(BFI) – Le Cameroun a pris la présidence de l’Association des agences anticorruption du Commonwealth en Afrique (AAACoA) pour la période 2026-2027, plaçant ainsi le pays au cœur des réformes de gouvernance régionales axées sur l’intelligence artificielle, la responsabilité institutionnelle et la confiance des investisseurs.
Le président de la Commission nationale anticorruption du Cameroun (CONAC), le révérend docteur Dieudonné Massi Gams, a été élu à l’issue de la 16e Conférence régionale du Commonwealth des chefs des agences anticorruptions en Afrique, qui s’est tenue à Yaoundé le 8 mai 2026. Son élection confère au Cameroun un rôle de premier plan dans l’élaboration des stratégies anticorruption au sein du Commonwealth africain au cours des douze prochains mois.
Dans un entretien accordé au Cameroon Tribune, Massi Gams a présenté trois priorités pour son mandat : le renforcement des réformes en cours au sein des institutions anticorruptions, la mise en avant des femmes et des jeunes dans les campagnes d’intégrité et le déploiement d’outils d’intelligence artificielle pour améliorer la transparence et la détection des fraudes.
La conférence s’est conclue par des recommandations exhortant les organismes africains de lutte contre la corruption à adopter des systèmes basés sur l’IA, à approfondir le partage de renseignements, à étendre les réformes de la gouvernance électronique et à renforcer la coopération en matière de recouvrement d’avoirs et de lutte contre les flux financiers illicites. Massi Gams a déclaré que l’organisation entendait assurer la continuité au sein des institutions anticorruptions plutôt que de dépendre des changements de direction ou d’administration. « La lutte contre la corruption ne peut dépendre des changements de personnalités ou d’administration. Elle doit être institutionnelle, continue et durable. Nous devons consolider les acquis et veiller à ce que les efforts déployés aujourd’hui portent leurs fruits pour les générations futures », a affirmé Massi Gams lors de l’entretien.
Le nouveau président de l’AAACoA a indiqué que la présidence camerounaise intervenait à un moment où les gouvernements africains lient de plus en plus les réformes de la gouvernance à la compétitivité économique, à la transformation numérique et à l’efficacité du secteur public. Il a ajouté que l’IA jouerait un rôle stratégique dans l’amélioration des enquêtes, le contrôle des transactions publiques et la réduction des pratiques discrétionnaires au sein des services de l’État. « L’intelligence artificielle peut nous aider à détecter plus rapidement les fraudes, à améliorer la transparence des marchés publics, à surveiller les transactions financières suspectes, à renforcer les enquêtes et à réduire le pouvoir discrétionnaire humain dans la prestation des services publics. La technologie doit devenir l’alliée de l’intégrité », a déclaré Massi Gams.
Gouvernance, réformes numériques et investissements
La conférence de Yaoundé a appelé les gouvernements africains du Commonwealth à accélérer la mise en place de systèmes de passation de marchés électroniques, de plateformes de paiement et de déclaration des impôts en ligne, ainsi que la numérisation des services publics afin de réduire les contacts humains directs dans les procédures administratives. Les délégués ont également encouragé une collaboration plus étroite entre les gouvernements, les organisations de la société civile, le secteur privé, le monde universitaire et les partenaires internationaux au développement pour prévenir la corruption et améliorer la redevabilité publique.
Massi Gams a indiqué que le Cameroun aurait besoin d’une large coordination institutionnelle pour mettre en œuvre les recommandations de la conférence, notamment du soutien du Programme pour l’accélération de la transformation numérique du Cameroun (PATNUC), des réseaux parlementaires anticorruption, des clubs de jeunes pour l’intégrité et des associations de femmes.
Selon le président de la CONAC, le nouveau rôle de chef de file du pays pourrait renforcer la coopération avec des institutions telles que le Secrétariat du Commonwealth, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, l’Union africaine, la Banque mondiale et les agences bilatérales de développement. De tels partenariats, a-t-il déclaré, pourraient soutenir la modernisation institutionnelle, l’infrastructure numérique de lutte contre la corruption, les outils d’enquête médico-légale et la formation du personnel au sein de la CONAC et des institutions apparentées.
Massi Gams a ajouté que le Cameroun pourrait tirer parti de sa présidence pour se positionner parmi les premiers pays africains à adopter des systèmes anticorruptions basés sur l’IA, notamment dans les secteurs exposés à la fraude aux marchés publics et aux irrégularités financières. « Présider l’Association confère au Cameroun une plus grande visibilité dans les cercles de gouvernance et un rôle influent au sein du Commonwealth africain. Une image plus solide en matière de lutte contre la corruption peut renforcer la confiance des investisseurs, car les investisseurs internationaux et les partenaires au développement évaluent souvent les indicateurs de gouvernance avant d’engager des ressources », a-t-il affirmé.
La conférence a également souligné l’importance de la prévention par l’éducation à l’éthique et les campagnes de sensibilisation du public, ainsi que par le renforcement des mécanismes de traçage des flux financiers illicites et de recouvrement des avoirs publics volés et dissimulés à l’étranger. Massi Gams a indiqué que les jeunes et les femmes resteraient au cœur du plan d’action de l’association durant la présidence camerounaise. Il a déclaré que les femmes représentent des piliers d’intégrité dans les sociétés africaines, tandis que les jeunes incarnent la créativité, l’énergie et l’intelligence numérique du continent. Selon lui, le renforcement de ces groupes consoliderait les efforts de transparence et de responsabilisation dans toute l’Afrique du Commonwealth.
La présidence camerounaise de l’association intervient alors que les gouvernements africains continuent d’intégrer des systèmes de gouvernance numérique dans les réformes de l’administration publique visant à améliorer la transparence, la prestation des services publics et la perception des investisseurs.
Paul Nkala




