Dr David TSUANYO, Expert en énergies renouvelables, systèmes énergétiques décentralisés et planification énergétique.
BFI – Comment peut-on présenter le Salon Solar Connect Africa aujourd’hui, à l’aube de sa deuxième édition ?
Je présenterais aujourd’hui Solar Connect Africa comme une plateforme de connexion entre les besoins énergétiques de l’Afrique, les solutions technologiques disponibles dans le monde et les capacités d’investissement nécessaires pour passer à l’échelle.
La première édition, organisée en mai 2025, a permis de créer un espace de rencontre autour des solutions solaires et du stockage, avec des fabricants, distributeurs, développeurs, institutions et utilisateurs. Pour cette deuxième édition, prévue du 11 au 13 novembre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé, l’ambition est plus large. Solar Connect Africa veut aller au-delà d’un salon où l’on vient simplement découvrir des équipements et les entreprises. Il s’agit davantage de mettre en relation technologies, projets, investisseurs, pouvoirs publics, entreprises, chercheurs et utilisateurs finaux.
Cette évolution est importante parce que le problème énergétique africain n’est plus uniquement technologique. Les technologies existent et leurs performances sont largement démontrées. Le véritable défi consiste désormais à savoir comment transformer un besoin énergétique en projet techniquement fiable, économiquement viable et financièrement bancable.
Au Cameroun, cette réflexion intervient d’ailleurs dans un contexte particulièrement intéressant avec le Compact énergétique national développé dans le cadre de Mission 300. Celui-ci met notamment l’accent sur l’élargissement de l’accès à l’électricité, le développement des énergies renouvelables, l’amélioration des performances du secteur et une participation accrue du secteur privé.
Solar Connect Africa peut donc devenir un espace où ces ambitions nationales rencontrent concrètement le marché.
BFI – Le Cameroun bénéficie d’un immense potentiel d’insolation, particulièrement dans sa partie septentrionale, mais avec un faible taux de production. Comment ce Salon peut-il aider le pays à profiter pleinement de cette puissance solaire ?
Il faut d’abord rappeler une chose essentielle : avoir du soleil ne suffit pas pour avoir de l’énergie solaire. Entre la ressource solaire et l’énergie solaire effectivement disponible pour une entreprise, une communauté, un centre de santé ou une exploitation agricole, il faut une chaîne complète : études, équipements de qualité, financement, réglementation, ingénierie, stockage, installation, maintenance et surtout un modèle économique viable. C’est précisément là que ce type de forum peut être utile.
Le Cameroun dispose effectivement d’un gisement solaire particulièrement favorable dans les régions septentrionales, mais le potentiel solaire existe sur une grande partie du territoire. Pourtant, la valorisation reste encore relativement faible par rapport aux possibilités.
Nous devons donc raisonner non seulement en grandes centrales photovoltaïques, mais aussi en mini-réseaux, solaire industriel et commercial, pompage et irrigation solaires, systèmes pour les centres de santé et les écoles, stockage par batteries et solutions d’autoproduction.
Des évolutions intéressantes sont déjà observées partout dans le pays. Donc la question n’est plus : « Le solaire est-il possible au Cameroun ? » La vraie question est : comment multiplier les projets solaires viables et accélérer leur financement et leur réalisation ? Il en est de même pour toutes les autres sources d’énergies renouvelables.
Solar Connect Africa peut contribuer à cette accélération de plusieurs manières. Il permet aux développeurs de rencontrer des fournisseurs de technologies et des investisseurs ; aux entreprises camerounaises d’identifier des solutions adaptées à leurs besoins ; aux institutions financières de mieux comprendre les modèles économiques du solaire ; aux collectivités de découvrir des solutions pour leurs territoires ; et aux pouvoirs publics d’échanger directement avec les acteurs confrontés aux réalités du marché.
C’est également une occasion de faire connaître les projets camerounais aux partenaires internationaux.
À mon sens, l’un des principaux enjeux de Solar Connect Africa doit être de contribuer à transformer le Cameroun d’un simple marché consommateur d’équipements solaires en un véritable écosystème de développement de projets, d’ingénierie, de services énergétiques et progressivement de création de valeur locale.
BFI – Quelles sont les attentes majeures de ce Salon ?
Bien entendu, nous souhaitons une forte participation des fabricants, entreprises, investisseurs, institutions, chercheurs, développeurs et utilisateurs. Mais le véritable succès de Solar Connect Africa devra être évalué après le salon.
Nous souhaitons d’abord favoriser la naissance de partenariats commerciaux et technologiques concrets. Lorsqu’une entreprise vient avec une solution et rencontre un client ou un distributeur potentiel, le salon a créé de la valeur.
Nous souhaitons également faciliter la rencontre entre projets et financements. C’est particulièrement important dans le contexte du Compact énergétique du Cameroun, qui prévoit notamment la mobilisation d’environ 6,5 milliards de dollars de financements extérieurs provenant du secteur privé et des partenaires au développement, avec notamment le recours au financement mixte. Le Compact prévoit d’ailleurs explicitement des actions de sensibilisation du secteur privé aux opportunités d’investissement liées à Mission 300.
Une autre attente concerne le transfert de connaissances et de technologies. Nous souhaitons que les entreprises camerounaises, les universités, les centres de recherche et les jeunes entrepreneurs puissent rencontrer des acteurs internationaux, comprendre les nouvelles évolutions du secteur et envisager ensemble des projets.
