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Au Cameroun, le gouvernement engage un audit des allocations familiales après une hausse de 55 % des enfants déclarés

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L’objectif affiché est clair : vérifier l’authenticité des enfants déclarés dans le fichier solde, identifier les éventuelles irrégularités et recouvrer, le cas échéant, les montants indûment versés. Pour le ministère des Finances, cette opération s’inscrit dans la stratégie plus large de maîtrise de la dépense salariale publique.

Le signal d’alerte vient de l’évolution rapide du nombre d’enfants déclarés par les agents de l’État. Selon les données présentées par le ministère des Finances, ce nombre est passé de 594 728 en juin 2024 à plus de 923 000 en mars 2026, soit une hausse d’environ 55 % en moins de deux ans. Une progression jugée suffisamment atypique pour justifier un audit national.

Cette dynamique intervient dans un contexte marqué par la revalorisation des allocations familiales, portées en février 2024 à 4 500 FCFA par enfant à charge et par mois. Si cette mesure répond à un objectif social, elle a aussi accru l’enjeu budgétaire lié à la fiabilité des déclarations enregistrées dans le fichier solde.

Selon Louis Paul Motaze, l’opération AALFA ne vise pas à remettre en cause le droit aux allocations familiales des agents publics régulièrement éligibles. Elle doit plutôt permettre « d’extirper du fichier solde tous les enfants alignés frauduleusement et de recouvrer les sommes indûment payées au titre de ces derniers ».

Concrètement, les vérifications porteront notamment sur l’authenticité des actes de naissance, la conformité des pièces justificatives et la cohérence des informations déclarées. L’administration entend ainsi repérer les doublons, les déclarations irrégulières ou les cas d’enfants inscrits sans base documentaire fiable.

L’opération s’inscrit dans la continuité des actions déjà engagées par l’État pour assainir la solde publique. Le comptage physique des agents publics réalisé en 2018 est présenté par le ministère des Finances comme l’une des opérations ayant permis de générer d’importantes économies annuelles. D’autres contrôles ont également été menés sur les pensions, les ayants droit et certaines catégories de bénéficiaires.

Avec AALFA, l’État cible une composante plus spécifique de la dépense salariale : les charges familiales. Moins visibles que les salaires de base ou les pensions, elles peuvent toutefois peser significativement sur les finances publiques lorsque le fichier des bénéficiaires n’est pas régulièrement contrôlé.

Créé par arrêté en juillet 2024, le comité chargé de conduire cette opération regroupe plusieurs administrations concernées par la solde, la fonction publique, la défense, la sécurité nationale, l’administration territoriale et l’état civil. Cette architecture interministérielle vise à croiser les bases de données, sécuriser les contrôles et réduire les marges de fraude documentaire.

L’opération est prévue sur une période de 24 mois. Elle commencera par la collecte et la vérification systématique des actes de naissance des enfants déclarés par les agents publics en activité. Les administrations impliquées devront collaborer afin de fiabiliser les résultats et d’éviter que les mêmes irrégularités ne se reproduisent.

Au-delà de sa dimension technique, cet audit pose une question sensible : comment concilier rigueur budgétaire et protection sociale des agents publics ? Pour le gouvernement, l’enjeu est de réduire les pertes liées aux fraudes sans priver les bénéficiaires réguliers de leurs droits. En d’autres termes, assainir le fichier sans fragiliser les ménages légalement éligibles.

Dans un contexte de pression persistante sur les finances publiques, la crédibilité de l’opération dépendra autant de la qualité des contrôles que de la transparence des procédures. L’État devra démontrer que l’audit ne se limite pas à une opération ponctuelle, mais qu’il débouche sur un mécanisme durable de sécurisation du fichier solde.

Rédaction
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