décalage entre la durée de vie des infrastructures et celle des ressources bancaires disponibles constitue l’obstacle central. Les projets routiers, ferroviaires, énergétiques ou hydrauliques réclament des maturités bien supérieures à celles que les banques locales acceptent habituellement de porter.

Le développement des PPP au Cameroun dépendra donc de la capacité des autorités à orchestrer la coopération entre banques commerciales, investisseurs institutionnels, bailleurs internationaux et Bourse régionale. Une équation délicate : la multiplication des garanties souveraines destinées à sécuriser les prêteurs pourrait transformer, à terme, ce qui se présente comme un financement privé en engagements différés pesant sur le budget de l’État. L’étude confiée à Polygone SARL ne constitue pas encore une réforme, mais un diagnostic préalable. La difficulté ne se réduit pas à mobiliser davantage de capitaux privés ; elle consiste surtout à calibrer les garanties publiques sans vider les PPP de leur logique de partage des risques.

Rédaction
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