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Le Cameroun ouvre des enquêtes approfondies pour reprendre le contrôle du secteur aurifère

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Cette annonce intervient dans un contexte marqué par la multiplication des sites d’exploitation irrégulière, les accidents mortels et les atteintes à l’environnement. Dans cette partie du pays, l’orpaillage attire depuis plusieurs années des exploitants nationaux et étrangers, mais aussi des opérateurs travaillant en marge de la réglementation.

Réunis autour du ministre de l’Administration territoriale, les autorités administratives, les forces de maintien de l’ordre, les responsables du secteur minier et les représentants des exploitants ont dressé un état des lieux préoccupant. Paul Atanga Nji a dénoncé des autorisations irrégulières, des pratiques de trafic d’influence et le non-respect des textes encadrant l’activité minière.

Selon les rapports transmis par les autorités régionales, plusieurs décès ont été enregistrés ces dernières années sur des sites miniers ou à leurs abords. Le ministre a évoqué des « morts de trop » et appelé les acteurs concernés à coopérer avec les enquêteurs afin d’établir les responsabilités. « Il vaut mieux travailler en toute légalité », a-t-il insisté.

Au-delà de la dimension sécuritaire, l’affaire pose une question économique majeure : celle du contrôle réel de la production aurifère et des recettes que l’État est censé tirer du secteur. L’exploitation artisanale et semi-mécanisée de l’or est encadrée par le Code minier, qui impose des autorisations, des obligations fiscales et des règles de remise en état des sites.

Or, selon les autorités, de nombreux sites fonctionnent encore sans respect strict de ces exigences. Les dérives dénoncées portent notamment sur l’occupation anarchique des espaces, la transformation de certains permis en activités d’exploitation non conformes, la déforestation, la pollution des cours d’eau et l’abandon de carrières ouvertes après extraction. Ces pratiques transforment progressivement certaines localités minières en zones à risques. Les trous profonds laissés sans réhabilitation exposent les populations aux éboulements, aux noyades et aux accidents, surtout en période de pluie. Elles fragilisent également les terres agricoles et les cours d’eau dont dépendent les communautés riveraines.

Pour apprécier la situation sur le terrain, Paul Atanga Nji a effectué, dans l’après-midi du 2 juin 2026, une visite inopinée sur le site aurifère de Gounté, dans l’arrondissement de Mandjou, département du Lom-et-Djérem. Accompagné des autorités administratives, des responsables sécuritaires et des services techniques compétents, il y a observé les méthodes d’exploitation, les conditions de travail et les risques liés à la gestion des sites après extraction. Cette mission intervient alors que le gouvernement a déjà engagé une offensive contre les exploitations illégales dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique a notamment publié une liste de sociétés opérant dans l’illégalité et fixé des conditions de conformité pour une éventuelle reprise des activités.

L’enjeu dépasse donc la seule répression. Il s’agit pour l’État de restaurer la traçabilité de la production, de sécuriser les sites, de protéger les populations et de limiter les pertes fiscales liées aux circuits informels. Dans un secteur où l’or peut constituer une source importante de recettes publiques, la persistance des exploitations clandestines fragilise à la fois l’économie locale, les finances publiques et l’environnement.

Les enquêtes annoncées devront permettre d’identifier les responsabilités, mais aussi de clarifier la chaîne de contrôle : délivrance des autorisations, suivi des sites, obligations fiscales, sécurité des travailleurs et réhabilitation des carrières. Leur crédibilité dépendra de la publication de résultats concrets et de sanctions effectives contre les opérateurs en infraction, quel que soit leur niveau d’influence.

Pour les autorités, l’objectif affiché est de garantir une exploitation aurifère plus sûre, plus transparente et plus respectueuse de l’environnement. Mais pour les populations de l’Est, souvent exposées aux risques sans bénéficier pleinement des retombées économiques, la question reste plus directe : l’or de leur région peut-il enfin être exploité sans mettre en danger leurs vies, leurs terres et leurs cours d’eau ?

Rédaction
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