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La création d’une vice-présidence au Cameroun scrutée par les marchés et les agences de notation

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Selon les nouvelles dispositions, le vice-président sera nommé et révoqué par le président de la République, pour une durée qui ne pourra excéder celle du mandat présidentiel en cours. En cas de vacance de la présidence due à un décès, une démission ou un empêchement définitif constaté par le Conseil constitutionnel, le vice-président sera chargé d’achever le mandat. Si le vice-président est lui-même empêché ou si le poste n’est pas pourvu, une élection présidentielle devra être organisée dans un délai de 20 à 120 jours.

Cette réforme met fin à une architecture institutionnelle jugée précaire par de nombreux observateurs. Depuis 1984, date de la suppression du poste de vice-président au profit de la fonction de Premier ministre, le Cameroun ne disposait plus d’un mécanisme clair de succession au sommet de l’État. Auparavant, l’intérim était assuré par le président du Sénat en cas de vacance du pouvoir, mais ce dernier ne pouvait qu’organiser un nouveau scrutin présidentiel, sans pouvoir achever le mandat en cours. La réforme déplace donc le centre de gravité de la succession vers l’exécutif.

La création de ce poste répond aux préoccupations des agences de notation souveraine, qui pointaient l’absence de plan de succession clair comme un facteur de risque structurel. Le 7 novembre 2025, Fitch Ratings avait confirmé la note du Cameroun à B avec perspective négative, soulignant les risques liés à une transition du pouvoir et aux rivalités internes au sein du parti au pouvoir. Moody’s, de son côté, maintenait le Cameroun à Caa1 avec perspective stable, tout en pointant l’absence d’un schéma clair de succession et la forte centralisation du pouvoir décisionnel comme sources d’incertitude politique. S&P Global Ratings avait également souligné la centralisation du système institutionnel camerounais et l’absence de précédents en matière de transfert de pouvoir.

La réforme d’avril 2026 apporte une réponse directe à cette évaluation du risque politique, en introduisant un mécanisme constitutionnel explicite de continuité de l’État. Les prochaines évaluations des agences, notamment celle de S&P attendue au premier semestre 2026, permettront de mesurer l’impact de cette évolution sur la perception du risque politique camerounais. Pour les investisseurs, les partenaires internationaux et les institutions financières, cette réforme constitue un signal important.

L’enjeu est également financier, car le risque politique a un coût direct sur la capacité du pays à financer son développement. Le ministère de l’Économie évalue les besoins de financement de la SND30 à environ 88 000 milliards de FCFA sur la décennie, notamment pour les infrastructures. Or, plus le risque politique perçu est élevé, plus les conditions de financement se durcissent. L’arbitrage majeur pour 2026 reste la négociation d’un nouveau programme avec le FMI pour la période 2026-2029, essentiel pour maintenir les appuis budgétaires multilatéraux.

Cette réforme agit sur la perception du risque souverain et, par conséquent, sur la capacité du pays à mobiliser les financements nécessaires à son développement. Le choix du président Biya pour occuper ce poste de vice-président constituera un premier test politique de cette nouvelle architecture institutionnelle.

Rédaction
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