(BFI) – L’Agence camerounaise de promotion des investissements (API) a lancé une campagne nationale de sensibilisation au nouveau régime d’incitations à l’investissement. Ce régime vise à accélérer l’approbation des projets et à réduire l’écart entre les investissements promis et les investissements réalisés dans le cadre de l’ancien système.
La réforme, introduite par l’Ordonnance n° 2025/002 du 18 juillet 2025, raccourcit les délais d’approbation, renforce les incitations fiscales et douanières et, pour la première fois, étend ces avantages aux entreprises publiques opérant dans des secteurs concurrentiels.
L’API a organisé récemment à Yaoundé son premier atelier de sensibilisation, réunissant des entreprises publiques et privées, des missions diplomatiques et des partenaires au développement. Des représentants de l’API, de l’administration douanière et de l’administration fiscale ont présenté les incitations fiscales, douanières et administratives offertes par le nouveau régime.
Depuis l’entrée en vigueur de l’ordonnance en juillet 2025, 36 conventions d’investissement ont été signées dans le cadre du nouveau dispositif, représentant des investissements projetés d’environ 7 000 milliards de Fcfa et la création d’environ 350 000 emplois, selon l’IPA. Le directeur général par intérim de l’agence, Boma Donatus, a déclaré que la réforme visait à aligner la politique d’investissement du Cameroun sur la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30), tout en améliorant la compétitivité et en accélérant les procédures d’approbation. « Les secteurs identifiés sont des secteurs stratégiques où le gouvernement souhaite attirer les investissements directs étrangers et accélérer la transformation structurelle », a précisé M. Donatus.
L’ordonnance cible huit secteurs considérés comme essentiels à la transformation économique, notamment l’agriculture et l’agro-industrie, l’énergie, les infrastructures de transport, les activités maritimes, l’industrie et la métallurgie. Elle introduit également des incitations différenciées en fonction de la taille des projets et des critères d’éligibilité, tout en intégrant les partenariats public-privé (PPP) et les zones économiques spéciales dans un cadre juridique unique.
Selon l’IPA, les mesures comprennent des crédits d’impôt progressifs, des mécanismes d’amortissement accéléré, des facilités douanières et des incitations ciblées pour les opérateurs des zones économiques spéciales et les entreprises impliquées dans des projets de partenariat public-privé (PPP). L’agence a indiqué que l’objectif est de réduire les coûts d’investissement, de renforcer les chaînes de valeur locales et d’encourager la production tournée vers l’exportation.
Un élément central de la réforme est la création d’un guichet unique qui devrait approuver les demandes d’investissement en 10 jours, contre environ 25 jours auparavant. « Ramener ce délai à 10 jours est une preuve manifeste de la volonté du gouvernement d’améliorer le climat des investissements », a déclaré M. Boma. Cette réforme intervient après que l’IPA a constaté d’importantes lacunes dans la mise en œuvre de la loi sur les investissements de 2013.
Les données présentées lors de l’atelier ont montré qu’entre janvier 2014 et juillet 2025, le Cameroun a signé 462 accords d’investissement représentant près de 15 000 milliards de Fcfa d’investissements projetés et près de 200 000 emplois prévus. Toutefois, une évaluation de l’IPA portant sur 158 entreprises entre janvier 2014 et mars 2024 a montré que les investissements réalisés n’ont atteint qu’environ 1 900 milliards de Fcfa, contre environ 2 744 milliards de Fcfa initialement prévus. La création d’emplois a également été inférieure aux prévisions, avec seulement 16 017 emplois créés contre 72 055 attendus. L’agence a également identifié des faiblesses opérationnelles parmi les entreprises agréées, notamment une dépendance croissante au financement par emprunt, des ratios de liquidité faibles et des blocages administratifs récurrents.
Parmi les autres contraintes citées figurent une numérisation limitée, des difficultés d’accès au foncier, des pénuries d’énergie et des problèmes de conformité. « Ces chiffres témoignent de progrès importants en matière de création industrielle et d’appropriation technologique, mais ils révèlent également un écart notable entre les objectifs et leur mise en œuvre effective », a déclaré Boma. Un autre changement majeur apporté par l’ordonnance est l’extension des incitations aux entreprises publiques opérant dans les secteurs commerciaux, leur permettant de bénéficier des mêmes régimes d’exemption que les investisseurs privés, sous réserve de conditions d’éligibilité. La réforme instaure également des obligations de déclaration plus strictes et crée un comité d’audit et d’appel chargé de superviser sa mise en œuvre et de traiter les réclamations des investisseurs. « Elle rassure les investisseurs grâce à l’éventail d’incitations proposées lors des phases d’installation et d’exploitation des projets », a déclaré M. Boma.
L’IPA a ajouté que le guichet unique d’investissement est en cours de numérisation et devrait être opérationnel en ligne dans les prochains mois, permettant ainsi aux investisseurs de déposer leurs demandes à distance depuis l’étranger.




