AccueilSecteursAgricultureAu Cameroun, les exportations chutent de 23,6 % au premier trimestre 2026

Au Cameroun, les exportations chutent de 23,6 % au premier trimestre 2026

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La filière cacao, devenue en 2025 le premier poste d’exportation du pays, encaisse le choc le plus violent. Ses recettes tombent à 199,3 milliards de FCFA entre janvier et mars 2026, contre 319,9 milliards un an auparavant. La perte, de 120,6 milliards, représente à elle seule près des deux tiers du repli global des exportations camerounaises. En pourcentage, la chute atteint 37,7 % en glissement annuel.

Ce décrochage épouse un retournement brutal du marché mondial. La Banque mondiale relève que le cours de référence du cacao est passé de 8,08 dollars le kilogramme en mars 2025 à 3,24 dollars en mars 2026, soit une baisse de près de 60 %. Ces prix internationaux ne reflètent pas nécessairement le tarif effectif obtenu par les exportateurs camerounais, mais la corrélation demeure évidente. En l’absence des volumes précis expédiés sur la période, la ventilation entre effet-prix et effet-quantité ne peut être établie avec certitude.

Le pétrole brut affiche une configuration paradoxale. Alors que le cours du Brent a bondi de 42,8 % sur un an, à 103,7 dollars le baril en mars 2026, les recettes camerounaises reculent de 14,4 %, à 152,4 milliards de FCFA. Même trajectoire pour le gaz naturel liquéfié : malgré une progression de 35,3 % du prix européen de référence, à 17,91 dollars par million de BTU, les ventes camerounaises se contractent de 28,4 %, à 59,9 milliards. Cette divergence pointe une érosion des volumes que les seuls indicateurs de valeur ne permettent pas encore de quantifier.

Au-delà du trio cacao-pétrole-gaz, la dégradation touche plusieurs autres filières. Les recettes issues du bois et de ses ouvrages perdent 11,5 %, celles du caoutchouc brut 16,7 %, et le café recule de 17,6 %. Le cas de l’aluminium est particulièrement révélateur : ses ventes s’effondrent de plus de 53 %, quand le cours international du métal a pourtant progressé de 26,9 % entre mars 2025 et mars 2026. Là encore, l’hypothèse d’un tassement des volumes exportés s’impose.

Quelques filières résistent à cette tendance baissière. Le coton progresse de 57,5 %, à 21,1 milliards de FCFA, contre 13,4 milliards un an plus tôt. Les bananes et plantains gagnent 27,9 %, tandis que les savons de ménage voient leurs recettes croître de 16,8 %. Ces performances restent toutefois insuffisantes pour compenser l’effondrement des locomotives traditionnelles du commerce extérieur camerounais.

Les importations ont elles aussi diminué, passant de 1 464,4 à 1 226,5 milliards de FCFA, soit un repli de 16,2 %, ou 237,9 milliards en valeur absolue. La contraction touche notamment les céréales, les poissons et crustacés, les équipements électriques et les produits pharmaceutiques. Mécaniquement, le déficit commercial s’est réduit de 50,8 milliards, s’établissant à 619,6 milliards de FCFA contre 670,4 milliards un an auparavant.

Cette amélioration comptable masque une détérioration plus profonde. Le taux de couverture des importations par les exportations recule de 54,2 % à 49,5 %. Concrètement, chaque tranche de 100 FCFA consacrée aux importations n’est désormais financée qu’à hauteur de 49,5 FCFA par les recettes extérieures, contre 54,2 FCFA un an plus tôt. La dépendance aux financements externes s’en trouve accrue. Le choc du premier trimestre prolonge une trajectoire déjà baissière. L’Institut national de la statistique avait mesuré un repli de 5,2 % des exportations en 2025, à 3 084 milliards de FCFA. Le cacao pesait alors 38,5 % des recettes extérieures, devant le pétrole brut (22,9 %) et le gaz naturel liquéfié (11,4 %). Une concentration qui, au regard des chiffres du CNEF, reste le principal facteur de vulnérabilité du commerce extérieur camerounais.

Omer Kamga

Rédaction
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