Nous voulons enfin que les débats débouchent sur des pistes opérationnelles concernant des sujets très concrets : réglementation, financement, mini-réseaux, stockage, usages productifs de l’énergie, mobilité électrique, industrie locale, nexus énergie-eau-agriculture-environnement et même énergie et santé.
Pour moi, quatre résultats permettront véritablement de juger cette édition : des contrats ou partenariats initiés, des projets rapprochés de financeurs, des collaborations technologiques engagées et des solutions effectivement déployées après le forum.
BFI – Par rapport à l’édition précédente, quelles sont les innovations de l’édition 2026 de Solar Connect Africa ?
La première évolution est tout simplement le changement d’échelle. La première édition s’était déroulée sur deux jours, les 28 et 29 mai 2025. Au regard du nombre croissant des demandes de participation nationale et internationale, la deuxième édition se tiendra sur trois jours, du 11 au 13 novembre 2026, ce qui permet d’enrichir considérablement le contenu.
Mais l’innovation la plus importante est surtout qualitative. Nous renforçons d’abord le volet business et investissement. Les rencontres B2B, B2G et B2C seront davantage structurées pour favoriser des échanges ciblés entre entreprises, investisseurs, institutions, acheteurs et utilisateurs. L’idée est de favoriser des rencontres et des connexions qui peuvent déboucher sur des affaires ou des projets. Le format 2026 prévoit précisément ce matchmaking ciblé.
Nous accordons ensuite une place beaucoup plus importante aux projets susceptibles d’être financés, notamment à travers une logique d’Investment & Project Deal Room. Nous voulons rapprocher les développeurs de projets des investisseurs et institutions financières.
L’édition 2026 renforcera aussi considérablement le contenu scientifique et technologique. Une coopération avec l’écosystème italien de recherche et d’innovation, notamment autour de NEST et MAES, permettra d’organiser des ateliers consacrés à la coopération scientifique, au transfert technologique et à l’identification de projets conjoints.
Cinq grandes séquences de panels permettront par ailleurs de traiter les enjeux sous une approche beaucoup plus transversale : accès à l’énergie, mini-réseaux et stockage ; financement ; nexus énergie-eau-agriculture-environnement ; innovation, transfert technologique et industrialisation ; mobilité électrique et villes intelligentes.
Nous introduisons également plus clairement la question de l’énergie et de la santé, car lorsqu’un centre de santé ne dispose pas d’une électricité fiable, ce ne sont pas seulement des kilowattheures qui manquent : ce sont des équipements médicaux, des laboratoires, des chaînes du froid, des systèmes d’information et parfois des services essentiels qui sont affectés.
Enfin, l’exposition elle-même mettra davantage l’accent sur les démonstrations en conditions réelles, le stockage et les solutions adaptées aux réalités locales. Le programme officiel annonce également des démonstrations de solutions et une maison témoin intégrant des technologies photovoltaïques.
Ainsi, Solar Connect Africa 2026 sera non seulement une succession de stands et de conférences, mais surtout un parcours allant de la technologie au marché, du marché au projet et du projet au financement.
BFI – Quel est votre mot de fin à l’endroit des exposants, participants et partenaires ?
Mon message serait d’abord une invitation à venir à Solar Connect Africa avec un objectif précis.
Aux exposants, je dirais : ne venez pas seulement présenter vos produits. Venez comprendre les besoins du marché camerounais et africain, identifier des partenaires locaux et construire des relations durables.
Aux investisseurs et institutions financières, je dirais : le déficit énergétique africain est certes un défi, mais il constitue aussi un immense marché d’infrastructures, de services et d’innovation. Derrière chaque besoin énergétique se trouvent potentiellement une entreprise, une exploitation agricole, une industrie, une collectivité ou une communauté qui a besoin d’une solution.
Aux porteurs de projets : venez avec des projets mieux préparés, documentés et capables de parler le langage des investisseurs.
Aux chercheurs, universités et jeunes innovateurs : il est important de sortir les solutions des laboratoires et de créer davantage de passerelles avec l’entreprise et le marché.
Et aux pouvoirs publics et partenaires au développement : leur présence est essentielle pour créer un environnement dans lequel innovation, investissement et intérêt général peuvent converger.
Le Cameroun s’est fixé, à travers son Compact énergétique et Mission 300, des ambitions importantes en matière d’accès à l’électricité, d’investissement et de participation du secteur privé. Solar Connect Africa peut apporter sa contribution en créant précisément l’espace de rencontre entre ceux qui définissent les ambitions, ceux qui financent, ceux qui développent les technologies et ceux qui réalisent les projets.
Je voudrais donc que chacun arrive à Yaoundé avec cette question : « Quelle solution, quel projet ou quel partenariat puis-je faire avancer pendant ces trois jours ? » Parce qu’au final, le succès de Solar Connect Africa ne se mesurera pas uniquement à l’affluence au Palais des Congrès. Il se mesurera à ce qui continuera à vivre après la fermeture du Salon : les partenariats conclus, les investissements facilités, les entreprises renforcées et surtout les projets énergétiques effectivement réalisés au bénéfice de nos économies et de nos populations.
Propos recueillis par la Rédaction




